Orsay acquiert un chef-d’œuvre du finlandais Akseli Gallen-Kallela

24/1/20 - Acquisition - Paris, Musée d’Orsay - Les heureux visiteurs de la très belle rétrospective Akseli Gallen-Kallela proposée par le Musée d’Orsay en 2012 (voir l’article), se souviennent sans nul doute de ce Grand Pic noir (Palokärki en finnois), l’un des remarquables chefs-d’œuvre alors présentés (ill. 1). Huit ans plus tard, il est plus que réjouissant de le voir rejoindre les collections du Musée d’Orsay qui adjoint enfin à son Tapis Flamme, acquis en 2006 (voir la brève du 30/4/08), une toile de cet emblématique artiste finlandais aucunement représenté dans les collections publiques françaises. Proposé à la vente par Sotheby’s New-York le 12 novembre dernier, pour un montant record estimé entre 1 800 000 et 2 500 000 dollars (entre 1 634 868 et 2 270 650 euros), le Grand Pic noir était demeuré invendu et resta dans la collection privée finlandaise qui le conservait. Le Musée d’Orsay put finalement l’acquérir de gré à gré peu après grâce au soutien de la famille de l’artiste qui accepta de revoir à la baisse le prix d’estimation. Le musée confirme ainsi brillamment son intérêt pour le symbolisme des pays d’Europe du Nord, dont l’exposition Âmes sauvages, le symbolisme dans les pays baltes (voir l’article) et l’acquisition des Arbres gelés au crépuscule de Gustaf Fjaestad (voir la brève du 15/5/18) sont les plus récents témoignages.


1. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Palokärki /Grand Pic noir, 1892-94
Huile sur toile - 145,5 x 91 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay
Voir l´image dans sa page
2. Akseli Gallen-Kallela (1865-1931)
Palokärki /Grand Pic noir, 1892
Gouache - 145,5 x 91 cm
Helsinki, Galerie nationale de Finlande
Photo : Finnish National Gallery
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On connaît de ce grand format étiré verticalement, signé et daté en bas à droite « Gallen/1894 », une version à la gouache de même dimension conservée à Helsinki à la Galerie nationale de Finlande (ill. 2) très logiquement dotée d’un riche fonds de ce prolifique artiste autochtone. Encadrée d’une frise géométrique semée de motifs végétaux et de petits animaux, elle serait la version initiale que Gallen-Kallela, insatisfait, aurait déchirée avant de se raviser face à l’œuvre rassemblée par sa femme dont il livra finalement une version à l’huile à la composition presque identique. Juché sur une souche blanchâtre décharnée, le majestueux pic noir à la crête flamboyante, occupe une place centrale au premier plan d’un somptueux paysage montagneux vu en plongée. C’est le lac Paanajärvi que l’artiste représente en contrebas, bordé de sommets couverts de forêts de conifères et sommé d’un ciel fluorescent. Un site emblématique de la très sauvage Carélie du Nord que le peintre explore à partir des années 1890 - à l’instar d’un Gauguin en Bretagne quelques années plus tôt -, multipliant les vues de plus en plus synthétiques de ses pins enneigés, ses lacs glacés et ses spectaculaires cascades, bien éloignées stylistiquement de ses débuts naturalistes.

Gallen-Kallela les mut en icônes du paysage finlandais, paysages allégoriques capables d’incarner l’identité nationale d’un État - le grand-duché de Finlande - alors sous le joug de la Russie impériale. Une constance plus qu’une rupture si l’on considère les scènes rurales de ses débuts tout comme ses scènes folkloriques (rituel du sauna, réunions familiales dans des intérieurs typiques) comme autant de motifs façonnant une mythologie nationale. Il n’est pas inintéressant de noter que ces années 1890 durant lesquelles sa conception nouvelle du paysage émergea sont aussi celles de son adhésion au mouvement des Jeunes Finnois qui entendait affermir l’identité culturelle finlandaise face à la russification ambiante. Un engagement dont jamais l’artiste ne se départit, s’associant en 1905 à la résistance passive des Finlandais contre l’oppression russe avant de prendre part en 1918 à la guerre civile qui suivit la déclaration d’indépendance de la Finlande.

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