Le Champ de Mars ne connaîtra jamais la paix

Didier Rykner
1. Le Paris Eiffel Jumping, édition 2017
qui vient tous les mois de juillet occuper
une partie du Champ-de-Mars (là où
s’installera bientôt le Grand Palais éphémère)
Photo : Didier Rykner
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Il ne se passe pas une année sans que le Champ-de-Mars, l’un des plus grands jardins de Paris, qui se trouve entre deux monuments historiques, l’École Militaire et la tour Eiffel, avec de l’autre côté de la Seine le Palais de Chaillot, ne soit gravement dénaturé par tel ou tel événement sportif. Hier c’était la coupe d’Europe de Football, avec la « fan zone » truffée de publicités illégales reconnues comme telles mais une fois que l’événement fût terminé (voir l’article), demain (comme chaque année), ce sera l’installation du Paris Eiffel Jumping, qui transforme le lieu en hippodrome (ill. 1). Comme certaines places de Paris (la Concorde, la place du Palais-Royal…), toutes bordées de monuments historiques, le Champ-de-Mars n’est plus un lieu protégé mais un champ de foire. Sans compter côté École Militaire l’horrible Mur de la Paix construit sans autorisation et désormais le stupide mur « transparent » en cours de construction qui va encercler la tour Eiffel sous prétexte de terrorisme (voir l’article), ou l’état désastreux de ce jardin (ill. 2) qui est un des endroits les plus sales de Paris (ce qui est une espèce de record).

2. Le Champ-de-Mars, état juillet 2017
Photo : Didier Rykner
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Ce massacre persistant de ce qui est pourtant théoriquement un site classé, une protection qui devrait interdire toutes ces manifestations, va bientôt devenir permanent, sans même une seule interruption, pendant au moins quatre ans, avec l’installation de ce que ses promoteurs (la RMN-GP et le Comité Paris 2024) appellent un « Grand Palais éphémère ». La rénovation du Grand Palais, du début de 2021 au printemps 2023, est en effet l’explication avancée pour cette construction à un emplacement évidemment totalement inconstructible. Il s’agit de permettre l’organisation des événements normalement abrités au Grand Palais comme « la Biennale Paris, la FIAC, Paris Photo, le Saut Hermès et les défilés Chanel ». Tous les prétextes sont bons pour massacrer encore davantage ce jardin, d’autant que s’y rajoutent, évidemment, les Jeux Olympiques qui justifient que l’installation de cette infrastructure se prolonge jusqu’en 2024 pour une « mutualisation vertueuse » (sic) . Et qui sait, ensuite, ce que l’on trouvera encore pour expliquer que ce lieu est décidément devenu indispensable, et tellement « harmonieux ».

Le communiqué de presse - qui ne comporte encore aucun visuel de l’édifice - vante en effet déjà les qualités de celui-ci : « Il fera l’objet d’une grande attention esthétique et architecturale, s’inscrira harmonieusement dans l’environnement du Champ-de-Mars et constituera une réalisation exemplaire en termes de sobriété et de développement durable. » S’il avait été émis par la Mairie de Paris, nul doute qu’on aurait appris qu’il s’agirait d’un « espace convivial et festif, symbole du vivre ensemble et écologiquement responsable ».

Le projet doit être soumis au Conseil de Paris le 2 juillet prochain. Le vote est évidemment déjà acquis, comme le sera bien sûr l’avis de la DRAC Île-de-France qui se fera un plaisir de donner son autorisation (ou de régulariser, une pratique dont elle est devenue la championne toute catégorie). La protection du patrimoine est décidément un combat perdu d’avance à Paris.

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