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Interview d’Alexandre Gady, historien de l’art et vice-président de Momus
Alexandre Gady, docteur en histoire de l’art, est maître de conférence à Paris IV, spécialiste de l’architecture des Temps Modernes et l’auteur de nombreux ouvrages, dont la récente monographie de Jacques Lemercier (voir notre article).
Cet universitaire est également le vice-président de l’association de protection du patrimoine Momus. Il ne pratique pas la langue de bois, une qualité rare dans notre discipline. La preuve avec cette longue interview qu’il nous a accordée.
Vous êtes vice-président de Momus. Pouvez-vous nous parler de cette association ?
Momus est une association régie par la loi de 1901, créée en 1993 pour débattre au niveau national des problèmes généraux (doctrine, déontologie, etc.) liés au patrimoine. Notre champ d’action touche aussi bien les monuments que les musées ou les sites historiques, d’où le nom « Momus », qui est aussi, et c’est l’autre visage de notre association, le dieu de l’Ironie chez les Grecs. Notre état d’esprit est en effet d’appliquer à ces questions un regard critique et un ton mordant, ce qui nous amène, comme vous le devinez, à être parfois plus sévères pour l’Etat que pour quelques vandales isolés.
L’idée qui a présidé à la naissance de Momus était de dénoncer l’absence de débat en France dans le milieu patrimonial, et surtout l’autosatisfaction permanente du ministère de la Culture et de ses services, très dommageable à une conservation dynamique du patrimoine, comme à une bonne perception de celui-ci par les citoyens. Nous ne croyons pas au génie et à l’infaillibilité de nos décideurs, et pour paraphraser Clémenceau, le patrimoine est une chose trop sérieuse pour être confiée au ministre de la Culture… Plus généralement, Momus a toujours voulu diffuser une information souvent restreinte à des cercles parisiens et faire éclater, si besoin est, les scandales qui ne manquent pas d’affecter le monde patrimonial.
Dans les combats passés, quelles ont été vos plus grandes victoires et vos plus graves défaites ?
Momus a toujours considéré que sa force résidait dans une double action : informer, au moyen d’une revue semestrielle et par des articles de presse ; et intenter des procès en justice – car, comme vous le savez, beaucoup de querelles patrimoniales se vident aujourd’hui devant le juge administratif.
Je crois personnellement beaucoup plus à l’action en justice, qui force l’adversaire à prendre les associations au sérieux et constitue le seul moyen efficace de bloquer un projet néfaste. Dans ce cadre, la plus belle victoire de Momus a été obtenue dès la naissance de l’association, en 1994, quand nous avons réussi à empêcher la construction à Vézelay, au cœur de la colline sacrée, d’une horrible maison de retraite en pseudo style-ancien, qui aurait constitué une atteinte majeure à ce site prestigieux. Dans des affaires plus récentes et plus médiatiques comme la condamnation des travaux de dénaturation du château de Falaise par un architecte en chef, ou l’annulation du permis de construire du…