Un legs et un achat pour Brest

Julie Demarle

12/10/19 - Acquisitions - Brest, Musée des Beaux-Arts - Huit nouvelles œuvres viennent enrichir le fonds fin XIXe-début XXe du Musée des Beaux-Arts de Brest. Sept d’entre elles proviennent du legs de l’avocate Monique Le Bras-Lombard qui fut l’épouse de Georges Lombard (1925-2010), ancien maire brestois (1959-1973) et ancien président de la Communauté Urbaine de Brest (1974-1977 puis 1983-1989). Il se compose de cinq toiles de Paul Sérusier - dont quatre d’un même décor - et de deux toiles d’Henry Moret et d’Eugène Labitte. Leur présentation en septembre 2019, dans la rotonde du premier étage, fut également l’occasion pour le musée de dévoiler une aquarelle de Johan Barthold Jongkind, tout juste accrochée dans les salles, qui avait été acquise auprès d’un particulier en décembre 2018. Si Brest comptait déjà dans ses collections huit œuvres de Paul Sérusier - quatre peintures et deux dessins - ainsi que deux toiles et seize fusains d’Henry Moret, Eugène Labitte et Johan Barthold Jongkind y font, eux, leur entrée.


1. Paul Sérusier (1864-1927)
Les fées aux balles d’or, 1912
Huile sur toile - 38,3 x 97 cm
Brest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des beaux-arts de Brest
Voir l´image dans sa page
2. Paul Sérusier (1864-1927)
Les fées aux balles d’or, 1912
Huile sur toile et sur papier marouflé sur toile - 40,2 x 99 cm
Brest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des beaux-arts de Brest
Voir l´image dans sa page

3. Paul Sérusier (1864-1927)
Les fées aux balles d’or, 1912
Huile sur toile - 38,3 x 97 cm
Brest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des beaux-arts de Brest
Voir l´image dans sa page
4. Paul Sérusier (1864-1927)
Les fées aux balles d’or, 1912
Huile sur toile - 38,3 x 97 cm
Brest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des beaux-arts de Brest
Voir l´image dans sa page

Quatre des cinq toiles de Paul Sérusier forment une frise décorative intitulée Les Fées aux balles d’or (ill. 1 à 4). À l’origine, une cinquième toile - non localisée à ce jour - complétait l’ensemble. Placée en tête du cycle, elle représente une jeune femme s’apprêtant à lancer une balle en direction des jeunes femmes des panneaux suivants. Vêtues de jaune, elles prennent place dans un décor stylisé de fleurs de pavots et de branches feuillues sur un fond rouge sombre et anthracite. La gamme chromatique est réduite et son aspect est mat. Comme de nombreux nabis, Sérusier travaille l’huile comme une peinture murale grâce à la technique de la détrempe. Réalisée en 1912, cette composition décorative était peut-être destinée à l’appartement parisien du 4 avenue de Tourville où l’artiste vécut avec sa femme Marguerite jusqu’en mars 1913 avant de rejoindre définitivement sa maison bretonne de Châteauneuf du Faou. C’est pour cette dernière que Sérusier exécuta la même année un cycle de six peintures murales intitulé Métamorphoses - La légende des papillons, des fleurs et des oiseaux. L’artiste y développe un modèle féminin à la silhouette longiligne et au profil diaphane très inspiré des fresques et tapisseries médiévales qu’il admirait. Les fées, comme ils les nomment ici, sont un thème récurrent de son œuvre. La vision près du torrent ou Le Rendez-vous des fées du musée japonais de Gifu, La fée et le chevalier, Les trois paysannes et la fée ou le Concile féérique, en collections particulières, en sont quelques exemples.


5. Paul Sérusier (1864-1927)
Deux bretonnes au collier d’or, vers 1917-1920
Huile sur toile - 90,2 x 54,5 cm
Brest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des beaux-arts de Brest
Voir l´image dans sa page

Les Deux jeunes Bretonnes au collier d’or (ill. 5), de quelques années postérieures, relèvent de la même veine médiévale. Sur un fond vert, que l’on devine végétal, une jeune femme en costume breton tient dans ses mains un collier d’or qu’une seconde femme observe à ses côtés. L’habit traditionnel prend des allures de vêtement médiéval tant il est simplifié dans sa forme et assourdi dans ses teintes. Comme dans Les fées aux balles d’or, la technique de la détrempe offre une palette réduite et volontairement fanée de verts, rouges et jaunes, réhaussée ici de blanc et de noir aux cols, manches et coiffes. Ce type de personnage féminin présentée de trois-quarts avec un menton fin et pointu, vêtu et coiffé d’après l’iconographie d’Anne de Bretagne est récurrent dans l’œuvre de Sérusier. Citons parmi bien d’autres, L’Hommage à Anne de Bretagne (Yamazaki Mazak Museum of Art de Nagoya - Japon), Les Trois fileuses aux feuilles de chênes déjà conservées par le musée de Brest ou L’oiseau bleu (Ohara Museum of Art de Kurashiki -Japon).


6. Henry Moret (1856-1913)
Paysage de Doëlan à la voile blanche, 1898
Huile sur toile - 73,7 x 60,3 cm
Brest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des beaux-arts de Brest
Voir l´image dans sa page

Henry Moret, pour qui la Bretagne fut une source inépuisable et quasi exclusive de sujets, représente ici une vue surplombante de la ria de Doëlan (ill. 6). Le ciel n’a que peu d’importance dans la composition, la côte rocheuse de l’arrière plan et les eaux turquoises de l’anse où vogue un voilier blanc dominent très largement. Les couleurs sont particulièrement vives et appliquées par petites touches allongées. L’effet de bruissement et de miroitement typiquement impressionniste témoigne du changement de style d’Henry Moret qui, à partir de 1895, se détourne du synthétisme de l’École de Pont-Aven.


7. Eugène Labitte (1858-1937)
La répétition du cantique ou
Les communiantes dans le pays fouesnantais
Huile sur toile - 98 x 131 cm
Brest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des beaux-arts de Brest
Voir l´image dans sa page

Eugène Labitte fait figure d’exception au sein du groupe de Concarneau auquel il appartient. Là où Alfred Guillou, Théophile Deyrolle, Charles Fromuth, Achille Granchi-Taylor ou encore Maxime Maufra se consacrent principalement aux scènes portuaires et aux marchés, il privilégie les paysages champêtres et les scènes de piété. Il représente ici six communiantes répétant des cantiques sous des pommiers en fleurs devant l’église de Notre Dame d’Izel-Vor à La Forêt-Fouesnant (ill. 7). Elles sont accompagnées d’une religieuse qui leur donne le rythme tandis que prennent place derrière elles trois bretonnes en costume traditionnel du pays de Fouesnant. Du ciel et de la baie aux tenues et à la végétation, domine un camaïeu de blancs et de gris.


8. Johan Barthold Jongkind (1819-1891)
La Belle Poule à Brest, 1851
Crayon et aquarelle sur papier - 25 x 33 cm
Brest, Musée des beaux-arts de Brest métropole
Photo : Musée des beaux-arts de Brest métropole
Voir l´image dans sa page

Johan Barthold Jongkind ne s’intéressa pour sa part que très peu à la Bretagne. L’aquarelle qu’y rejoint le musée de Brest (ill. 8) aurait, selon François Auffret, Président de la Société des Amis de Jongkind [1], été peinte pendant son séjour à Brest en 1851. Elle aurait été « réalisée sur le motif, durant l’été, depuis la petite fenêtre du second étage de la Maison de la Fontaine. [Elle] représente la Belle Poule, un trois-mâts amarré le long du quai et partiellement caché, au premier plan, par un deux-mâts à la voilure déployée. Arrivée endommagée de l’Océan Indien à Brest en juillet 1847, la frégate attend son nouveau mât. Derrière, les bâtiments qui étaient dans l’enceinte du Château sont très visibles, notamment les toits, simplifiés à l’extrême, et la tourelle ». Elle vient compléter le fonds d’art graphique du musée composé de nombreuses représentations de la ville de Brest et de son port.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.