Un pastel de Nattier pour Karlsruhe

Julie Demarle
Jean Marc Nattier (1685-1766)
Portrait présumé du marquis de Marigny, 1753
Pastel sur vélin marouflé sur toile - 61 x 50 cm
Karlsruhe,
Photo : Galerie Alexis Bordes
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15/11/18 - Acquisitions - Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle - La Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe a acheté auprès de la galerie parisienne Alexis Bordes un portrait d’homme au pastel sur vélin par Jean-Marc Nattier. S’il est l’un des principaux et célèbres portraitistes du règne de Louis XV, celui-ci est bien plus connu pour ses peintures, effigies féminines principalement, que pour ses pastels. Il semble ne s’être dédié à cette pratique qu’une dizaine d’années à partir de 1744 et moins d’une vingtaine lui sont aujourd’hui attribués. Il y excelle d’emblée et ceux-ci sont remarqués au Salon dès son premier envoi de 1745 où son « portrait de la fille d’un Maître à danser […] surpasse tous ceux [sic] qu’il a fait à l’huile. » [1]. D’après le dictionnaire de Neil Jeffares, spécialiste des pastellistes du XVIIIe siècle dont le Dictionary of pastellists before 1800 est consultable en ligne, le portrait acquis par Karlsruhe, signé et daté 1753, appartient à un ensemble de neuf portraits masculins au pastel estimés autographes [2].

L’homme en buste, vu de trois quarts, est représenté en costume d’intérieur et non en tenue d’apparat. La fourrure et les brandebourgs de sa pelisse de velours noir, sa chemise à jabots et sa perruque poudrée n’en désignent pas moins son rang de haut aristocrate. La gamme chromatique est typique de l’art de Nattier, associant gris perle, bleu, vert et rose. Le fond neutre est divisé en deux parties, opposant une palette chaude de tons bruns à gauche à une palette froide de gris-bleu à droite. Le visage rond esquisse un demi-sourire, le regard est intense, soutenu, la peau est veloutée et le choix du vélin comme support, cas exceptionnel dans son œuvre, accentue encore son aspect nacré.

Longtemps identifié à tort comme l’écrivain et critique Jean-François de la Harpe, Alexis Bordes propose aujourd’hui de le rapprocher d’Abel-François Poisson de Vandière, futur marquis de Marigny, frère de madame de Pompadour - peinte à plusieurs reprises par Nattier - et directeur général des Bâtiments du roi. Il le compare alors à d’autres portraits du marquis de Marigny, au portrait en pied du Salon de 1755 par Louis Tocqué, élève puis gendre et collaborateur de Nattier, conservé au musée Carnavalet, à la miniature sur émail de Jean André Rouquet conservée au Louvre et au portrait du Salon de 1761 par Alexandre Roslin, conservé à Versailles.

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