Une gouache de Joseph Werner acquise par le château de Versailles

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19/10/19 - Acquisition - Versailles, Musée national du château - Les collections de portraits du XVIIe siècle du château de Versailles viennent de s’enrichir auprès de la galerie Terrades d’une nouvelle effigie (ill. 1) de l’une des plus célèbres princesses de la cour de Louis XIV, qui fut aussi une femme de lettres à la plume acerbe : Madame Palatine. C’est en effet la seconde épouse du frère du roi, dit Monsieur, qui est représentée dans cette précieuse petite gouache passée en vente à l’hôtel Drouot, correctement attribuée mais sans que le modèle ait alors pu être identifié. Vêtue d’un somptueux habit de chasse, entièrement brodé, la jeune duchesse d’Orléans se tient debout devant un paysage. Tenant fermement son fusil dans la main gauche, elle désigne de la main droite le gibier étalé à ses pieds et gardé par son chien.


1. Joseph Werner (1637-1710)
Madame, duchesse d’Orléans,
en tenue de chasse
, vers 1671
Gouache sur parchemin collé sur bois - 17,3 x 13,2 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP/C. Fouin
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2. Joseph Werner (1637-1710)
Monsieur, duc d’Orléans, en cuirasse, vers 1671
Gouache sur parchemin - 17 x 13 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP/G. Blot
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Ce portrait de la belle-sœur du Roi-Soleil complète à merveille les collections de Versailles où se trouvait déjà un portrait de son époux (ill. 2) par Joseph Werner : les deux œuvres, outre la même disposition en pied des personnages, présentent des dimensions identiques ainsi que le même support de vélin bordé d’un filet noir et collé sur un petit panneau de bois. Il s’agit donc probablement de pendants mais le portrait de Monsieur semble malheureusement en moins bon état de conservation que celui de Madame. Le frère de Louis XIV est ici revêtu d’une cuirasse, qui rappelle qu’à l’époque de son second mariage cet habile stratège avait encore en charge de nombreux commandements militaires. Progressivement, le roi toujours méfiant de son frère et potentiellement jaloux de ses succès finira par le tenir relégué à l’écart du pouvoir.

3. Joseph Werner (1637-1710)
Louis XIV en armure, 1663
Gouache sur parchemin - 19 x 15 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP/G. Blot
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Joseph Werner, dit le Jeune pour le différencier de son père, est un artiste suisse qui mena une impressionnante carrière européenne : né et formé à Berne, il se rendit à Rome où il commença à peindre ses premières miniatures à la gouache. Il travailla ensuite pour de nombreuses cours royales et princières, voyageant notamment à Francfort-sur-le-Main, Paris, Augsbourg, Munich puis Berlin à la fin du XVIIe siècle. Il fonda puis dirigea jusqu’en 1707 l’Académie des beaux-arts de la capitale prussienne avant de retourner dans sa ville natale. A la suite d’un rapport favorable de l’ambassadeur français en Suisse, il fut invité à travailler à Versailles en 1662. Quelques mois après, il y réalisa un superbe portrait de Louis XIV en armure (ill. 3) ainsi qu’une série de portraits allégoriques des membres de la famille royale, dont ceux de la reine et du Grand Dauphin. C’est à la suite de ce séjour versaillais que Joseph Werner fut appelé à Augsbourg, où il travailla entre 1667 et 1680 et où il réalisa certainement cette paire de portraits du couple à l’occasion du second mariage du duc d’Orléans. Celui-ci, qui avait perdu sa première épouse Henriette d’Angleterre en 1670 et demeurait sans héritier mâle, épousa donc la fille de Charles Ier Louis, comte palatin du Rhin et grand électeur du Saint Empire romain germanique.

Si l’on peut s’étonner d’une telle représentation de Madame, il ne faut pas oublier qu’Élisabeth-Charlotte de Bavière avait grandi dans une petite cour protestante ouverte et cultivée, où elle pratiquait l’art de la chasse dès son enfance. Cette princesse partageait cette passion, certes inhabituelle en France pour une femme de son rang, avec son royal beau-frère et différentes représentations de la duchesse d’Orléans en costume de chasse sont connues, comme le montre cette estampe d’Antoine Trouvain, contemporaine de la gouache désormais conservée au cabinet d’arts graphiques du château de Versailles.

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