
Vierge de douleur
Agate et or - 2,5 x 1,7 cm
Paris, Musée de Cluny
Photo : RMN-GP/M. Rabeau
23/5/24 - Acquisition - Paris, Musée de Cluny - Présentée aux côtés d’illustres manuscrits dans une vitrine placée entre le Retable de l’Annonciation d’Aix et le Triptyque de Dreux Budé reconstitué à l’occasion de l’exposition « Les arts en France sous Charles VII » (voir l’article), cette délicate Vierge de douleur (ill. 1) n’est pas la pièce la plus spectaculaire du parcours où elle est dévoilée pour la première fois aux visiteurs du Musée de Cluny. Récemment acquise auprès du marchand anglais Sam Fogg, celle-ci a naturellement pris place aux côtés des singulières Heures de René d’Anjou qui sont venues de la Bibliothèque nationale pour mieux évoquer la personnalité de ce prince collectionneur et mécène qui aimait autant les livres que les intailles et les camées. On connaît bien sûr davantage son peintre Barthélémy d’Eyck que les noms des artistes qui sculptaient et gravaient des pierres pour lui, même si certains registres de comptes mentionnent les noms de Jean Saillart, Jean Castel et Thomas Pigne à qui les historiens sont bien sûr tentés d’attribuer les rares objets conservés.
Il faut se pencher avec soin sur le contenu de cette vitrine (ill. 2) où le camée et les Heures de René d’Anjou voisinent avec son extraordinaire Livre des tournois et cet étourdissant panneau brodé issu d’un ensemble partiellement réuni à l’occasion de l’exposition « L’art en broderie au Moyen Âge » au Musée de Cluny (voir l’article). On connaît la passion du roi René d’Anjou pour la glyptique, notamment par les quatre camées conservés représentant ce prince : l’un d’entre eux, venu de la Bibliothèque nationale, est présent dans l’exposition parisienne et bénéficie comme la Vierge de douleur d’une riche notice de Christine Descatoire dans son catalogue tandis qu’un autre, appartenant à Guy Ladrière, avait été présenté voici déjà deux ans à L’École des Arts Joailliers et publié par Philippe Malgouyres (voir l’article). Les deux autres portraits en camée du roi René sont restés outre-Manche : le premier est conservé au Brisith Museum depuis 1890 et le second appartient encore à Sam Fogg, qui en avait fait la couverture du riche catalogue (ill. 3) de son exposition de 2021 où était aussi alors proposée la Vierge de douleur ensuite achetée par le Musée de Cluny.

Heures de René d’Anjou, 1459-1460
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : BnF
Sa juxtaposition avec une autre célèbre Mater dolorosa, unique enluminure pleine page des Heures de René d’Anjou (ill. 4), est particulièrement parlante car ces deux représentations partagent une évidente parenté stylistique et iconographique, qui détonne d’ailleurs avec le reste de l’œuvre de Barthélémy d’Eyck puisqu’il s’agit ici d’une transposition d’une icône byzantine ou italo-byzantine que l’on retrouve dans une autre enluminure conservée au Getty Museum. Nul doute que ce camée d’agate d’un blanc laiteux sur fond rosé, exécuté en fort relief, saura trouver place dans une vitrine du premier étage du musée lorsqu’il quittera celle de l’exposition à la mi-juin.
