Des éoliennes menacent la Saline d’Arc-et-Senans

Didier Rykner
1. Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806)
Saline royale d’Arc-et-Senans
(pavillon du directeur et un atelier de fabrication)
Photo : Calips CC BY-SA 1.0
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26/10/14 - Patrimoine - Saline d’Arc-et-Senans - Destruction du paysage, danger pour les oiseaux, bruit, inefficacité énergétique, corruption… On ne compte plus les scandales liés à l’éolien sur lequel certains pays européens commencent sérieusement à s’interroger voire pour certains d’entre eux, comme le Royaume-Uni et le Danemark, à vouloir revenir sur une politique de développement tous azimuts. Alors que la France est menacée par la construction de centaines de parcs éoliens, il n’est pas encore trop tard pour épargner à notre pays de devenir un gigantesque ventilateur, selon le mot du député Martial Saddier.

Après le Mont Saint-Michel qui était menacé par des parcs éoliens, c’est aujourd’hui au tour d’un autre monument classé au patrimoine mondial de l’Unesco de devoir faire face à l’installation, à seulement 7,4 km, de huit éoliennes de 150 mètres de haut (environ 44 étages !), elles mêmes perchées sur des promontoires de 150 m : la Saline d’Arc-et-Senans (ill. 1).
Les associations [1] qui s’opposent à ce parc éolien donnent plusieurs arguments à leur combat :
- la région Franche-Comté est « la moins ventée de France »,
- cela occasionnera un « déboisement massif de forêts communales », et les « constructions sur des collines karstiques fragiles, avec grottes et rivières souterraines » n’ont occasionné « aucune étude géologique préalable »,
- cela menace le Circaète Jean le blanc, une espèce rare de rapace, en voie d’extinction dans la région,
- les premières habitations (village du Lombard) se situent à 635 mètres,
- les études seraient « peu fiables, à tel point que la Direction Régionale des Affaires Culturelles a émis un avis de vigilance et demandé une nouvelle étude d’impact visuel depuis la Saline et la Route Royale d’Arc-et-Senans à un bureau d’études spécialisé ».


2. Quingey (Doubs)
Vue de l’église
Photo : Guymartin1 CC BY-SA 3.0
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3. Quingey (Doubs)
Vue sur le pont
Photo : Guymartin1 CC BY-SA 3.0
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4. Château de Jouffroy d’Abbans (Doubs)
Photo : GFreihalter CC BY-SA 3.0
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Les premiers points devraient suffire à s’interroger sur la pertinence de ce projet.
Mais restons dans notre domaine, le patrimoine, pour constater que la proximité avec la Saline Royale d’Arc-et-Senans constitue un argument suffisamment fort pour exiger son abandon.
Les inquiétudes de l’Unesco, alors que certaines éoliennes de 140 mètres de haut se trouvaient à 25 km du Mont Saint-Michel, avaient convaincu le gouvernement et la justice administrative d’interdire leur construction. On ne voit donc pas comment l’État pourrait aujourd’hui autoriser celles-ci qui se trouvent encore beaucoup plus près d’un monument historique classé au patrimoine mondial (alors même que le ministère de la Culture souhaite inclure cette protection dans sa future loi-patrimoine), pour ne rien dire des autres sites qui seraient fortement dénaturés, comme la commune de Quingey (ill. 2 et 3) ou le château de Jouffroy d’Abbans, classé monument historique (ill. 4).
Tout cela pour complaire à quelques maires qui estiment que 200 000 € par an (soit 10 € par habitant) justifient la dénaturation de ces lieux.
Courant novembre aura lieu une réunion avec, autour du préfet, le président du Conseil général du Doubs, les présidents des communautés de communes de Quingey et du Val Saint Vitois, les maires de Lombard, Quingey et Byans-sur-Doubs, ainsi que le conservateur régional des monuments historiques pour décider, ou non, de la poursuite du projet. On ose espérer que l’État saura, ici comme au Mont Saint-Michel, faire preuve de fermeté face aux élus qui représentent bien mal les intérêts de notre pays et de leurs électeurs.

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