Un nouveau Henri Martin pour Beauvais

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30/12/25 - Acquisition - Beauvais, Musée départemental de l’Oise - Quelques temps après avoir enfin pu rouvrir le deuxième étage du bâtiment (voir l’article) de l’ancien palais épiscopal, fermé depuis des lustres [1], le musée beauvaisien, qu’on peine à appeler sérieusement « MUDO », continue sur sa dynamique et va annoncer l’entrée dans ses collections d’un superbe Autoportrait en Virgile (ill. 1) d’Henri Martin, œuvre de jeunesse acquise [2] auprès de la galerie Terrades. L’année 2025 a décidément été favorable à l’artiste toulousain, puisque nous évoquions - en septembre dernier - l’achat de deux autres peintures de jeunesse pour le Musée des Augustins (voir la brève du 30/9/25), où trône désormais La Course à l’abîme de 1882, dans laquelle le peintre avait aussi glissé son autoportrait. Nous avions alors cité le tableau de la galerie Terrades dans cette brève, en formant le vœu de le voir bientôt rejoindre les collections publiques, ce qui est donc réalisé.


1. Henri Martin (1860-1943)
Autoportrait en Virgile, 1884
Huile sur toile - 46,5 x 38,5 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Galerie Terrades

Ce salutaire regain d’intérêt pour les œuvres de jeunesse d’Henri Martin, longtemps fort peu prisées des amateurs du peintre, pourtant prêts à mettre les moyens pour ses œuvres plus tardives, mérite cependant d’être relativisé. Il y a vingt ans en effet, les Amis du Musée des Beaux-Arts de Carcassonne lui offrirent le si poignant Autoportrait en saint Jean-Baptiste (ill. 2) exécuté un an plus tôt, en 1883 ! Facile mais éclairante, la comparaison entre ces deux effigies mériterait d’être orchestrée un jour en chair et en os. Il n’est pas interdit de préférer le nouveau tableau de Beauvais, bien plus théâtral certes, mais aux jeux d’ombre et de lumière très réussis à nos yeux. Les deux toiles partagent moult points communs, du cadrage en buste à l’emploi de l’accessoire, ici l’auréole du saint, là les lauriers du poète. Le Musée Anne de Beaujeu de Moulins conserve, pour sa part, une autre interprétation de l’Autoportrait en saint Jean-Baptiste, plus frontale et donc moins intéressante à comparer avec ce Virgile.


2. Henri Martin (1860-1943)
Autoportrait en saint Jean-Baptiste, 1883
Huile sur toile - 46 x 33,5 cm
Carcassonne, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/B. Touchard

Le thème fascina le jeune artiste en quête d’inspirations variées, puisqu’il présenta à l’occasion du Salon de 1883 le Paolo Malatesta et Francesca da Rimini aux enfers, aujourd’hui conservé à Carcassonne mais dont le musée de Beauvais sut acheter en 1989 une esquisse (ill. 3) passée chez le regretté Patrick Roger-Binet. Préparant la partie droite du tableau final, brossée avec une facture nerveuse proche de celle de l’Autoportrait en Virgile, celle-ci a désormais vocation à être présentée à ses côtés. Il faut également souligner leur format assez proche, qui permettra de les juxtaposer !


3. Henri Martin (1860-1943)
Dante et Virgile aux Enfers, 1883
Huile sur toile - 55,5 x 46,3 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : RMN-GP/R.-G. Ojéda

Jusqu’ici justement célèbre pour ses grands décors d’Henri Martin ornant la salle à manger du docteur d’Herbécourt reconstituée à Beauvais, façon period room, entre 1981 et 1997 avant de disparaître aux yeux du public (voir l’article) jusqu’au mois de mars dernier, le Musée départemental de l’Oise pourra désormais mieux évoquer la longue et riche carrière de l’artiste toulousain, dont tant d’œuvres ont essaimé dans les musées français. En 2008, le catalogue « Henri Martin. Du rêve au quotidien - Peintures conservées dans les collections publiques françaises » faisait le point sur cet ensemble enviable, reproduisant les autoportraits de Moulins et de Carcassonne auxquels s’ajoute donc désormais celui de Beauvais, resté inédit jusqu’à son achat !

Alexandre Lafore

Notes

[1] Ces salles avaient fermé leurs portes il y a vingt-huit ans.

[2] Comme nous l’a aimablement précisé Alexandre Estaquet-Legrand, directeur du Musée départemental de l’Oise à Beauvais, celle-ci ne sera officiellement inscrite qu’en janvier 2026 sur les inventaires départementaux. Remercions également Antoine Cahen de la galerie Terrades pour qui nous a volontiers transmis sa notice.

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