La Fondation Mansart et la Wallace Collection au chevet de Bagatelle

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Beaucoup s’inquiétaient, depuis longtemps, de l’état du château de Bagatelle, propriété de la Mairie de Paris, qui se dégradait toujours davantage en raison de l’abandon de la municipalité depuis une vingtaine d’années (ill. 1 à 3)… Yves Contassot a d’ailleurs regretté lors de la délibération du Conseil de Paris du 11 juillet dernier à ce propos la manière dont la Ville n’entretient pas son patrimoine. Cette inquiétude s’est accrue récemment lorsque le Canard Enchaîné révéla que la Ville de Paris songeait à mettre en place une concession de vingt ans incluant le château qui permettait au concessionnaire d’utiliser celui-ci comme lieu de location événementielle, et de le vider de son mobilier.


1. Le château de Bagatelle (mai 2019)
Photo : Alexandre Lafore
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2. Le château de Bagatelle (mai 2019)
avec les filets sur la corniche qui
empêchent les pierres de tomber
Photo : Alexandre Lafore
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3. Le château de Bagatelle (mai 2019)
détail avec les filets
Photo : Alexandre Lafore
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S’il est exact que le cahier des charges de la Mairie de Paris pouvait prêter le flanc à la critique, Albéric de Montgolfier, sénateur et président de la Fondation Mansart-Parcs et demeures de France qui prendra en charge le château, nous a assuré qu’il n’y avait jamais eu d’ambiguïté à ce sujet entre sa fondation et le concessionnaire (Paris Society). L’émotion suscitée par cet article a permis, fort heureusement, de le réécrire d’une manière plus respectueuse. Non seulement Bagatelle ne sera pas démeublé, mais il sera restauré et remeublé. Au concessionnaire qui tiendra le restaurant dans le pavillon d’entrée et qui pourra organiser également des locations événementielles dans le Trianon, bâtiment datant de 1876, lui aussi en état médiocre (ill. 4 et 5), se joindront deux fondations : la Fondation Mansart donc, reconnue d’utilité publique, qui a vocation à reprendre la gestion de monuments historiques (il s’occupe déjà du château de Maintenon), et la Fondation Wallace (c’est-à-dire la Wallace Collection).


4. Le Trianon du château de Bagatelle
Photo : Alexandre Lafore
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Le château de Bagatelle sera ainsi ouvert à la visite et l’ameublement sera complété par des dépôts du Mobilier National d’objets en lien avec Bagatelle et avec le comte d’Artois, futur Charles X, qui a fait construire le château par François-Joseph Bélanger. Le rez-de-chaussée aura vocation à accueillir cette évocation du château du XVIIIe siècle, et le premier étage sera consacré à Richard Wallace qui le fit transformer, notamment en le surélevant.


5. Le Trianon du château de Bagatelle
Photo : Alexandre Lafore
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6. Les terrasses du château de Bagatelle
Photo : Alexandre Lafore
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Albéric de Montgolfier nous a donné de nombreuses informations sur ce projet. Des expositions temporaires seront organisées par la Fondation Mansart et la Wallace Collection qui a proposé de nombreux thèmes tels que : la Vie de Cour à Paris à la fin du XVIIIe siècle ; la vie parisienne au XIXe siècle, notamment sous le Second Empire et durant la Commune ; les grandes collections d’art et les collectionneurs philanthropiques aux XVIIIe et XIXe siècles ; l’histoire des échanges culturels entre la France et le Royaume-Uni ; l’histoire de la botanique et des grands jardins (notamment au XIXe siècle). La mise en valeur des savoir-faire artisanaux français dans le domaine de l’architecture et des arts décoratifs pourra également être le sujet d’expositions. Si le Trianon sera exploité par le concessionnaire pour des locations événentielles, à certaines périodes cet espace pourra être concédé gratuitement à la Fondation Mansart et à la Wallace afin qu’elles puissent y présenter ces expositions. Les espaces situés sous la terrasse (ill. 6) pourront également être utilisés à cet effet. Le financement sera apporté en grande partie par du mécénat, notamment par la société des amis (internationaux) de la Wallace Collection.
La restauration du château et des dépendances sera confiée à l’architecte en chef des monuments historiques Alain-Charles Perrot (dont on espère que la maîtrise d’ouvrage saura lui donner des directives fermes). Les travaux sont estimés à 1 500 000 €HT.
Outre cette restauration, la suite du processus consistera en la signature du contrat entre la Fondation Mansart, la Wallace Collection et Paris Society, puis en la mise en place d’un comité scientifique.


7. La Pompe à Feu du comte d’Artois (novembre 2018)
Photo : Paris-bise-art
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Plusieurs intervenants au Conseil de Paris se sont étonnés, voire indignés que la Ville de Paris, après avoir laissé se dégrader le monument, confie sa gestion au privé. Compte-tenu de la nature des opérateurs privés qui le prendront en charge, deux fondations dont la réputation est indiscutable, ce second point ne nous semble pas poser problème. Il reste que dans le domaine de Bagatelle, comme l’a signalé Jean-François Légaret, demeure un élément très menacé par son mauvais état : la pompe à feu installée par le comte d’Artois en 1763. Le blog Paris-bise-art (voir ici et ici), a montré que son état ne cessait de se dégrader depuis de nombreuses années. Nous nous adressons donc directement à Emmanuel Grégoire, le premier adjoint de la Mairie de Paris, qui a dit lors de cette délibération « c’est un sujet de préoccupation qu’il faut suivre, cela fait effectivement trop longtemps que la pompe à feu est un peu abandonnée » : non, Monsieur Grégoire, elle n’est pas « un peu » abandonnée, elle l’est complètement. Et en effet, il faut s’en préoccuper rapidement, vous avez tous les pouvoirs pour le faire. Nous comptons donc sur vous.

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