Fine Arts Paris arrive au Carrousel du Louvre

Didier Rykner

Dès l’entrée dans les salles d’exposition du Carrousel du Louvre, le visiteur est séduit. Bien loin de l’ambiance foire professionnelle (au sens industriel) du Salon du Patrimoine [1], qui s’y déroule chaque année, loin de l’emphase grandiloquente de la scénographie du salon Paris-Beaux-Arts qui ne connut qu’une édition en 2015 et qui s’était pourtant tenu dans les mêmes lieux, Fine Arts Paris réussit à retrouver l’ambiance feutrée et intime qui lui réussissait si bien à la Bourse l’an passé ou chaque printemps pour le Salon du Dessin. Autre avantage, et non des moindres : le mélange peintures, sculptures et dessins fonctionne encore mieux, d’autant qu’il y en a vraiment pour tous les goûts, avec un seul critère : la qualité. Les collectionneurs peu fortunés comme les plus riches pourront satisfaire leurs envie d’acheter, et ne se privaient d’ailleurs pas dès la soirée d’inauguration mardi où beaucoup de points rouges ornaient déjà les stands. Bref, ce salon constitue l’un des plus réussis, à notre sens, qu’on ait vu récemment, et le nombre d’exposants, déjà plus important qu’en 2017, devrait encore croître, ce que permet la configuration des lieux. Les sceptiques avaient donc tort : le Carrousel du Louvre est un endroit idéal. Il suffisait qu’on nous le démontre.


1. Paul Landowski (1875-1961)
Sainte Geneviève protégeant Paris, 1928
Plâtre - 55 x 15 x 15 cm
Galerie Trebosc + Van Lelyveld
Photo : Galerie Trebosc + Van Lelyveld
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Notre parcours sera donc varié, comprenant aussi bien de la peinture ancienne et du XIXe, que de nombreuses sculptures dont plusieurs des années trente. Et nous commencerons par celles-ci car le salon n’étant évidemment pas organisé de manière chronologique, il n’y a pas de raison que notre recension le soit.
C’est ainsi qu’une des plus imposantes sculptures se trouve sur le stand de Trebosc + Van Lelyveld : il s’agit d’un plâtre original de Paul Landowski pour le monument à Sainte Geneviève se trouvant à Paris sur le pont de la Tournelle (ill. 1). Il a été très rapidement vendu et aurait pu l’être plusieurs fois. Cela nous donne l’occasion de dire une nouvelle fois tout le bien que nous pensons de ce sculpteur dont on peut voir de nombreuses œuvres au Musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt (voir la brève du 14/9/17).


2. Marguerite Lavrillier-Cossaceanu (1893-1980)
Esquisse pour un Saint Michel, 1934
Plâtre - 33 x 10 x 7 cm
Galerie Chantal Kiener
Photo : Galerie Chantal Kiener
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Sur le stand de Chantal Kiener, qui fait la part belle aux dessins d’Henri de Triqueti (un artiste sur lequel nous reviendrons en fin d’article), on peut voir une autre sculpture religieuse Art déco, par une artiste beaucoup moins connue que Landowski, mais d’un talent vraiment remarquable. Il s’agit d’un Saint Michel par Marguerite Lavriller-Cossaceanu (ill. 2), sculptrice d’origine roumaine dont une partie de l’atelier est récemment passé en vente à Drouot (voir la brève du 24/5/18). Enfin, la galerie Malaquais, spécialisée dans la sculpture de la première moitié du XIXe siècle, présente un relief en bronze d’Henri Laurens (ill. 3), une remarquable sculpture cubiste qui reste, néanmoins, très proche des artistes plus classiques comme Landowski.


3. Henri Laurens (1885-1954)
Femme couchée de face, 1921
Bronze - 14 x 39,5 cm
Galerie Malaquais
Photo : Galerie Malaquais
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Faisons un saut dans le temps, l’espace, et les techniques pour parler, sur le stand de la galerie Canesso, d’un tableau de Giuseppe Antonio Petrini représentant un Géographe (ill. 4). La composition, avec ce profil parfait qui semble déséquilibré et proche de tomber en arrière, est particulièrement originale comme c’est souvent le cas pour ce peintre du Tessin.
Revenons en France, avec, chez Jacques Leegenhoek, une ravissante esquisse de Charles Le Brun, figurant le char d’Apollon (ill. 5), d’une grande légèreté d’exécution. On ne sait pour quel décor cette étude a été peinte, il ne semble en tout cas pas avoir été réalisé.


4. Giuseppe Antonio Petrini (1677-1755/59)
Un Géographe
Huile sur toile - 90 x 110 cm
Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso
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5. Charles Le Brun (1619-1690)
Le Char d’Apollon
Huile sur toile - 58 x 66 cm
Galerie Jacques Leegenhoek
Photo : Galerie Jacques Leegenhoek
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La peinture française au tournant du XIXe siècle est d’une richesse confondante, entre néoclassicisme et prémices du romantisme. C’est ainsi que la galerie Michel Descours présente un important tableau de Pierre Peyron, l’un des principaux rivaux de David, La Mort d’Alceste (ill. 6), réplique autographe et de plus petite dimension d’une œuvre conservée au Louvre.
Quant à Jean-Pierre Franque, l’un des élèves de David avec son frère jumeau Joseph, la galerie Terradès propose une très jolie esquisse (ill. 7), déjà romantique dans la vigueur de sa touche et de sa composition, qui peut évoquer les œuvres de Jean-Antoine Gros. Le tableau définitif est roulé dans les réserves de Dijon...


6. Pierre Peyron (1744-1814)
La Mort d’Alceste
Huile sur toile - 96 x 107 cm
Galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours
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7. Jean-Pierre Franque (1774-1860)
La Conversion de saint Paul, 1819
Huile sur toile - 32,5 x 40,5 cm
Galerie Terradès
Photo : Galerie Terradès
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Revenons à la sculpture avec une rareté, très importante : un plâtre de Claude David (ill. 8), un bourguignon d’origine, qui fut influencé à Gênes par Puget - cela se voit - avant de travailler pour des commanditaires en Angleterre, où sa présence est attestée à partir du début du XVIIIe siècle et où il marqua fortement les sculpteurs de la génération suivante comme Michael Rysbrack. Cette œuvre était passée en vente à Paris comme anonyme (la signature n’ayant pas été comprise), mais nous l’avions remarquée alors et reproduite tant elle nous avait paru belle (voir la brève du 14/6/16).
La galerie Chaptal expose un relief en terre cuite d’Henri Chapu (ill. 9), d’une grande virtuosité notamment dans le traitement des drapés. Il s’agit d’une étude pour un marbre, aujourd’hui non localisé, présenté au Salon de 1889, peut-être détruit en Lituanie où il se trouvait pendant la seconde guerre mondiale.


8. Claude David (1655-1722)
Saint Pierre en prison, vers 1700
Plâtre - 55 x 50 x 43 cm
Galerie Mendes
Photo : Galerie Mendes
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9. Henri Chapu (1833-1891)
L’Espérance, vers 1889
Terre cuite - 35,5 x 23 x 5,5 cm
Galerie Chaptal
Photo : Galerie Chaptal
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Notre sélection démontre ce que nous disions au début sur la variété remarquable de ce salon. La galerie Charvet ne dément pas notre constat, en présentant par exemple un portrait d’un artiste ukrainien, Dimitri Dimitrievich Kousnetzoff (ill. 10), très peu connu (en tout cas en France), auditeur libre à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg et proche de Répine. Ce portrait d’homme frappe par l’intensité de sa présence et la qualité de sa matière. On dirait un mélange réussi (et improbable) entre Courbet et Boldini.
Quant à la galerie Charly Bailly, on peut y voir un très beau paysage de Henry Moret (ill. 11), peintre dont certaines œuvres sont proches de celles des impressionnistes, qui n’eut que le tort de naître quinze ans trop tard. Ce Moret ressemble à un Monet !


10. Dimitri Dimitrievich Kousnetzoff (1852-1924)
Portrait d’un homme assis, les jambes croisées
Huile sur toile - 123,5 x 93 cm
Galerie Arnaud Charvet
Photo : Galerie Arnaud Charvet
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11. Henry Moret (1856-1913)
Gros temps à Doëlan. Bretagne, 1909
Huile sur toile - 65 x 92 cm
Galerie Charly Bailly
Photo : Galerie Charly Bailly
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Comme pour le Salon du Dessin (les organisateurs sont les mêmes), Fine Arts Paris ne se contente pas d’être une foire commerciale. On y voit ainsi une exposition d’œuvres de musées : ceux d’Orléans et de Montargis essentiellement, autour du thème du sculpteur-peintre et du peintre-sculpteur. C’est ainsi qu’à côté de sculptures d’Henri de Triqueti (on sait que son fonds est partagé entre ces deux musées), on découvre un grand tableau de celui-ci, surprenant par son thème troubadour (ill. 12), provenant du Musée d’Auch et qui sera bientôt restauré (il en a besoin) ou une toile d’Antoine Etex, intéressante même s’il est incontestablement meilleur sculpteur que peintre. On admirera aussi une rareté, tirée des réserves d’Orléans et jamais montrée : la seule sculpture assurée de Léon Cogniet (ill. 13) qui démontre que celui-ci, même s’il ne persista pas dans cette voie, aurait été un aussi grand sculpteur que peintre.
On pourra également acheter les actes d’un colloque sur la sculpture des années 1850-1880 qui a eu lieu hier mercredi à l’auditorium du Petit Palais. Publier des actes simultanément au colloque n’est pas un mince exploit. Nous n’avons pas eu le temps de le lire, mais nous sommes impatient de le faire tant le sommaire est attrayant, avec notamment des essais sur le comte de Nieuwerkerke, les sculptures du Muséum d’histoire naturelle ou le séjour parisien du belge Jef Lambeaux.


12. Henri de Triqueti (1803-1874)
Valentine de Milan venant demander à
Charles VI la vengeance du meurtre du duc d’Orléans
, Salon de 1833
Huile sur toile
Auch, Musée des Jacobins
Photo : Didier Rykner
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13. Léon Cogniet (1794-1880)
Homme à cheval
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Mais nous ne pouvons pas terminer cette recension sans l’œuvre, immanquable pour nous, qui se trouve sur le stand de la galerie Talabardon & Gautier : une tête de jeune fille de Saint-Jean-de-Luz par Amaury-Duval (ill. 14) presque semblable à la figure qui est devenue l’emblème de La Tribune de l’Art. Mais un ange cette fois sans ailes.


14. Eugène-Emmanuel Amaury-Duval (1808-1885)
Jeune femme de Saint-Jean-de-Luz
Huile sur toile - 46,2 x 37,2 cm
Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Galerie Talabardon & Gautier
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Fine Art Paris a lieu au Carrousel du Louvre du mercredi 7 au dimanche 11 novembre 2018. Toutes les informations pratiques se trouve sur son site internet.

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