Sylvain Maillard plus fort qu’Anne Hidalgo

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Sylvain Maillard
Photo : Lionel Barbe (CC BY-SA 4.0)
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Depuis son élection en 2014, Anne Hidalgo et son équipe ravagent Paris. Nous avons consacré d’innombrables articles à l’état de cette ville, de son patrimoine, de son urbanisme et de sa voirie. Nous avons même écrit un livre à ce sujet La Disparition de Paris.
Arrivés à mi-mandat et alors que les prochaines élections municipales sont dans trois ans, quelles sont les perspectives ? Elles sont plus sombres que jamais. Le gouvernement d’Emmanuel Macron ne s’est en effet jamais ou presque opposé à cette politique, qui pourtant concerne dans bien des endroits des monuments historiques, des abords de monuments historiques, des secteurs patrimoniaux remarquables (il n’y en a pourtant que deux à Paris !) ou des sites classés. Ce n’est guère étonnant : Emmanuel Macron est complice de cette politique, qui lui convient en réalité très bien, tant il se veut un champion de la dérégulation, et tant son indifférence pour le patrimoine est notoire.

Nous en avons eu la preuve, ces derniers mois, par des informations venant à la fois du côté du ministère de la Culture et de la DRAC Île-de-France. Nous ne pouvons évidemment pas donner nos sources, mais celles-ci sont « de confiance », comme on dit d’habitude. Et toutes vont dans le même sens : la préfecture d’Île-de-France, qui assure en réalité la tutelle de la DRAC, met une véritable pression sur les architectes des Bâtiments de France pour ne pas trop gêner les projets hidalguiens. Et ceux-ci doivent composer avec les innombrables projets destructeurs de la municipalité, car en cas de conflit ils savent qu’ils ne seront pas suivis dans de nombreux cas.
Quant aux ministres de la Culture successifs, ils ont des consignes, non écrites bien sûr, mais que leurs hauts fonctionnaires connaissent parfaitement, pour éviter eux aussi toute bataille directe avec la maire de Paris.

Si l’on pouvait en douter encore, on en trouverait la preuve dans l’interview que vient de donner Sylvain Maillard au Parisien. Celui-ci est député et vice-président du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale et il vient d’être élu à la tête du bureau départemental de Renaissance, la majorité présidentielle. Il est donc désormais bien placé pour devenir le candidat officiel du parti présidentiel à la mairie de Paris, d’autant qu’il est chargé de « construire un projet qui emmène les Parisiens » (sic) . On peut y lire en effet la phrase suivante :

« On ne réinventera pas cette ville en plantant un arbre par-ci ou un autre par-là, mais en adaptant son architecture aux changements climatiques tout en préservant sa beauté. Il faudrait que l’avis des Architectes des Bâtiments de France soit purement consultatif pour éviter de bloquer nos projets. La décision doit appartenir aux politiques. »

Oui, vous avez bien lu. Adoptant la rhétorique de l’équipe actuellement en place à l’Hôtel de Ville, il veut « réinventer Paris ». Il veut aussi « adapter son architecture aux changements climatiques », mais attention « en préservant sa beauté ». Un peu comme voulait le faire Emmanuel Grégoire dans son « Manifeste pour la beauté de Paris », sur lequel nous n’avions finalement publié qu’un article tant il était certain qu’il s’agissait d’une fumisterie. Et la suite nous a donné raison : aucun des engagements pris dans ce document n’a été tenu.

Mais Sylvain Maillard va encore plus loin, et on reconnaît en cela l’obsession de certains élus pour supprimer le peu de pouvoir qui reste encore aux architectes des Bâtiments de France (ABF), après les mesures prises notamment par sa formation politique pour en limiter les interventions, par exemple dans la loi Elan. Le candidat putatif à la mairie de Paris ne s’embarrasse pas de circonlocutions : l’avis conforme des ABF doit pour lui être supprimé totalement. Les politiques doivent avoir le champ libre sans que ces empêcheurs de vandaliser en rond viennent les déranger ne serait-ce qu’un peu (et à Paris c’est vraiment très peu). L’avis de l’ABF doit donc pour lui être purement « consultatif ». Même Anne Hidalgo n’avait jamais osé demander ça.

Aller donc plus loin dans la disparition de Paris que la municipalité actuelle, voilà le projet que nous promet Sylvain Maillard, pensant qu’il va « emmener les Parisiens » et croyant sans doute que ceux qui s’opposent à la première lui feront une ovation. Il n’est même pas encore officiellement candidat que nous n’en voulons déjà pas. Paris est décidément une ville maudite.

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