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Gustave Moreau. Les Fables de La Fontaine

Paris, Musée Gustave Moreau, du 27 octobre 2021 au 28 février 2022

Le lion abattu par l’homme

On exposait une peinture,
Où l’artisan avait tracé
Un lion d’immense stature
Par un seul homme terrassé.
Les regardants en tiraient gloire.
Un lion, en passant rabattit leur caquet :
Je vois bien, dit-il, qu’en effet
On vous donne ici la victoire,
Mais l’ouvrier vous a déçus :
Il avait liberté de feindre.
Avec plus de raison nous aurions le dessus,
Si mes confrères savaient peindre
.


1. Gustave Moreau (1826-1898)
Le Lion amoureux
Graphite, sanguine, plume, aquarelle, gouache
Collection particulière
Photo : Waddesdon Manor
Voir l´image dans sa page

Ce lion vexé aurait aisément pu rappeler les spectateurs à la réalité ; un coup de patte aurait suffi, ou bien des crocs plantés dans des mollets. Mais il exprima seulement le regret de ne pouvoir peindre sa version des faits, reconnaissant la supériorité de l’art sur la nature. Cette supériorité se manifeste dans l’œuvre de Moreau qui sut dompter le lion avec de l’aquarelle, le montrant tour à tour amoureux (ill. 1), vieux, furieux ou malade de la peste. Dès potron-minet, des journées durant, il étudia sur le vif les singes, les éléphants, les fauves et les oiseaux du Muséum, pour obtenir des « animaux vrais, très vivants, aux allures naturelles et justes [1] » (ill. 2).
C’est ainsi qu’il mit son génie au service de celui de La Fontaine et conçut entre 1879 et 1884, soixante-quatre aquarelles pour illustrer les Fables. Trente-cinq d’entre elles sont parvenues jusqu’à nous et sont actuellement déployées au Musée Gustave Moreau [2] (ill. 3 et 4). Elles n’avaient pas été exposées depuis 1906. C’est donc un pan méconnu de l’œuvre de l’artiste qui est mis en valeur, témoignant de ses talents d’aquarelliste et de ses capacités d’invention.


2. Gustave Moreau (1826-1898)
Études de lions. Étude préparatoire pour Le Lion et le Rat, 1881
Graphite, aquarelle, gouache - 19 × 27,5 cm
Paris, musée Gustave Moreau
Photo : RMN-GP / René-Gabriel Ojéda
Voir l´image dans sa page

La commande lui fut passée par Antony Roux, riche collectionneur issu d’une famille de banquiers marseillais. Celui-ci décida d’éditer pour sa seule jouissance un recueil des Fables de La Fontaine illustré par différents artistes. Ils furent une cinquantaine à fournir près de 150 compositions, de Gérôme à Bastien-Lepage en passant par De Nittis. Jules Elie Delaunay et Jules Ferdinand Jacquemart en conçurent une trentaine à eux deux. C’est par l’intermédiaire de Delaunay que Moreau rencontra Roux en 1879. Toutes ces illustrations [3] furent exposées par la Société des Aquarellistes français chez Durand-Ruel en 1881. La critique ne fut guère extatique. Trop de mains, trop de styles, beaucoup d’œuvres médiocres. Comment illustrer un ouvrage avec un ensemble aussi disparate ? Un peintre pourtant sortait du lot aux yeux des commentateurs : Gustave Moreau qui présentait alors vingt-cinq compositions parmi lesquelles un frontispice pour l’ouvrage de Roux intitulé « Allégorie de…

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