L’idée est lancée, et c’est peu de dire qu’elle l’est par une des grandes intelligences de notre époque, qui situe très haut le niveau des débats : rien moins qu’Élisabeth Borne, ancienne premier ministre, et actuellement ministre de l’Éducation nationale. Il faut « dégenrer » la devise apposée au fronton du Panthéon, à Paris : « AUX GRANDS HOMMES, LA PATRIE RECONNAISSANTE ».
Nous plaisantons évidemment. Pas à propos de la volonté de la ministre, elle a bien dit ça, mais sur le niveau du débat.
Car Élisabeth Borne ignore, manifestement, que le terme « HOMME » a une double signification : « personne de sexe masculin », certes, en est une. L’autre est « appartenant à l’espèce humaine » ou « être humain ».
Ou si elle ne l’ignore pas, peut-être croit-elle que Marie Curie ou Joséphine Baker n’appartiennent pas à l’espèce humaine, ce qui, convenons-en, serait un peu inquiétant de sa part.
Elle ignore aussi (elle n’est pas seule, c’est vrai) qu’il y a une différence entre « sexe » et « genre ». Un piano, par exemple, est de genre masculin mais, aux dernières nouvelles, n’avait pas de sexe. Une trompette est de genre féminin, mais elle n’a pas davantage de sexe qu’un piano (n’essayez pas de les accoupler, même pour faire de la musique, ça ne marche pas).
Pour justifier cette belle idée, la ministre a expliqué que « les jeunes filles se heurtent à des stéréotypes et finissent par renoncer à des carrières qui devraient leur être pleinement ouvertes ». Combien de carrières de femmes ont-elles été ainsi brisées dans l’œuf ? On en frémit. Heureusement qu’Élisabeth Borne ne s’en est jamais laissé compter, qu’elle n’a pas été influencée par la devise du Panthéon, et qu’elle a cru en son étoile : que serions-nous devenus si la France avait été privée d’une telle premier ministre et ministre de l’Éducation nationale ?
Plus sérieusement, rappelons que le Panthéon est un monument historique, que cette inscription, apposée une première fois pendant la Révolution française puis retirée lorsque l’édifice fut redevenu une église, fut installée sous la Monarchie de Juillet en 1837 et n’a pas bougé depuis. Elle est donc classée monument historique avec l’ensemble.
Le cartouche qui l’insère est d’ailleurs exactement aux dimensions des lettres qui la composent. Vouloir transformer l’inscription en y ajoutant « aux femmes » nécessiterait donc, pour que cela reste esthétique, un changement radical du fronton.
Remarquons enfin qu’Élisabeth Borne n’est finalement pas très inclusive. A-t-elle pensé à ceux qui ne se reconnaissent ni dans le sexe masculin, ni dans le sexe féminin, et qui se considèrent « non binaires » ? Pourquoi n’auraient-ils pas le droit, comme les femmes, de « [voir] la société reconnaître pleinement [leur] place dans son histoire » ? Un non binaire se verrait-il interdit de Panthéon par Élisabeth Borne ? Et d’ailleurs, comment peut-on écrire « grands » alors qu’on parle aussi de femmes. Ne soyons pas timides ? Puisque, de toute façon, le wokisme n’existe pas, nous proposons la formule suivante : « AUX GRAND·E·S FEMMES, HOMMES ET NON BINAIRES, LA PATRIE RECONNAISSANTE ». C’est notre contribution au débat qu’elle appelle de ses vœux.
