Une souscription pour la restauration du théâtre du château de La Roche-Guyon

Julie Demarle 1 1 commentaire

20/9/19 - Souscription, Restauration - La Roche-Guyon, Théâtre du château - Aménagé dans le sous-sol du pavillon d’Enville, sous le grand salon, le petit théâtre troglodytique du château de La Roche-Guyon fut inauguré en octobre 1768 par Marie-Louise de La Rochefoucauld, duchesse d’Enville. Peu documenté, son usage après le XVIIIe siècle est largement méconnu. Abandonné - comme l’ensemble de la demeure - après le scandaleux démantèlement du château en 1987 (voir l’article), le théâtre fut en partie muré. La restauration du domaine - vandalisé - qu’il fallut nécessairement entreprendre dès lors qu’il fut rouvert au public en 1994 ne l’inclut pas tant les priorités abondaient. Son état est aujourd’hui absolument catastrophique (ill. 1).


1. La scène du théâtre du château de La Roche-Guyon
La Roche-Guyon, château
Photo : Pauline Fouche
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Si l’on peut se réjouir que le théâtre ait en 2018 enfin intégré le programme de restauration globale du monument classé, les premiers crédits publics qui lui furent alors alloués demeurent bien maigres face à l’ampleur des dégâts. L’enveloppe de 108 828 € accordée par le département du Val-d’Oise - pour près de la moitié (48 937 €) -, la direction régionale des affaires culturelles (Drac) et le conseil régional d’Île-de-France ne constitue que 8% des 1 300 344 € estimés nécessaires à son sauvetage. Elle permet néanmoins de financer les indispensables travaux de conservation préventive qui précéderont la restauration proprement dite. Ils devraient débuter en janvier 2020 et durer quatre à cinq mois. En juin dernier, la sélection du théâtre par la deuxième mission Bern pour le patrimoine fut une nouvelle promesse. Si le montant collecté par le loto du patrimoine ne sera connu qu’en fin d’année - les deux nouveaux jeux à gratter ont été lancés début septembre -, la direction du château espère pouvoir financer grâce à lui 15% de son chantier (soit 195 000 € environ). Les très prochaines Journées du patrimoine sont l’occasion pour le château de compléter ces financements par le lancement - samedi 21 septembre à 11h30 - d’une souscription en partenariat avec la mission Bern. Particuliers et entreprises pourront y participer sur les sites de la Fondation du patrimoine et de la Mission Bern. Une conférence, proposée le lendemain, dimanche 22 septembre à 15h, détaillera l’histoire du théâtre ainsi que les travaux de restauration projetés. Une fois la première phase préventive achevée, il s’agira de définir et chiffrer plus précisément la suite des opérations et de solliciter de nouvelles subventions publiques actuellement essentiellement concentrées dans la réfection de la terrasse des Chapelles et de l’accès au réservoir (866 733 € ont été accordés par le département, la Drac et le conseil régional).


2. Vestiges de toiles peintes sur des loges
du théâtre du château de La Roche-Guyon
La Roche-Guyon, château
Photo : Pauline Fouche
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Le premier diagnostic du théâtre, établi par l’architecte en chef des Monuments Historiques Pierre-André Lablaude en 2013, préconisait le démontage et la dépose dans un lieu de conservation des éléments subsistants. Le nouveau diagnostic réalisé en mai 2018 par l’architecte en chef des Monuments Historiques Antoine Madelénat, qui a remplacé Pierre-André Lablaude disparu depuis (voir la brève du 2/8/18), prône, lui, une conservation in situ des vestiges du théâtre soumise à l’amélioration préalable de son environnement. Cette conservation préventive initiale consistera essentiellement en l’étaiement des vestiges et leur traitement lorsqu’ils sont infestés (insectes xylophages et/ou champignons lignivores), au déblaiement et à l’assainissement du sous-sol trop humide, sombre et mal ventilé (zones d’infiltration, baies en partie murées, accès altérés). L’idée est de pouvoir à terme reconstituer au plus près de son état originel ce petit théâtre de société caractéristique des divertissements aristocratiques au XVIIIe siècle. Outre son inclusion dans le parcours de visite du château, il retrouverait son usage et pourrait accueillir de nouveaux drames, comédies et opéras.


3. Corbeille ornée de boiseries décorées d’allégories du théâtre du château de La Roche-Guyon
La Roche-Guyon, château
Photo : Pauline Fouche.
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4. Traces du décor en trompe-l’oeil de la voûte du théâtre du château
de La Roche-Guyon
La Roche-Guyon, château
Photo : Pauline Fouche
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Ce projet est particulièrement pertinent puisque malgré l’état de sévère délabrement du lieu, nombreux sont les éléments authentiques à subsister [1]. Des vestiges d’autant plus précieux qu’aucune iconographie contemporaine de ce théâtre n’est connue et que les sources littéraires le mentionnant sont particulièrement lacunaires. Leur observation, doublée de la consultation du chartrier de La Roche-Guyon conservé aux archives départementales du Val d’Oise, permet seule de préciser les caractéristiques de cette salle voûtée qui pouvait accueillir jusqu’à cinquante spectateurs. Si certains éléments trop endommagés ne pourront être conservés (structures des planchers et des balcons, balustres de la corbeille...), ils seront traités et mis en réserve afin de constituer une documentation des vestiges indispensable à toute reconstitution future. Les éléments subsistants concernent principalement la machinerie - alors luxueuse - et les décors textiles (velours rouges et bleus) et peints (sur toiles, sur bois et sur les murs). Ils demeurent assez lisibles au niveau des loges et du balcon (vestiges de toiles peintes de drapés bleus en trompe-l’œil) (ill. 2), de la corbeille (boiseries ornées de décors allégoriques) (ill. 3) et de la voûte (trompe-l’œil) (ill. 4) .


5. Détail du papier peint chinois du petit cabinet du pavillon d’Enville
La Roche-Guyon, château
Photo : LRG
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6. Détail du papier peint chinois du petit cabinet du pavillon d’Enville
La Roche-Guyon, château
Photo : LRG
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Ajoutons pour finir que les prochaines journées du patrimoine seront l’occasion de découvrir un autre joyau XVIIIe du château de La Roche-Guyon : le petit cabinet chinois du premier étage du Pavillon d’Enville (ill. 5 et 6). Ou plutôt sa reconstitution dans les salons d’apparat de l’étage inférieur. La restauration in situ de ses huit délicats lés de papier peints à la main - largement financée par des subventions publiques de la Drac et de la région Ile-de-France - ne peut être que saluée. Le choix de reproduire le cabinet inaccessible au public pour des raisons de sécurité - comme l’ensemble du premier étage -, nous semble beaucoup plus contestable. Il est heureux qu’il ait principalement bénéficié d’un mécénat de compétence - de l’entreprise d’architecture et de rénovation d’intérieur Carpe Domi - épargnant les fonds propres de l’établissement dont bien des besoins sont réellement impératifs.

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