Subscriber content
Entretien avec Frédéric Toussaint propriétaire du Manoir du Catel
Monument féodal, monacal et rural, le Manoir du Catel est un édifice du XIIIe siècle, classé au titre des monuments historiques depuis 2010, qui se dresse au cœur d’un grand clos-masure du pays de Caux, à Écretteville-lès-Baons, en Normandie. Vous l’avez acquis en l’an 2000 et vous êtes lancé dans une vaste restauration. Pourquoi avoir choisi ce monument précisément ?
Je suis originaire de Normandie et passionné par le Moyen Âge. Depuis ma plus tendre enfance, je rêve de posséder un château médiéval. J’aime l’austérité et la pureté de ce type d’architecture, de même que je suis ému par les églises romanes plus que par les cathédrales gothiques. Petit, j’avais été marqué par la tour de Bonvouloir, dans l’Orne, un site hallucinant, dont la légende est amusante : le chevalier Guyon Essirard avait épousé une femme bien plus jeune que lui qui, pourtant, ne lui donnait pas d’enfant. Un jour il rendit sa liberté à son fidèle destrier trop vieux pour servir. Quelque temps après, il le vit revenir tel un étalon fougueux ! Il partit donc en quête de la fontaine de jouvence que son cheval avait visiblement trouvé, y barbota assidûment et retrouva sa virilité. Sa femme enfanta et le chevalier fit construire la tour du château de Bonvouloir à la forme pour le moins équivoque !
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu vivre dans un château fort. Pour mes sept ans, mon grand-père m’avait donné une pièce d’argent. C’était très généreux de sa part, mais ce que je désirais alors, c’était un hectare de terrain ! Je lui ai expliqué très sérieusement que j’aurais préféré un lopin de terre pour y planter des buis rapidement afin qu’ils aient le temps de pousser et qu’ils soient prêts à être taillés lorsque j’aurais l’âge d’acquérir un château.
Les années se sont écoulées. J’ai créé une entreprise de communication que j’ai fini par vendre et j’ai décidé d’utiliser cet argent pour réaliser mon rêve. J’ai alors cherché un monument, il fallait qu’il soit médiéval et normand : c’est ainsi que j’ai découvert le Manoir du Catel. Il se trouvait dans un état de désolation ahurissant, envahi par des animaux de ferme, du foin et de la paille pourrie. Le mur d’enceinte avait été éventré pour laisser passer les tracteurs, des trous ponctuaient la toiture. Un hangar agricole, une ferme en béton et même une maison en briques construite contre la façade étaient autant de verrues qui sabotaient l’harmonie du bâtiment et de son environnement. Mais il y avait cette porte fortifiée, majestueuse, qui avait résisté aux ravages du temps et des hommes : j’ai été séduit.
entre 1267 et 1270 par Richard de Treigos, abbé de Fécamp
Photo : Frédéric Toussaint
Vous avez acheté un manoir en ruines et vous avez consacré…