15/3/26 - Acquisition - Nüremberg, Germanisches Nationalmuseum - Dévoilé au public pour la première fois en ce début mars, un chef-d’œuvre inédit de l’orfèvrerie romaine de la fin du XVIIIe siècle a pris place au Germanisches Nationalmuseum à Nüremberg. D’abord temporairement exposé pour deux mois, ce grand relief en argent de la Lamentation du Christ, réalisé dans l’atelier de Luigi Valadier (ill. 1), rejoindra à terme le parcours permanent, au sein de la vaste section interdisciplinaire Renaissance, Baroque, Lumières. Art et culture du XVIe au XVIIIe. Acquise en 2024 auprès d’un collectionneur privé, par l’entremise du cabinet Philipp Württemberg Art Advisory et avec le soutien de la Ernst von Siemens Foundation, de la Fondation culturelle des Länder allemands, de la Fondation Rudolf August Oetker et d’autres fondations privées, l’œuvre fait depuis l’objet d’une étude approfondie dont rendra compte une publication prévue pour 2027.

Relief de la Lamentation du Christ, 1786
Argent coulé, ciselé, gravé, poinçonné et poli,
porphyre, alliage de cuivre doré et mosaïque de verre bleue
105 x 75 x 16 cm
Nüremberg, Germanisches Nationalmuseum
Photo : Nüremberg, Germanisches Nationalmuseum
Dans son communiqué, sa notice détaillée et une courte vidéo récemment publiée, le Germanisches Nationalmuseum a d’ores et déjà précisé plusieurs éléments importants relatifs à l’iconographie, l’historique, et la technique virtuose de ce nouveau relief. Montée sur un cadre rectangulaire, haut de plus d’un mètre, à fond de mosaïque bleu foncé à l’imitation du lapis-lazuli et à bordure de laiton couronnée d’un ruban noué, la composition centrale en argent est elle-même ceinte d’un cadre en bronze doré et porphyre orné de vingt-six rosettes en argent. Quatre anges en argent ornent les angles de ce dernier, le soutenant en partie basse, s’y appuyant en partie haute avec en leurs mains une fine couronne d’épines en or. La Lamentation du Christ représentée en partie centrale reprend un modèle déjà établi dont l’invention est attribuée à Angelo De Rossi qui déclina le sujet à plusieurs reprises, après son arrivée à Rome en 1685. Citons en ce sens la plaque en bronze du Palazzo Doria a Gênes, les deux bozzetti en cire, de même forme, conservés dans une collection particulière à Rome et au Musée Calvet à Avignon ainsi que plusieurs dessins préparatoires à la plume du Kupferstichkabinett de Berlin. Allongé sur un linceul, le Christ mort gît sur les genoux de la Vierge aux mains jointes, à gauche de laquelle est disposé un vase dont s’échappe une étoffe. À droite de la composition prennent place Marie Madeleine, et son pot à onguents, penchée sur le Christ et saint Jean debout de profil, la tête tournée vers la Croix érigée sur le mont Golgotha à l’arrière plan. Là émergent les différences les plus notables avec la composition originale, les faisceaux irradiant de la croix, le positionnement des nuages et l’ajout d’une nuée d’angelots. Coulé, ciselé, gravé, poinçonné, poli ou amati, le traitement de l’argent est virtuose, offrant une très grande gamme de finitions conservées dans un état exceptionnel. Précisons enfin que le relief est accompagné de son coffret d’origine, probablement réalisé sur mesure dans l’atelier de Valadier.

Relief de la Lamentation du Christ
Graphite, plume et encre grise et brune avec
lavis gris, brun, ocre, violet et blanc - 96,6 x 64 cm
Collection particulière
Photo : David Carritt Limited
Comme le précise la notice, le relief central en argent, son cadre en bronze doré et porphyre et les quatre figures d’anges peuvent être attribués avec certitude à l’atelier de Luigi Valadier à Rome grâce à un dessin d’atelier conservé en mains privées (ill. 2). Ce dernier est reproduit dans le catalogue de l’exposition Valadier : three generations of Roman goldsmiths, qui fut présentée au printemps 1991 par David Carritt Limited à Londres (maintenant connu sous le nom d’Artemis Fine Arts), où il n’était alors rattaché à aucune commande connue. Le relief est par ailleurs mentionné dans plusieurs documents d’archives qui éclairent sa provenance. Parmi eux une lettre de la duchesse Marie-Anne de Deux-Ponts-Birkenfeld, datée entre 1815 et 1817, qui précise : « cette image que nous avons reçue du parrain de Notre fils bien-aimé, feu Sa Sainteté Pie VI, en souvenir de notre lien spirituel, à savoir la Descente de Croix de Notre Sauveur, en argent, en relief, avec une bordure de porphyre brun-rouge et un cadre supérieur en mosaïque, d’une hauteur de trois pieds bavarois… ». Une inscription à l’abbaye de Banz, résidence d’été de la duchesse et de son époux le duc Guillaume en Bavière à partir de 1814, où il est attesté que le relief constituait la pièce maîtresse d’un retable en albâtre dans la chapelle privée de la famille à partir de 1817, confirme que ce cadeau papal date de 1786, année de naissance de leur fils Pie-Auguste en Bavière. Le pape et la duchesse s’étaient rencontrés quatre ans auparavant lors du bref séjour du souverain pontife en Bavière à l’occasion duquel il promit, diplomatiquement, d’être le parrain de l’héritier, alors destiné à devenir électeur. Ce relief en argent de la Lamentation du Christ, appelé « Retable de Pie » du nom de son donateur, serait donc une des dernières réalisations de Luigi Valadier qui se suicida en 1785. Il serait en outre la dernière commande papale réalisée dans l’atelier qui, comme le précise le catalogue de l’exposition Luigi Valadier : Splendor in Eighteenth-Century Rome présentée par la Frick Collection à New York en 2018-2019, exécuta bon nombre d’œuvres pour le pape Pie VI, série d’objets liturgiques l’année de son élection en 1775 mais aussi divers présents diplomatiques par la suite.