Petite chronique du démantèlement des musées français, notamment du Quai Branly (2)

Didier Rykner 2 2 commentaires
Une salle d’exposition du Musée du Quai Branly
(Espace Océanie)
Photo : Andreas Praefcke (domaine public)
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Depuis notre première chronique, il faut d’abord remarquer l’intervention du ministre de la Culture Franck Riester qui répondait à interview du Journal du Dimanche. Si sa position semble plus raisonnable que ce qu’on a pu entendre récemment et s’il s’est déclaré en faveur de l’inaliénabilité des œuvres « un principe important », il prend cependant comme presque acquise la « restitution » de vingt-six objets au Bénin (qui ne semble d’ailleurs pas déclencher beaucoup d’enthousiasme dans ce pays - voir cet article). Il ne pouvait, à peine nommé, s’opposer au Président de la République. Il reste qu’il envisage surtout comme objectif de faire « circuler les œuvres ». Si sa modération est bonne à entendre, il reste qu’on ne voit pas comment on pourrait « restituer » vingt-six œuvres au Bénin et dire non aux autres pays…

Le Monde a mis en ligne de très nombreux articles et tribunes sur cette question des restitutions, mais il faut regretter que celles-ci ne soient pas en accès libre. Notons que les auteurs du rapport, Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, ont eux-aussi publié dans ce journal un texte qui revient sur les critiques qui ont accueilli leur travail, mettant notamment en cause Hermann Parzinger, président de la Fondation du patrimoine culturel prussien, auteur d’un article dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, mais aussi Stéphane Martin, ainsi que « certains conservateurs » et « certains magazines spécialisés en art ». Allez savoir pourquoi, nous nous sommes un peu senti visé et nous avons tenu à leur répondre par cet article.

Dans Les Échos, Martine Robert revient sur la question du marché de l’art « paralysé par la question des restitutions ». Il se vend en effet régulièrement de nombreuses œuvres d’art africaine, notamment dans les ventes aux enchères. On peut comprendre que, même si le rapport ne parle pas expressément des collectionneurs particuliers, ceux-ci craignent, après les musées, être les prochains sur la sellette. Le commissaire-priseur Alexandre Giquello y explique que « 90 % des biens africains ont été achetés, offerts, échangés, troqués. Certains des objets les plus anciens ont pu être préservés par les collectionneurs car le concept de patrimoine est vague en Afrique. A chaque changement de culte, les objets traditionnels étaient abandonnés, à chaque progrès de la médecine, les objets de soin fétiches étaient délaissés ». Nous publierons demain un remarquable article du marchand d’art africain Réginald Groux, lui même créateur d’un musée au Sénégal, qui a vécu toute l’histoire du marché de l’art africain depuis la fin des années 60 et qui y explique de manière détaillée tout ce qui est soigneusement ignoré du rapport Savoy-Farr.

Et, pendant ce temps, le contenu de la boite de Pandore désormais béante continue de se répandre. La Côte-d’Ivoire - plus raisonnable que le Sénégal, qui veut récupérer tous les objets provenant du Sénégal - va réclamer « une centaine d’œuvres » (voir par exemple ici) et le Burkina Faso se déclare « prêt pour le rapatriement de ses objets d’art » (voir ici).

Enfin, parmi beaucoup d’interventions radio et télévision, nous avons été honoré d’être invité par la chaine d’information Africa 24 dans leur émission Polititia où nous avons participé à un débat ferme mais courtois sur cette question. Elle est en trois parties et peut être regardée sur ce site internet.

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