boiteux (tableau prémonitoire d’Isidore Pils, avec saint Pierre dans le rôle d’Emmanuel Macron, et le boiteux dans celui de la Tapisserie de Bayeux)
Photo : Musée d’Orsay
Le 17 juillet dernier, la Tapisserie de Bayeux, arrivée à Londres, était sortie de sa caisse. Le ministère de la Culture était enthousiaste : « il n’y a eu aucune altération visible et […] la tapisserie a bien voyagé ». Mieux même ! Selon Catherine Pégard : « elle est très bien arrivée, en très bon état ». Pourtant, de l’avis de tous ceux qui l’avaient étudiée, l’œuvre était, avant son envoi à Londres, en très mauvais état. On pouvait lire en effet — ce n’est qu’un exemple — que « l’état général et particulièrement structurel de la Tapisserie est préoccupant » dans un document de 2021, Préconisations de conservation pour l’exposition et la manipulation de la Tapisserie de Bayeux.
C’est donc un miracle : le voyage à Londres a suffi à restaurer la Tapisserie par la volonté du Très-Haut ou peut-être par celle d’Emmanuel Macron, le président thaumaturge qu’il va sûrement falloir songer à canoniser. À moins que…
À moins que — mais ce serait tellement surprenant que nous ne saurions le croire — on nous ait quelque peu menti. Car les informations que nous apprenons aujourd’hui sont beaucoup moins triomphales. Selon Le Monde, « d’après les restaurateurs qui ont réalisé le constat d’état après le trajet, aucun dégât majeur n’est à déplorer, malgré quelques ruptures de fibres ». Aucun dégât majeur, certes. Mais cela voudrait-il dire qu’il y a eu des dégâts « mineurs » ? Quelques ruptures de fibres ? Combien, à quel endroit ?
La Croix nous apporte quelques précisions. Le journal confirme qu’il n’y a eu « aucune dégradation majeure », mais précise que des « "petites ruptures légères sur deux zones" de la toile de lin ont été constatées ».
On ne parle plus de « quelques » ruptures de fibres, mais d’un nombre indéterminé, sur deux zones, dont on ne connaît ni l’emplacement sur l’œuvre ni la taille.
Pour être définitivement fixé, il suffirait de pouvoir consulter le constat d’état effectué avant son départ, et celui fait après son arrivée. Puisqu’elle est arrivée en « très bon état », pourquoi voudrait-on cacher ces documents ? Pourtant, curieusement, alors que nous avons fait cette demande une première fois le 17 août au ministère, et que l’on nous a répondu qu’on reviendrait vers nous « dans les plus brefs délais », nous n’avons plus eu de nouvelles malgré de multiples relances !
Contrairement aux belles assurances, la Tapisserie a donc subi des dégâts (pas majeurs, réjouissons-nous) lors de ce transport, mais nous ne savons pas encore dans quelle mesure. Mais même si ceux-ci sont limités, ce qu’on espère, c’est encore trop. On a fait courir des risques inconsidérés à cette œuvre insigne, et cela n’est évidemment pas terminé car il y a encore le voyage retour.
À ce propos, Nicholas Cullinan, directeur du British Museum, affirme avoir « tiré des enseignements du transport aller pour renforcer encore la sécurité ». Mais si la Tapisserie ne courait aucun risque pendant le transport, quels enseignements a-t-on pu tirer qui amélioreraient une sécurité déjà optimale ? Tout cela est très étrange.
Donc non, évidemment, il n’y a pas eu de miracle, si ce n’est que la Tapisserie n’a subi aucun « dégât majeur ». Apparemment, il va falloir s’en contenter.