La Biennale des Antiquaires, édition 2018

Nous ne nous attarderons pas sur ce qui a été relevé, plus ou moins directement, par nombre de nos confrères : la Biennale n’est plus vraiment ce qu’elle était. Les raisons à cela sont multiples : l’annualisation qui ne semble pas avoir plu à tout le monde, l’absence presque complète à deux ou trois exceptions près des galeries de tableaux, la date, beaucoup trop tôt dans la saison, des conflits plus ou moins larvés entre marchands… Le constat est néanmoins là : seulement 62 exposants, ce qui peine à remplir la nef du Grand Palais, beaucoup de pointures absentes, quelques exposants pas vraiment au niveau, des stands parfois pauvres en œuvres majeures…


1. Jerónimo Jacinto de Espinosa
(1600-1667)
Saint Étienne, vers 1650
Huile sur toile - 42 x 31,5 cm
Galerie Ana Chiclana
Photo : Galerie Ana Chiclana
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2. Jerónimo Jacinto de Espinosa
(1600-1667)
Saint Laurent, vers 1650
Huile sur toile - 42 x 31,5 cm
Galerie Ana Chiclana
Photo : Galerie Ana Chiclana
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Nous ne pouvons pas nous en réjouir car nous avons toujours défendu le marché parisien, et nous espérons fermement que les prochaines éditions permettront de remonter la pente. Sur la date déjà, l’an prochain le salon commencera une semaine plus tard, et dans deux ans deux semaines plus tard, soit aux alentours du 25 septembre. Quant aux nombreux absents, peut-être que les ventes réelles, que semblent avoir réussi certains de leurs confrères qui se déclarent satisfaits, leur donneront-elles envie de revenir.


3. Louis Garneray (1783-1857)
Triomphe de Tourville (combat naval d’Agosta en Sicile, le 21 avril 1676), 1837
Huile sur toile - 55 x 77 cm
Galerie Alexis Bordes
Photo : Galerie Alexis Bordes
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Nous ne retiendrons donc que peu de choses de cette édition, ce qui ne signifie pas qu’elle serait absolument sans intérêt. Pour les tableaux, nous ne voyons guère à signaler que le stand d’Ana Chiclana qui présente plusieurs œuvres espagnoles dont nous avons retenu des figures de saints en pendants de Jerónimo Jacinto de Espinosa (ill. 1 et 2), et celui d’Alexis Bordes avec notamment une très jolie esquisse de Louis Garneray (ill. 3) préparatoire à un tableau du château de Versailles et un Portrait de Marie-Adélaïde par Johann Julius Heinsius.
Les sculptures ne sont pas non plus très bien représentées même si l’on remarque chez Philippe Perrin une belle terre cuite, un ange attribué à Domenico Guidi (ill. 4) ou à la galerie Sismann un autre ange attribué cette fois à Giuseppe San Martino (ill. 5).


4. Attribué à Domenico Guidi (1625-1701)
Ange écrivant des paroles saintes
Terre cuite - 50 x 42 x 34 cm
Galerie Philippe Perrin
Photo : Galerie Philippe Perrin
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5. Attribué à Giuseppe Sanmartino
(vers 1720-1793)
Ange
Terre cuite polychrome avec inclusion de verre - H. 38 cm
Galerie Sismann
Photo : Didier Rykner
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Pour les meubles, l’ensemble phare était présenté par la galerie Steinitz qui a réussi à retrouver six des huit chaises du salon du château d’Abondant (ill. 6) dont les boiseries sont aujourd’hui remontées au Louvre. Celui-ci conserve déjà une paire de canapés et une paire de bergères du mobilier d’origine, et ces sièges devraient, selon toute logique venir les rejoindre (il semble que l’affaire soit plutôt bien engagée ; si cela se concrétise, ce sera à mettre au crédit du musée).


6. Michel Cresson (maître en 1740)
Chaises provenant du grand salon du château d’Abondant, vers 1750
Bois mouluré sculpté et peint
Galerie Steinitz
Photo : Galerie Steinitz
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Remarquons aussi la première participation à la Biennale de Charles Hooreman, grand connaisseur de sièges, qui fut au cœur de l’affaire Pallot en ayant très tôt compris que les meubles vendus à Versailles et à d’autres collectionneurs n’étaient que des faux, et en l’ayant signalé à la direction du château qui lui a d’abord ri au nez…
On verra notamment sur son stand une chaise estampillée de Boulard (ill. 7), livrée pour le cabinet des bains du roi Louis XVI, dans ses petits appartements à Compiègne, faisant partie d’un ensemble dont le château possède déjà une bergère et quatre fauteuils.


7. Jean-Baptiste Boulard (vers 1725-1789)
Chaise, 1785
Galerie Charles Hooreman
Photo : Galerie Charles Hooreman
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Concluons ce bref survol avec des œuvres napoléoniennes de la collection de Pierre-Jean Chalençon présentées au centre de la nef du Grand Palais. On n’y voit que quelques-uns des objets d’une collection paraît-il pléthorique, parmi lesquelles un buste de Napoléon par Canova (ill. 8), un dessin de Gros et une grande toile d’Édouard Detaille représentant l’Empereur.


8. Antonion Canova (1757-1822)
Buste de Napoléon
Marbre
Paris, collection Chalençon
Photo : auteur inconnu
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La présence de sièges importants à l’origine et à l’authenticité indiscutable qui recommencent à intéresser les musées est réjouissante car elle montre que la crise qui avait suivi la révélation des tromperies de Bill Pallot commence à se résorber. En renforçant le vetting committee et en permettant de montrer tous ces meubles, la Biennale aura assurément joué un rôle très positif. Puisse-t-elle ainsi rebondir et remonter la pente.

Biennale des Antiquaires, Grand Palais, du 8 au 16 septembre 2018.
Site internet.

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