Quelques espoirs après le déjeuner d’Emmanuel Macron avec des directeurs de musées

Emmanuel Macron
Photo extraite de la vidéo d’une
conférence de presse (elysee.fr)
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Le 14 mars dernier, le Président de la République, Emmanuel Macron, recevait pour un déjeuner vingt-six directeurs de musées français. Cinq journalistes étaient conviés, mais pas La Tribune de l’Art, ce qui n’est pas très grave car nous pourrons tout de même donner à nos lecteurs les informations les plus complètes sur ce sujet.

Seuls deux directeurs de musées de province étaient présents, Michel Hilaire et Sylvain Amic. Si Paul Lang, nouveau directeur des musées de Strasbourg, avait été convié mais ne pouvait être présent car encore au Canada, la plupart des autres directeurs des grands musées de région n’avaient pas été invités. La France n’est pas Paris, et cet ostracisme est un peu gênant. De même, si le Musée des Arts décoratifs était représenté par son président David Caméo et par Olivier Gabet, directeur du musée, certains établissements publics n’étaient représentés que par leur président qui, aux dernières nouvelles, ne sont pas les directeurs des musées. Ainsi Serge Lasvignes était là pour le Centre Pompidou, mais pas Bernard Blistène, le directeur du musée national d’Art Moderne. Et Catherine Pégard représentait Versailles, alors que le directeur des châteaux de Versailles et de Trianon est Laurent Salomé. Une autre absence était moins choquante : celle de Vincent Berjot, l’actuel directeur général des Patrimoines (et donc en charge des musées), ce qui tend à confirmer le bruit de son prochain départ.

Si l’on peut se réjouir néanmoins que le Président de la République manifeste ainsi son intérêt pour les musées, certains participants s’étonnaient en privé qu’une telle réunion, qui avait pour objectif de faire le point sur quelques grandes questions touchant à la politique des musées, ne soit pas initiée et menée par le ministère de la Culture. Mais cela n’est pas vraiment surprenant compte tenu des insuffisances de la ministre. Emmanuel Macron est apparu assez à l’écoute, prenant des notes sur un calepin, et très conscient du rôle des musées pour le prestige international de la France. La ministre de la Culture est intervenue à deux reprises, de façon très courte et dans le style inimitable qui est le sien. Plusieurs personnes nous ont confié qu’ils ne l’avaient pas trouvé brillante, ce qui n’est guère étonnant.

Après un petit discours d’introduction, le Président de la République a donné la parole à ceux qui le souhaitaient afin qu’ils s’expriment sur les questions qui leur tenaient à cœur. Tout était un peu formel, sans qu’une réelle conversation ne s’engage entre les participants. Chacun ou presque a pris la parole à tour de rôle, abordant ainsi divers sujets qui ont ensuite fait l’objet d’une synthèse par Emmanuel Macron qui a émis le souhait que certains chantiers soient mis en œuvre très rapidement, une prochaine réunion devant se tenir au mois de juin. Des sujets qui fâchent ou auraient pu fâcher ont soigneusement été évités, comme la question des restitutions (évoquée néanmoins dans l’introduction d’Emmanuel Macron) ou celle du prêt de la Joconde et de la tapisserie de Bayeux. Le sujet de la « circulation des œuvres » a cependant été abordé (comme si les musées ne faisaient pas, depuis longtemps, circuler les œuvres dans le monde).

Un point très positif, s’il est mené à terme, a fait l’objet de longs développements : la question de la gratuité de la diffusion des photographies des œuvres des musées. L’exemple du Metropolitan Museum, qui a mis récemment à la disposition du public 400 000 images entièrement gratuites en haute définition, a été cité, et si le Président de la République semblait découvrir cette question, il s’est montré très ouvert à une évolution sur ce sujet. À la surprise des participants, Sylvie Hubac, présidente de la Réunion des Musées Nationaux, après avoir marqué une légère hésitation, a affirmé que cela n’était pas un problème, même pas financier, et que s’il fallait le faire elle le ferait ! On attend donc avec impatience une évolution décisive qui serait proprement révolutionnaire tant ce sujet semblait demeurer tabou en France, alors que de plus en plus d’institutions internationales libèrent leurs images.

Un autre sujet a été abordé : celui de la garantie de l’État pour les prêts aux expositions. Les primes d’assurance sont de plus en plus chères, et les expositions ne bénéficiant pas de la garantie de l’État (cela concerne essentiellement les musées non nationaux) font face à des coûts d’assurance très élevés. Emmanuel Macron a affirmé que ce point serait résolu.
L’histoire de l’art à l’école, vieux serpent de mer, a également été abordée, ainsi que la formation des enseignants à l’histoire de l’art, et la possibilité de rendre obligatoires les visites de musées pour les écoles. Le Président, là encore, est apparu très sensible à ces questions et a dit qu’il en parlerait à son ministre de l’Éducation. L’absence de l’histoire de l’art dans les programmes de l’audiovisuel public a également été évoquée.

Il est dommage que, sans doute par faute de temps, d’autres questions cruciales pour les musées, comme celle des acquisitions et de l’hémorragie d’œuvres d’art que subit le pays n’aient pas pu être traitées. Espérons que quelqu’un s’en saisira lors de la prochaine réunion du mois de juin. Mais si ce déjeuner devait déboucher au moins sur deux décisions : la gratuité des photographies des musées et de la RMN, et une garantie de l’État pour tous les prêts aux musées français, il aura réellement permis de faire avancer les choses.

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