Un meilleur projet pour le Grand Palais

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1. Grand Palais, vu de l’avenue Winston Churchill
Photo : Didier Rykner
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Nous avons, avant les autres, révélé dans cet article le rapport de la Cour des Comptes qui dénonçait le projet mégalomane menaçant le Grand Palais (ill. 1). Peu à peu, l’évidence a fini par s’imposer. D’abord à Chris Dercon, le nouveau président de l’établissement public RMN-GP, qui dès son arrivée nous avait confié son incompréhension et ses craintes pour l’architecture du monument, puis à la nouvelle ministre de la Culture Roselyne Bachelot, qui a compris - contrairement à ses prédécesseurs - qu’une réorientation du projet était nécessaire.
Celui-ci a été nettement revu à la baisse comme l’a confirmé un communiqué de la RMN-GP du 28 septembre dernier.

On peut lire dans ce communiqué que les façades et les sculptures du monument s’étaient dégradées depuis fin 2018, et que cela devait être pris en compte dans la restauration. On peut d’ailleurs s’interroger sur cette dégradation brutale, notamment de parties qui avaient été restaurées il y a vingt ans sous la direction de l’ACMH Alain-Charles Perrot, mais les faits sont là : le monument est en mauvais état, et les besoins bien au-delà de la restauration qui était prévue dans la première mouture du projet comme nous avions pu le constater lors d’une visite très complète que nous avions faite il y a deux ans avec l’architecte en chef en charge aujourd’hui de l’intégralité du projet, François Châtillon.

On peut s’interroger également sur le budget total qui est resté le même par rapport à celui qui était annoncé en 2018, soit 466 millions d’euros. La différence néanmoins est que ce budget paraissait sous-évalué à l’époque, ce qui faisait dire à la Cour des Comptes que des dérives importantes étaient inévitables. Le discours de la RMN-GP et du ministère de la Culture avalise aujourd’hui ce constat, même si cela n’est pas dit clairement dans le communiqué. Une dérive était certaine, de plusieurs dizaines voire plutôt de plusieurs centaines de millions d’euros. Pour éviter qu’elle ne soit trop importante, de nombreuses réductions de programmes avaient été déjà faites, qui n’avaient à vrai dire aucun sens. Par exemple - et ce n’est qu’un parmi d’autres, l’auditorium n’était plus chiffré que pour livrer une coquille vide, les aménagements intérieurs n’apparaissant plus dans le budget global. À quoi bon faire un auditorium sans possibilité de l’exploiter ? Tout cela ne faisait que maintenir les dérives futures en en repoussant simplement les échéances et en livrant un monument en partie inutilisable.


2. Square Jean Perrin
Photo : Didier Rykner
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Le projet a donc été largement transformé pour privilégier essentiellement une restauration complète du monument, sans y faire les travaux destructeurs qui étaient prévus à l’origine, notamment l’excavation complète de la nef pour y mettre les équipements techniques ou la destruction d’une partie des structures d’origine notamment au niveau de l’entrée du square Jean Perrin (ill. 2) qui lui-même devait être décaissé.
On peut, certes, être réticent à consacrer un tel budget à la restauration complète d’un seul monument historique, quand tant d’autres tombent en ruine ; on peut aussi être inquiet du montant des travaux et surtout de leur financement [1]. Mais, au moins, nous sommes rassurés sur la maîtrise des coûts afin que ceux-ci ne dépassent pas, ou pratiquement pas (une enveloppe finançant des aléas est tout de même prévue) le budget. Nous pouvons également être confiant quant au respect qui sera accordé à ce monument. François Châtillon est incontestablement un des meilleurs architectes en chef des monuments historiques actifs aujourd’hui, et l’un des plus respectueux des bâtiments et de leur histoire. De même, Chris Dercon semble se placer dans la même optique d’une intervention minimaliste.

Quel sera donc le projet tel qu’il est aujourd’hui prévu ? Exit la plupart des aménagements absurdes que contenait le projet. Plus de « rue des Palais » (particulièrement destructrice sur le plan patrimonial), plus de nouvel auditorium (celui qui existe sera conservé et aménagé), plus de « salle du trésor », plus de « monument monde » (ou en tout cas, on n’en parle plus).

Non seulement on ne cassera plus ce qu’on avait prévu de casser, mais on conservera et restaurera l’essentiel des aménagements effectués dans les années 1960 par l’architecte Pierre Vivien, c’est-à-dire les galeries nationales du Grand Palais, qui étaient destinés à disparaître. Le programme sera donc essentiellement consacré à restaurer et augmenter les espaces d’exposition qui atteindront désormais de 3900 m2, tandis que les locations d’espaces se concentreront sur la grande nef et au sud de l’aile est. Le restaurant sera déplacé au rez-de-chaussée du nord de l’aile est (à droite de l’entrée monumentale de l’Avenue Winston Churchill), tandis que l’entresol et le premier étage y formeront un premier espace d’exposition, essentiellement des expositions dites « immersives » dans la lignée de celle actuellement consacrée à Pompéi. Chris Dercon insiste néanmoins : il ne s’agira pas de tout sacrifier au numérique (il prend l’exemple de l’Atelier des Lumières (voir l’article) comme un repoussoir) mais bien d’avoir ici des expositions avec de vrais objets.


3. Plan schématique de circulation du Grand Palais
© Châtillon Architectes pour la Rmn - Grand Palais, 2020
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Le plan d’orientation générale (ill. 3) montre comment pourront se faire les circulations. L’entrée principale se trouvera donc au niveau du square Jean Perrin. La billetterie sera externalisée, tandis que les visiteurs entreront librement dans le monument pour parcourir certains espaces (le hall d’accueil, la place centrale, le salon dit « Fernand Léger », appelé ainsi car on y installera Le Transport des Forces de l’artiste, peint en 1937) notamment (ill. 4 et 5), puis se rendre dans la nef et les expositions temporaires. Tout cela n’est pas encore totalement fluide cependant : il sera a priori impossible de se rendre dans l’aile est du monument (où se trouveront notamment le restaurant et les expositions « immersives  ») sans passer par l’extérieur, ce qui contredit tout de même l’idée d’un monument où l’on peut circuler facilement.
Les expositions plus classiques telles que celles que l’on connaissait jusqu’à aujourd’hui prendront place sur les deux niveaux situés aux nord et au nord-ouest de la nef, et sur les deux niveaux situées dans l’aile sud-ouest de la nef.


4. Place centrale (à droite vue sur la nef)
© Châtillon Architectes pour la Rmn - Grand Palais, 2020
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5. Salon dit « Fernand Léger »
© Châtillon Architectes pour la Rmn - Grand Palais, 2020
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6. Salon d’Honneur du
Grand Palais
Photo : Didier Rykner
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Le Salon d’Honneur (ill. 4) qui se trouve au-dessus du hall d’accueil en haut du grand escalier de la nef (et où aujourd’hui se trouve l’exposition Pompéi) pourra servir également de salle d’exposition, tandis que des expositions de plus petite taille (impossibles à organiser à l’heure actuelle) pourront se dérouler dans d’autres parties du monument.

Les restaurations concernent également le Palais d’Antin, c’est-à-dire ce qui est aujourd’hui le Palais de la Découverte. Si celles-ci devraient permettre de rendre à celui-ci tout son éclat comme le montre la vue d’architecte de la rotonde d’Antin (ill. 6), actuelle entrée du Palais, vers un des escaliers qui ouvrent sur ses galeries, il faut néanmoins signaler le projet désastreux de transformation de ce lieu par Universcience. Si la restitution des volumes anciens de ce monument est une bonne chose, elle ne doit pas se faire aux dépends d’un programme scientifique sérieux. Nous avions enquêté il y a un peu plus d’un an sur ce sujet, mais n’avions rien publié faute de temps, et aussi car nous serions sorti un peu trop de notre champ. Il reste qu’il est sûrement possible de restaurer le Palais d’Antin tout en y conservant un Palais de la Découverte attractif et remplissant sa mission, aux antipodes de ce qu’est le projet actuel. Nous renvoyons donc à la pétition en ligne lancée par de nombreux scientifiques et que nous avons personnellement signée.


7. Rotonde du Palais d’Antin (Palais de la Découverte)
Vue prospective après restauration
© Châtillon Architectes pour la Rmn - Grand Palais, 2020
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Le projet (exception faite de celui de Palais de la Découverte, qui n’est pas de la responsabilité de la RMN-GP) est donc bien meilleur que celui qui le précédait. Cela n’ôte pas, répétons-le, toutes les inquiétudes. D’une part, comme nous l’avons déjà dit, sur le financement, ensuite sur la durée des travaux : la livraison des la grande nef et des galeries utilisées pour les Jeux Olympiques doit avoir lieu à temps pour leur organisation, tandis que l’intégralité du monument sera terminé au printemps 2025. D’autres part, il faudra surveiller que les sculptures qui seront installées aux emplacements vides (il y en a huit sur la façade principale) ne viendront pas défigurer le Grand Palais : si deux d’entre elles sont conservées ailleurs et pourraient revenir sur leurs socles, la RMN-GP souhaite remplacer celles qui ont disparu. Il est inutile de dire que nous serons très attentif à ce qui sera installé ici. Mieux vaut rien que n’importe quoi.

Finalement, la plus grande inquiétude patrimoniale ne concerne plus désormais le Grand Palais tel qu’on le connaît, mais bien la structure intitulée « Grand Palais éphémère » en cours de construction sur le Champ-de-Mars devant l’École militaire. Lors d’une conférence organisée par Christie’s pour présenter la Biennale des Antiquaires en ligne, la question a été évoquée de la pérennisation de cette verrue, évoquant comme il se doit bien entendu l’exemple de la tour Eiffel, à l’origine temporaire. Évidemment, son architecte, l’inénarrable Wilmotte, qui n’a honte de rien, a aussitôt confirmé qu’il le souhaitait. Si cette hypothèse devait revenir sur le devant de la scène, nous serions bien sûr son premier opposant.


Droit de réponse de Jean-Michel Wilmotte (reçu et mis en ligne le 16 octobre 2020) :

« Vous affirmez à la fin de l’article que je souhaiterais que le « Grand Palais Ephémère » soit, comme il advint de la tour Eiffel, installé de manière pérenne sur le Champ de Mars. Cette information est inexacte. À la fin des Jeux Olympiques, ce projet sera - comme son nom l’indique - démonté et éventuellement déplacé sur un autre lieu.
En effet, le Grand Palais Éphémère sera destiné à accueillir les événements qui ont habituellement lieu au Grand Palais, et ce, pendant tout le temps que durera la restauration de ce dernier. Il accueillera également quelques disciplines olympiques en 2024.
 »

Nous prenons acte et nous nous réjouissons du fait que Jean-Michel Wilmotte ne souhaite pas que le Grand Palais éphémère soit pérennisé.

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