Deux œuvres de Sorolla pour les collections publiques espagnoles

20/11/20 - Acquisitions - Valence, Musée des Beaux-Arts et Madrid, Musée Sorolla - Deux portraits de Sorolla ont récemment rejoint les collections publiques espagnoles. Le premier est un homme en buste qui se trouvait chez des particuliers, accroché dans un coin sans qu’on lui prête beaucoup d’attention, son auteur n’étant pas connu (ill. 1). C’est sa restauration qui a révélé la signature du peintre et une date, 1882. Il faut dire que l’œuvre n’a rien à voir avec les toiles lumineuses que l’on connaît si bien (voir l’article). Elle n’a d’ailleurs pas trouvé acquéreur, mise en vente par Christie’s le 2 juin dernier ; l’État espagnol l’a finalement achetée 80 000 euros et déposée au Musée Sorolla.


1. Joaquín Sorolla Y Bastida 1863–1923)
Portrait d’home avec écharpe rouge, 1882
Huile sur toile - , 78,2 x 57,5 cm
Madrid, Musée Sorolla
Photo : Christie’s
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Il s’agit d’une œuvre de jeunesse : Sorolla, qui se formait à Valence, se rendit plusieurs fois à Madrid, notamment en 1881 et 1882, pour copier les grands maîtres au musée du Prado. Il regarda Goya, Ribera, Greco et bien sûr Velázquez dont l’influence est évidente dans ce portrait qui pourrait même être un exercice de style. Le Musée Sorolla en 2009-2010 [1] avait souligné l’importance de Velázquez dans l’art du peintre valencien tout au long de sa carrière, aussi bien pour ses portraits que pour ses paysages, ce qui semble plus étonnant. Car non seulement Sorolla fut marqué par le réalisme du maître, mais aussi par l’atmosphère de ses peintures.
En 1881 et 1882, il réalisa ainsi plusieurs copies de Velázquez, comme le Ménippe, ne retenant parfois que certaines parties des compositions, ce fut le cas pour le Portrait de la reine Marie Anne d’Autriche ou bien pour Les Fileuses. Il peignit lui-même des œuvres qui étaient des clins d’œil évident à Velázquez, par exemple ses deux tableaux intitulés Mes Enfants et Ma Famille qui font clairement allusion aux Ménines dans la disposition des figures, la présence d’un chevalet sur le côté, et bien sur le reflet du peintre dans le miroir.


2. Joaquín Sorolla Y Bastida (1863–1923)
Portrait d’ Isabel Brú, 1904
Huile sur toile - 193,1 x 96,5 cm
Valence, Musée des Beaux-Arts
Photo : Christie’s
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Le deuxième portrait est beaucoup plus tardif, qui montre en 1904 la célèbre chanteuse et actrice Isabel Bru. Elle fut l’une des grandes figures de la zarzuela espagnole, équivalent de l’opéra-comique français.
En pied, de trois-quarts, elle ne pose pas, elle paraît. Sans un regard pour le spectateur, elle semble tournée vers un plus large public, souriante, parée de bijoux, magnifique dans sa robe bleue aussi lumineuse que les bords de mer peints par l’artiste. Les épaules, les bras et la robe suggèrent un mouvement du corps qui se cambre et se tourne. Elle a dans sa pose plus de souplesse, de naturel et de prestance que Dona Elvira Valdés Errazuri, également portraiturée par Sorolla en pied, dans un cadre somptueux ; elle a moins de candeur que l’épouse du peintre dans sa robe grise, dont la fraîche simplicité contraste d’autant plus avec l’apparat de la chanteuse sous les projecteurs, que la pose là encore est sensiblement la même, debout, une main sur un fauteuil.

Le tableau était mis en vente par Christie’s le 15 octobre dernier, il a finalement été acquis par le musée des Beaux-Arts de Valence, qui conserve une quarantaine de toiles de l’artiste et vient de lui consacrer une exposition achevée en août : « Les débuts de la peinture moderne en Espagne, Sorolla et son époque. »

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