Quelques peintures acquises par le Musée des Augustins

1. Vicente Joan Masip, dit Joan de Joanes (vers 1510 -1579)
Saint Blaise
Huile sur bois - 101 x 58 cm
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Musée des Augustins
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8/8/18 - Acquisitions - Toulouse, Musée des Augustins - Un saint homme, deux femmes vertueuses et une élégante inconnue sont entrés au Musée des Augustins. Les collections se sont en effet enrichies de plusieurs tableaux entre 2017 et 2018 : le fragment d’un retable espagnol du XVIe siècle, deux peintures d’histoire du XVIIIe et un portrait du XIXe siècle.

Actif à Valence, Joan de Joanes est une figure majeure de la Renaissance espagnole, peu représenté dans les collections publiques françaises. Également appelé Juan de Juanes, son nom de naissance est en réalité Vicente Juan Masip. Fils du peintre Vicente Masip, il se forma dans l’atelier de son père et collabora avec lui à la réalisation de nombreuses œuvres si bien qu’il n’est pas toujours facile de distinguer leurs mains. Comme son père, Joan de Joanes fut influencé par l’art italien ; il découvrit Raphaël sans doute par le biais d’estampes, et puis Sebastiano del Piombo dont il put admirer les peintures à Valence même, rapportées par Jerónimo Vich, qui fut ambassadeur à Rome.
Joan de Joanes est l’auteur du Saint Blaise acheté par le Musée des Augustins à la galerie Jordi de Nadal de Barcelone (ill. 1). Le saint évêque, reconnaissable à l’instrument de son martyre, le peigne de fer, faisait partie d’un retable aujourd’hui démembré, dont deux autres fragments sont localisés dans des collections particulières ; l’un illustre la Rencontre de sainte Anne et de saint Joachim à la Porte Dorée, l’autre deux nobles persans qui furent martyrisés, Saint Abdon et saint Senen, selon une composition similaire à celle de Saint Blaise : on retrouve en effet le dallage en marbre et l’ouverture sur un paysage d’influence flamande de part et d’autre d’un dais ; il manque la balustrade. Présentés en pied, dotés de leurs attributs, les personnages de Joan de Joanes ne sont pourtant pas figés, et leurs visages sont personnalisés.

2. Antoine Rivalz (1667-1735)
La Charité romaine ou Cimon et Pero (avant restauration)
Huile sur toile
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Musée des Augustins
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Incarnation de la piété filiale et plus généralement de la Charité romaine, Péro nourrit au sein son père Cimon condamné à mourir de faim en prison. Un tableau acheté à la galerie Hubert Duchemin est d’Antoine Rivalz (ill. 2) dont les Augustins possèdent le plus grand ensemble de peintures. La toile, dans son jus, sera prochainement restaurée. Elle est à rapprocher d’une série de peintures de Rivalz, toutes du même format, représentant des femmes fortes de l’histoire religieuse, antique ou mythologique, aussi bien vertueuses que séductrices. Le musée possédait jusqu’à ce jour La Mort de Cléopâtre ainsi qu’une version d’atelier de La Mort de Paetus. Car l’ensemble eut du succès et des copies plus ou moins fidèles aux compositions originales furent réalisées. Jean Penent [1] reproduit une Charité romaine appartenant à ce même cycle, considérée comme perdue, qui n’est pas tout à fait identique à celle qu’a récemment acquise le musée. La composition de Toulouse est néanmoins comparable à celles de la série : deux personnages, représentés à mi-corps, dans un cadrage serré, leurs expressions renforcées par un contraste d’ombres et de lumières. La figure Péro est en outre assez proche de celle de Cléopâtre, par son visage et sa coiffure.
Les différents tableaux semblent être conçus par paires, réunissant des sorts similaires ou bien, au contraire, opposant des personnalités, l’une vertueuse, l’autre perfide : Judith et Holopherne pourrait faire pendant à Samson et Dalila, Joseph et la femme de Putiphar à Suzanne et les vieillards ; il y a aussi les morts de Cléopâtre et de Lucrèce... Péro pourrait quant à elle fait écho à Arria, épouse de Paetus qui fut condamné à mort, plus précisément au suicide, par l’empereur Claude. Afin d’encourager son époux hésitant, Arria se poignarda en premier, prononçant cette phrase célèbre « Paete, non dolet ».
La plupart des peintures furent gravées par Barthélemy Rivalz, cousin et élève du maître.


3. François Guillaume Ménageot (1744-1816)
Les Adieux de Polyxène à Hécube, 1777
Huile sur toile
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Musée des Augustins
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Autre femme vertueuse : Polyxène, qui fait ses adieux à sa mère Hécube avant d’être sacrifiée aux mânes d’Achille. Le tableau de François Guillaume Ménageot a été acheté à la galerie Chantal Kiener (ill. 3) ; il s’agit d’une esquisse pour le morceau d’agrément du peintre à l’Académie royale, présenté au Salon de 1777. L’œuvre achevée se trouve au Musée des Beaux-Arts de Chartres. L’esquisse, inédite, a été attribuée à Ménageot par Nicole Willk-Brocard, auteur de la monographie [2] de l’artiste. Une seconde est conservée au Musée de Menton. La toile vient enrichir le fonds des Augustins, riche en peintures de la seconde moitié du XVIIIe siècle .


4. Jean-Paul Laurens (1838-1921)
Portrait de femme
Huile sur toile - 93 x 72 cm
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Musée des Augustins
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Enfin, un portrait par Jean-Paul Laurens a été acheté à un particulier toulousain par l’intermédiaire de la galerie Moulins (ill. 4). S’étant formé à Toulouse, l’artiste est très bien représenté dans les collections du musée qui ne possédait pourtant pas de portrait de sa main. Évidemment plus connu pour ses peintures d’histoire, il représenta néanmoins ses proches et réalisa également des portraits mondains comme la Femme en noir du Petit Palais ou bien celle-ci, vêtue d’une somptueuse robe rose qui est finalement le sujet de l’œuvre. Occupée à broder, elle semble interrompue par l’irruption du peintre ou du spectateur. La chaise sur laquelle elle est assise, les panneaux de cuirs sur les murs, ainsi que le vitrail en haut à gauche de la composition forment un décor à la fois monumental et anachronique, qui rappelle le château de Fourquevaux où grandit Laurens.

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