Retour sur la halle Eiffel « sauvée » par Françoise Nyssen

À plusieurs reprises nous avons rappelé qu’un monument démonté devant être remonté ne l’était pratiquement jamais si un projet concret, avec un délai précis et un financement n’existait pas dès l’origine. Nous avions alerté, avec beaucoup d’autres, sur le sort qui attendait la halle Eiffel, dite aussi halle Lustucru, à Arles. Le ministère de la Culture avait même annoncé que « Françoise Nyssen sauve la halle Lustucru » (on peut lire ce texte d’anthologie ici, sur le site du ministère). Ainsi, s’ouvrait : « la perspective d’une meilleure mise en valeur d’une structure qui avait été laissée à l’abandon ». On peut voir sur ces photographies [1] (ill. 1 et 2) comment cette structure est aujourd’hui bien mise en valeur.


1. Vue aérienne de la zone de stockage des éléments de la halle Eiffel d’Arles
Photo : Pascal Bois/Panovues
Voir l´image dans sa page

Nous avions il y a plus d’un an, en septembre 2018, cherché à savoir où en était ce mirifique projet de remontage. La mairie d’Arles nous avait alors répondu qu’elle « attend[ait] une réponse à ce sujet de la DRAC et du ministère de la Culture ». Nous avions donc contacté la DRAC par mail afin de savoir ce qu’il en était. Voici nos questions :
« La mairie d’Arles m’indique qu’elle est en attente d’une réponse de la DRAC pour la vente et le remontage de la halle Eiffel, dite halle Lustucru.
Ceci est-il exact ?
Cela veut-il dire qu’un projet est en cours d’élaboration ?
Si cela est le cas, puis-je savoir ce qui est envisagé ?
 »

La DRAC nous informa que le message avait bien été reçu. Ce fut hélas sa seule réponse.

Plus d’un an après, notre attention a été une nouvelle fois attirée sur le sort de la halle, que nous n’avions d’ailleurs pas oubliée, par l’annonce sur Twitter par le journaliste David Coquille d’un article à paraître sur ce sujet dans le journal La Marseillaise :

Nous avons donc à nouveau interrogé la DRAC et la Ville. Le service communication de la première, très réactif, nous a répondu que les éléments qu’elle pouvait nous apporter devaient être validés par les services de la préfecture. Nous attendons encore la validation…
David Coquille rappelle dans son article que l’adjoint à l’urbanisme de la Ville déclarait en 2018 que « même gratis, on donne [la halle] car elle n’a strictement aucun intérêt ». Fidèle à cette position, la mairie nous a répondu en précisant qu’elle n’avait « aucune initiative en cours pour chercher un porteur de projet » et qu’elle stockait la halle « uniquement parce qu’on le lui avait imposé ». Une enquête publique vient d’être lancée, qui traite celle-ci, nous apprend David Coquille, comme des « déchets métalliques en transit » ; selon la mairie, il s’agit d’une simple « régularisation » pour un stockage qui date déjà de plus d’un an et demi.
À la question de savoir qui était en charge de trouver un repreneur, la Ville nous a orienté vers le pôle Culture et Patrimoine, association qui regroupe une centaine d’entreprises et institutions œuvrant dans ce domaine. Celui-ci nous a renvoyé à son président, Jean-Bernard Memet, spécialiste de la corrosion des métaux et des monuments historiques en métal, créateur de la société A-Corros, basée à Arles et spécialisée dans le diagnostic et l’expertise en corrosion (infrastructures portuaires, monuments historiques et objets archéologiques), et d’Archéomed, un hôtel d’entreprises dédiées au patrimoine. Celui-ci s’est battu depuis le début pour la sauvegarde de la halle Lustucru mais, comme il nous l’a confirmé, il n’a jamais été missionné par la ville d’Arles pour trouver un repreneur.


2. Zone de stockage des éléments de la halle Eiffel d’Arles
Photo : Jean-Bernard Memet
Voir l´image dans sa page

Jean-Bernard Memet nous a indiqué que le démontage avait été fait par la société Eiffage dans de bonnes conditions, avec l’aide d’un bureau d’étude, et que chaque élément avait été numéroté, et stocké dans l’ordre du démontage, avec un plan de remontage, ce qui rend celui-ci tout à fait faisable. Sur les conditions de stockage, s’il confirme qu’elles auraient pu être meilleures, soit avec un taud (c’est-à-dire un toit, laissant circuler l’air) ou a minima un bâchage, elles auraient également pu être pire. Il reste que la peinture, soumise à l’air libre, à l’eau et au vent, commence à s’écailler. Si elle ne contient pas d’amiante, contrairement à ce qui a été écrit, elle contient du plomb, certes en petite quantité mais qui va finir, lorsque la peinture va partir, par polluer le terrain. Avant même que la rouille ne s’installe [2], il y a donc un risque que l’on décide que cela devient dangereux, et qu’il faille se débarrasser de ce qui n’est, pour beaucoup, que de la ferraille. Pour Jean-Bernard Mamet, il faut agir rapidement, en tout cas avant cinq ans, sinon les dégradations pourraient devenir irréversible.

Résumons donc la situation : démontée, la halle est stockée depuis presque deux ans en plein air sans qu’aucun projet de remontage ne soit prévu, et sans que personne ne soit mandaté par la Ville d’Arles (son propriétaire, et le premier responsable de cette situation) pour trouver une solution. Le ministère de la Culture fait le mort (un état qu’il simule de moins en moins). Et il faut pourtant aller vite. Sauf miracle - pourrait-on espérer que des candidats à la mairie d’Arles s’emparent du sujet ? - ce monument d’une grande importance pour l’histoire de l’architecture métallique, dont Jean-Bernard Memet affirme qu’il est tout à fait possible de le réutiliser, risque de disparaître dans l’indifférence presque générale, faute de volonté politique. Et ceci, après avoir été « sauvé par Françoise Nyssen ».

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.