L’Hôtel de la Marine ou l’anti-Versailles

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1. Derniers travaux dans l’Hôtel de la Marine
Photo : Didier Rykner
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Dès que les restrictions sur les visites de monuments et de musées pourront être levées, nombreux sont ceux qui vont ouvrir leurs portes au public après travaux, du Musée Carnavalet au Musée de la Chasse et de la Nature, de la Bourse du Commerce à l’Hôtel de la Marine.

Nous avons pu visiter ce dernier monument quelques jours avant la fin effective du chantier (ill. 1 à 4) et nous avons été particulièrement séduits par le parti choisi pour la restauration. On est en effet complètement à l’opposé des restaurations versaillaises, ce qui ne peut être qu’une garantie de qualité. À Versailles, cela fait des années qu’on ne restaure pas, ou presque pas, mais qu’on refait, le plus clinquant possible, en prétendant que le temps n’a jamais passé. Nous ne reviendrons pas sur les innombrables restitutions désastreuses que ce malheureux palais a subies. À Versailles, on réinvente, on rénove, on restitue, on ripoline.

C’est le parti exactement inverse qu’a choisi le Centre des Monuments Nationaux : ici, les éléments d’origine ont été le plus possible conservés et, lorsque ceux-ci avaient disparu sans laisser de traces, on a cherché des équivalents, sans prétendre refaire ce qui a disparu. Des restitutions ont eu lieu, bien entendu, mais lorsque cela était certain, et de manière réversible, comme cela a été le cas pour certaines couleurs de papiers peints.


2. Dessus-de-porte à l’Hôtel de la Marine
Photo : Didier Rykner
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3. Hôtel de la Marine pendant
la fin du chantier
Photo : Didier Rykner
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4. Hôtel de la Marine pendant
la fin du chantier
Photo : Didier Rykner
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Le plus frappant sont les peintures qui ont pu être mises au jour. Plutôt que de repeindre le tout de manière clinquante, le choix a été fait de réintégrer sans refaire. Le résultat est certainement étonnant pour ceux qui confondent restauration et rénovation. Dans la plupart des salles, on voit que le temps a passé. Les peintures restent usées, mais elles sont d’origine. Nous reviendrons plus tard, en détail, sur les travaux et sur le retour de certains meubles à leur emplacement d’origine grâce à des dépôts du Mobilier national, du Louvre et d’autres musées, mais aussi à des acquisitions dont nous nous sommes fait l’écho à plusieurs reprises. Cette réouverture, qui est en réalité une véritable ouverture tant le lieu était difficile d’accès, constituera sans aucun doute un des événements culturels majeurs de cette année.

Signalons tout de même un gros bémol : dans les grands salons ouvrant sur la place de la Concorde qui avaient été restaurés il y a quelques années (voir l’article) ont été installés des dispositifs numériques monumentaux, particulièrement laids et qui gâchent ces lieux (ill. 5). Ils tournent sur eux-mêmes et montrent sur leurs écrans des reconstitutions de ces pièces dans leur état d’origine, ce qui aurait tout à fait pu être fait avec des HistoPads, un système qui permet d’utiliser des tablettes à cet effet. Ajoutons qu’il ne devrait pas y avoir de cartels, ce qui obligera les visiteurs à utiliser des audioguides, un système particulièrement agaçant, d’autant que leur description fait frémir : le son sera « binaural », c’est-à-dire « immersif » ou « en trois dimensions » et tout laisse à penser qu’on aura davantage l’impression d’être dans un parc de loisirs que dans un monument... Autant dire que nous ferons sans.


5. Dispositif numérique particulièrement disgracieux
dans les salons de l’Hôtel de la Marine
Il y en a plusieurs comme cela dans les pièces, et ils tourneront !
Photo : Didier Rykner
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Cela, au fond, n’est pas bien grave, car réversible, contrairement à ce qui est fait à Versailles. Sans compter qu’on peut espérer que le CMN renoncera plus vite à ces lubies technologiques que l’établissement public de Versailles ne renoncera à ses travaux destructeurs...

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