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La marquise de Sévigné : de Paris à Grignan
« Madame de Sévigné. Lettres parisiennes », Paris Musée Carnavalet du 15 avril au 23 août 2026.
Ouverture d’un nouveau parcours de visite au Château de Grignan.
Elle eut la chance d’être veuve, et de l’être jeune : lorsque son mari volage mourut des suites d’un duel en 1651, la marquise de Sévigné n’avait que vingt-cinq ans. Si elle fut affectée, sans doute, par la mort de son époux, elle se montra lucide sur les défauts de leur mariage — « Monsieur de Sévigné m’estime et ne m’aime point ; moi, je l’aime et ne l’estime point. » — et sur les avantages du veuvage pour une femme de son rang. Libérée de toute tutelle masculine, cette mère de deux enfants — Françoise-Marguerite et Charles — choisit de ne pas se remarier.
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, vers 1665
Huile sur toile - 81,2 × 65 cm
Paris, musée Carnavalet – Histoire de Paris
Photo : bbsg
Avant d’être veuve, elle fut orpheline. Née en 1626, Marie de Rabutin-Chantal perdit ses parents à l’âge de six ans. Son enfance fut heureuse pourtant, au sein de sa famille maternelle, les Coulanges, et au cœur du Marais, place Royale (actuelle place des Vosges). C’était le nouveau quartier à la mode, elle-même s’y s’installa plus tard, dans l’hôtel Carnavalet. Elle bénéficia d’une éducation raffinée dans des conditions relativement rares pour une jeune fille de la noblesse, puisqu’elle échappa au couvent. Elle apprit l’italien, l’espagnol, le latin, lut le Tasse, l’Arioste, Cervantes et Virgile, mais aussi les auteurs contemporains, La Fontaine ou Corneille qu’elle plaçait au-dessus de Racine. Sa grand-mère paternelle, Jeanne de Chantal, qui fonda l’ordre de la Visitation avec François de Sales, et fut canonisée en 1767, veilla elle aussi à ce que sa petite-fille apprît à penser.
La — relative — indépendance de cette femme, son éducation raffinée, la société cultivée qu’elle fréquenta, creuset d’une culture moderne, lui permirent sans doute de développer les qualités littéraires qui firent la célébrité de ses lettres. Les plus nombreuses furent celles qu’elle adressa à sa fille, partie vivre dans la Drôme en 1671, lorsque son mari, le comte de Grignan, fut nommé lieutenant général de Provence. Cette correspondance, passée à la postérité, laissa l’image d’une mère aimante, voire éplorée, mais la marquise eut aussi pour interlocuteurs des esprits brillants, tel le poète Jean Chapelain ou l’écrivain Gilles Ménage, et quelques ministres du roi, parmi lesquels Nicolas Fouquet et le marquis de Pomponne. Avec son cousin adoré, le caustique et flamboyant Bussy-Rabutin, elle développa l’art du « rabutinage », une complicité dans l’esprit et le rire. Le talent épistolaire de la marquise, qui avait le sens de la formule et savait ménager ses effets, fut reconnu de son vivant, et il arrivait que ses lettres, spirituelles et piquantes, fussent lues à haute voix dans les salons.
Consacrer une exposition à une femme célèbre pour sa correspondance peut sembler tout de même périlleux. Que montrer, sinon quelques effigies (ill. 1) et des centaines de lettres disposées dans…