De Ribera à Millet, le marché de l’art (re)confiné

17/11/20 - Marché de l’art - Tours et Paris - Le confinement ne nuit pas aux enchères. Nous avons pu le constater lors du premier, c’est également le cas du second (et non pas deuxième, nous voulons être optimistes…). Non seulement les grandes ventes continuent à donner de bons résultats, mais les découvertes se poursuivent également. C’est ainsi que dimanche dernier, un tableau probablement de Jusepe de Ribera, vendu comme une école napolitaine du XVIIIe siècle « dans le goût de » Ribera et estimé 1000 à 1500 € (!) s’est envolé à 112 000 euros, prix marteau (Tours, hôtel des ventes Giraudeau) (ill. 1). Un simple regard à la photo diffusée sur Interenchères a suffi à plusieurs acheteurs potentiels pour reconnaître la qualité de l’œuvre, très probablement donc du maître lui-même. Un saint supplémentaire à ajouter au catalogue de cet artiste déjà fort riche.


1. Jusepe de Ribera (1591-1652) ?
Saint Joseph
Huile sur toile - 74,5 x 62,5 cm
Vente Giraudeau à Tours le 15/11/20
Photo : Giraudeau
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Si Paris regrette l’annulation du Salon Paris Fine Arts que l’on attendait avec impatience, au moins pourra-t-on voir en ligne dix œuvres d’une cinquantaine de marchands qui participeront à ce salon de manière virtuelle. Nous y reviendrons, comme nous reviendrons sur les deux ventes Christie’s Paris qui auront lieu le 24 novembre et qui proposent quelques objets d’art majeurs, sur celle de Sotheby’s de tableaux et dessins qui aura lieu le 3 décembre prochain et sur d’autres qui s’annoncent. Au moins avons-nous la chance, en tant que professionnel, d’avoir le droit d’aller voir les œuvres.


2. Gian Giacomo Caprotti, dit Salaì (1480-1524)
La Madeleine pénitente, vers 1515-1520
Huile sur panneau - 65 x 51 cm
Vente Artcurial 18/11/20
Photo : Artcurial
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3. François Pourbus (1569-1622) et atelier
Portrait de Margherita Gonzaga, duchesse de Lorraine
Huile sur toile - 131 x 100 cm
Vente Artcurial 18/11/20
Photo : Artcurial
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C’est ce que nous avons pu faire chez Artcurial qui ouvre le bal de cette saison des grandes ventes parisiennes pas comme les autres. Et celle-ci, qui aura lieu demain 18 novembre à 14 h 30, réserve d’excellentes surprises (dont d’ailleurs également un Ribera).
Par sa rareté, c’est sans doute le tableau de Salaï, élève préféré de Léonard, qui sera l’une des vedettes de cette vacation (ill. 2). Nous lui préférons néanmoins d’autres œuvres, comme un splendide portrait de Margherita Gonzaga, duchesse de Lorraine, par Frans Pourbus (ill. 3).


4. Jean-François de Troy (1679-1752)
L’Évanouissement d’Esther, 1714
Huile sur toile - 80 x 101,5 cm
Vente Artcurial 18/11/20
Photo : Artcurial
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Une scène de l’histoire d’Esther par Jean-François de Troy nous paraît particulièrement importante [1] (ill. 4). Daté de 1714, le tableau est donc antérieur de plus de vingt ans au grand carton de tapisserie du Louvre, et pourtant les liens entre les deux compositions sont évidents. Un musée digne de ce nom essaierait de l’acquérir pour présenter les deux œuvres l’une à côté de l’autre. Mais on sait déjà que cela n’arrivera pas puisque les cartons de Jean-François de Troy ont été envoyés par le Louvre dans ses réserves de Liévin (voir l’article), prouvant après le non achat de la série d’esquisses pour ce même ensemble [2] que ce musée décidément n’aime pas cet artiste…


5. Charles Le Brun (1619-1690) et atelier
Les Différentes nations de l’Afrique
Huile sur toile - 66,5 x 55 cm
Vente Artcurial 18/11/20
Photo : Artcurial
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6. Charles Le Brun (1619-1690) et atelier
Les Différentes nations de l’Asie
Huile sur toile - 66,5 x 55 cm
Vente Artcurial 18/11/20
Photo : Artcurial
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Nous ne pouvons citer toutes les œuvres intéressantes, notamment du XVIIIe siècle, qui feraient le bonheur de beaucoup de musées, comme un rare tableau à la manière de Watteau par Jean-Baptiste Oudry ou Le Maître d’école de Noël Hallé, peut-être exposé au Salon de 1751 (mais il en existe plusieurs versions).
Parmi les tableaux susceptibles d’être préemptés, remarquons la paire de toiles de Charles Le Brun et de son atelier préparatoires au décor disparu de l’escalier des Ambassadeurs (ill. 5 et 6).


7. Jean-François Millet (1814-1875)
Barque de pêche
Huile sur toile - 32,5 x 41 cm
Vente Artcurial 18/11/20
Photo : Artcurial
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Nous conclurons ce rapide aperçu de la vente par un authentique chef-d’œuvre, sans doute l’un des plus beaux tableaux de Jean-François Millet, d’un sujet rare dans son œuvre, une marine (ill. 7). Provenant de la vente après décès de l’artiste, il est passé notamment dans la collection d’Ernest, puis de Gabriel Cognacq. Malgré sa petite taille, cette toile peinte au moment de la naissance de l’Impressionnisme propose, comme l’écrit le catalogue, une espèce de synthèse entre ce mouvement, le romantisme et le Symbolisme lui-même encore balbutiant. Voilà une œuvre que nous aimerions revoir au Louvre ou à Orsay…

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