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Gustave Moreau. Les Fables de La Fontaine
Paris, Musée Gustave Moreau, du 27 octobre 2021 au 28 février 2022
Le lion abattu par l’homme
On exposait une peinture,
Où l’artisan avait tracé
Un lion d’immense stature
Par un seul homme terrassé.
Les regardants en tiraient gloire.
Un lion, en passant rabattit leur caquet :
Je vois bien, dit-il, qu’en effet
On vous donne ici la victoire,
Mais l’ouvrier vous a déçus :
Il avait liberté de feindre.
Avec plus de raison nous aurions le dessus,
Si mes confrères savaient peindre.
Le Lion amoureux
Graphite, sanguine, plume, aquarelle, gouache
Collection particulière
Photo : Waddesdon Manor
Ce lion vexé aurait aisément pu rappeler les spectateurs à la réalité ; un coup de patte aurait suffi, ou bien des crocs plantés dans des mollets. Mais il exprima seulement le regret de ne pouvoir peindre sa version des faits, reconnaissant la supériorité de l’art sur la nature. Cette supériorité se manifeste dans l’œuvre de Moreau qui sut dompter le lion avec de l’aquarelle, le montrant tour à tour amoureux (ill. 1), vieux, furieux ou malade de la peste. Dès potron-minet, des journées durant, il étudia sur le vif les singes, les éléphants, les fauves et les oiseaux du Muséum, pour obtenir des « animaux vrais, très vivants, aux allures naturelles et justes [1] » (ill. 2).
C’est ainsi qu’il mit son génie au service de celui de La Fontaine et conçut entre 1879 et 1884, soixante-quatre aquarelles pour illustrer les Fables. Trente-cinq d’entre elles sont parvenues jusqu’à nous et sont actuellement déployées au Musée Gustave Moreau [2] (ill. 3 et 4). Elles n’avaient pas été exposées depuis 1906. C’est donc un pan méconnu de l’œuvre de l’artiste qui est mis en valeur, témoignant de ses talents d’aquarelliste et de ses capacités d’invention.