Fra Angelico, l’ISF et le collectionneur

Fra Angelico (vers 1395/1400-1455) et atelier
Scènes de la Thébaïde, vers 1430-1435
Tempera sur panneau - 25,5 x 38,5 cm
France, collection particulière
Photo : SVV Leclere

Le Musée Thomas-Henry, qui cherchait à acquérir le panneau de Fra Angelico vendu samedi dernier à Marseille par la SVV Leclère (voir la brève du 6/9/12), a finalement échoué. Le fragment de tableau s’est en effet vendu 445 000 € (552 000 € frais inclus), et n’a donc pas pu être préempté. On ne peut reprocher à ce musée de n’avoir pas réussi dans sa tentative - il avait tout de même pu réunir 430 000 € [1] - même si on peut le regretter pour le patrimoine français.

Mais cette occasion perdue se représentera peut-être. Car l’œuvre a été acquise par un collectionneur français contre le marché international. Le tableau reste donc dans notre pays et garde toutes ses chances de finir un jour dans un musée français, soit qu’il puisse être acheté par celui de Cherbourg (dont on rappelle qu’il possède un autre fragment de ce même panneau) en espérant qu’il puisse réunir à ce moment là l’argent nécessaire, soit qu’il soit - pourquoi pas - offert en dation à l’État qui pourra toujours le déposer dans le musée normand, soit enfin qu’il soit - cela arrive souvent - légué ou offert par son propriétaire à une collection publique française.
Ce qui est certain, c’est que sa conservation dans notre pays est un gage très précieux pour l’avenir. Nul doute que s’il était parti pour d’autres cieux, les chances de le voir un jour regagner notre patrimoine seraient devenues fort minces.

C’est une des raisons, même si c’est loin d’être la seule, qui font souhaiter que l’on n’applique jamais l’impôt sur la fortune pour les œuvres d’art. Si celui-ci avait été en vigueur lorsque Michel Laclotte a identifié l’auteur du panneau, comment penser que son propriétaire aurait accepté de bon cœur de le voir publié, sachant que cela désignerait immanquablement son patrimoine au fisc et l’aurait obligé à payer tous les ans pour avoir juste le droit de le conserver ? Non publiée, l’œuvre pouvait sortir sans problème de France et être vendue à l’étranger, ou aurait été cédée discrètement sans prendre le risque de lui donner une telle publicité par une vente publique. Et peut-on croire que le nouvel acheteur aurait été français ou résidant en France ?

S’il s’agit donc d’un échec des musées français, celui-ci peut être considéré comme provisoire. A condition que l’ISF sur les œuvres d’art, cette arme fatale contre notre patrimoine, ne soit jamais effectif. Les directeurs des grands musées l’avaient bien compris lorsqu’ils ont pris la décision de signer leur lettre ouverte à la ministre de la Culture. Est-ce si difficile de faire entendre raison aux députés qui y reviennent chaque année ou presque ?

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