Des œuvres de la collection Wrightsman exposées chez Christie’s à Paris

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1. Cecil Beaton (1904-1980)
Portrait de Mrs Jayne Wrightsman (1919-2019)
Photo : Cecil Beaton/Condé Nast/ GettyImages
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23/11/19 - Marché de l’art - Paris et New York - Jayne Wrightsman, décédée en avril dernier à presque cent ans, est entrée dans l’histoire aux côtés de son époux comme l’une des plus grandes collectionneuses et mécènes du XXe siècle, dont divers musées américains ou européens ont bénéficié des libéralités, au premier rang desquels le Metropolitan Museum de New York. Nous avons déjà évoqué ici une partie des tableaux et dessins offerts au grand musée de la ville où résidait Mme Wrightsman (ill. 1) depuis les années 1950. 375 œuvres ont intégré les collections du Metropolitan Museum, assorties d’une somme de 80 millions de dollars destinée à financer de futures acquisitions, Mme Wrightsman ayant souvent soutenu le musée dans ses projets. Ce legs fantastique a malheureusement un écueil de taille : les œuvres offertes ne peuvent pas quitter les murs du musée et il faut donc se rendre à New York pour les admirer. L’appartement donnant sur la Cinquième Avenue où vivait le couple Wrightsman est désormais en vente, comme le précise cet article du New-York Times, son contenu étant voué à être dispersé en avril 2020 par la maison Christie’s. Ces ventes, destinées à des œuvres de charité - le couple Wrightsman n’avait aucun héritier direct - sont déjà estimées autour de huit millions de dollars, ce qui s’explique par la présence de plusieurs pièces d’exception qui vont faire le tour du monde d’ici le printemps, en commençant par Paris : le public français peut donc en découvrir une toute petite partie jusqu’à mardi dans les salons parisiens de Christie’s, avenue Matignon.


2. Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)
Odalisque
Huile sur toile contrecollée sur carton - 6,4 x 11, 4 cm
En vente chez Christie’s à New-York en avril 2020
Photo : Christie’s
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Au sein de cette sélection exceptionnellement présentée à Paris trône bien sûr cette ravissante petite version (ill. 2) de l’Odalisque d’Ingres, exposée durant quatre jours à quelques arrêts de métro du Musée du Louvre qui présente depuis 1899 le très célèbre tableau commandé par Caroline Murat lorsqu’elle régnait sur Naples. Cette toute petite odalisque fut offerte en 1829 par le peintre à l’un de ses plus vieux amis, Jean-Pierre-François Gilibert (1793-1850), qui ne quitta jamais Montauban où le musée Ingres-Bourdelle - dont la réouverture est imminente - possède d’ailleurs son portrait peint par Ingres (ill. 3) au tout début du XIXe siècle. L’œuvre demeura dans la descendance de Gilibert jusqu’en 2001, lorsqu’elle fut vendue chez Sotheby’s à Londres et acquise [1] par Mme Wrightsman.


3. Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)
Portrait de Jean-Francois Gilibert, vers 1804-1805
Huile sur toile - 99 x 81 cm
Montauban, Musée Ingres
Photo : Wikipedia/ Domine public
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4. Francois Clouet (vers 1510-1572)
Portrait de Charles IX, roi de France
Huile sur toile - 199 x 107,3 cm
En vente chez Christie’s à New-York en avril 2020
En vente chez Christie’s en avril 2020
Photo : Christie’s
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Très rarement montré au public, possédant un pedigree impeccable, ce précieux petit tableau justifie à lui seul une visite chez Christie’s où il voisine de manière amusante avec un grand portrait en pied (ill. 4) du roi Charles IX (1550-1574) peint par François Clouet. Parmi les autres highlights de la collection Wrightsman présentés à Paris, on notera la présence d’une magnifique urne en porphyre (ill. 5) avec une monture de bronze doré néoclassique attribuée à Pierre-Philippe Thomire, certainement livrée par le marchand-mercier Dominique Daguerre à la fin du XVIIIe siècle, une table à café en bois de satiné exécutée par l’ébéniste Martin Carlin pour les tantes de Louis XVI au château de Bellevue, ainsi qu’un ensemble de quatre bergères (ill. 6) en bois doré de Claude II Sené, couvertes avec un velours de Braquenié et livrées par Henri Samuel, le plus grand décorateur français du siècle dernier.


5. Attribué à Pierre-Philippe Thomire (1751-1843)
Vase urne
Porphyre et bronze ciselé et doré
En vente chez Christie’s à New-York en avril 2020
Photo : Alexandre Lafore
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6. Claude II Sené (reçu maître en 1769)
Bergère, d’une série de quatre
Bois sculpté et doré, velours
En vente chez Christie’s à New-York en avril 2020
Photo : La Tribune de l’Art
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Si l’on ne peut qu’admirer dans ces objets le goût de Mme Wrighsman, l’annonce de cette dispersion chez Christie’s a pourtant de quoi surprendre ceux qui pensaient que l’intégralité de la collection du couple était destinée à intégrer le Metropolitan Museum of Art ou d’autres institutions. Cette exposition parisienne suivant de très près l’annonce de la vente, rendue publique le 20 novembre, nous ne pouvons actuellement en savoir beaucoup plus et il faut attendre la sortie du très attendu catalogue pour mieux cerner quelles œuvres de la collection Wrightsman seront proposées aux enchères. D’après nos échanges avec un journaliste new-yorkais très au fait de ce dossier, le choix des œuvres confiées à Christie’s est dû aux conservateurs du Metropolitan Museum of Art, qui auraient donc renoncé à cette charmante Odalisque et à ce beau portrait de la Renaissance, pourtant estimé entre 800 000 et 1 200 000$. Mais il est vrai que les Clouet ne sont pas rares dans les musées américains et que le Metropolitan Museum possède depuis 1938 une superbe version en grisaille de La Grande Odalisque. Affaire à suivre, car d’autres chefs-d’œuvre de la collection Wrightsman pourraient enrichir le catalogue de la vente... Il faut donc profiter de l’occasion pour admirer ces pièces à Paris, où elles sont exposées jusqu’à mardi prochain aux côtés de trois autres ventes, dont nous allons très certainement parler prochainement.

Alexandre Lafore

Notes

[1Pour 320 000£, alors que Christie’s propose désormais le tableau entre 700 000 et 1 000 000$.

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