Une aiguière Renaissance pour Leipzig

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14/9/24 - Acquisition - Leipzig, Grassi Museum für Angewandte Kunst (Musée des Arts Appliqués Grassi) - À l’heure du cent cinquantième anniversaire de son ouverture, le Grassi Museum für Angewandte Kunst de Leipzig s’est enrichi d’une aiguière Renaissance en émail limousin, acquise auprès de la galerie allemande Julius Böhler grâce au soutien de la fondation Ernst Von Siemens. Elle étoffe d’une nouvelle pièce remarquable le petit ensemble déjà conservé de vaisselle d’apparat peinte en émail à Limoges au XVIe siècle. Issue de la collection du célèbre banquier et collectionneur Maximilian von Goldschmidt-Rothschild, cette aiguière avait été vendue, à l’instar de l’ensemble de sa collection, lors des persécutions nazies avant d’être restituée en 1949 à ses descendants installés à New York. En avril 1950, elle fut acquise par l’archéologue et marchand d’art Ernest Brummer lors de la dispersion de la collection Maximilian von Goldschmidt-Rothschild organisée par la maison new yorkaise Parke-Bernet Galleries. La collection Brummer fut à son tour dispersée en octobre 1979 par la galerie zurichoise Koller, Spink & Son. L’aiguière rejoignit alors une collection privée américaine avant de réapparaître sur le marché de l’art allemand.


1. Limoges, 3e quart du XVIe siècle
« Maître IC »
Aiguière avec Triomphe de Bacchus et
Triomphe d’Amphitrite et de Neptune
Email peint - 27 x 11 cm
Leipzig, Grassi Museum für Angewandte Kunst
Photo : Grassi Museum für Angewandte Kunst/Felix Bielmeier

Aujourd’hui entité d’un grand complexe muséal qui l’abrite aux côtés d’un musée d’ethnologie et du musée des instruments de musique de l’université de Leipzig, le musée d’arts appliqués (Museum für Angewandte Kunst) de Leipzig connut une histoire mouvementée. D’abord musée associatif, il fut inauguré en 1874 dans un bâtiment municipal aujourd’hui détruit et remplacé par le Kaufhaus Ebert (Grand Magasin Ebert), bâtiment Art Nouveau devenu succursale de la Commerzbank. Rapidement à l’étroit, ce premier musée fut transféré en 1895 dans un bâtiment nouvellement construit sur la Königsplatz (aujourd’hui Wilhelm-Leuschner-Platz). Alors associé à un musée d’ethnologie, il prit le nom de Grassimuseum en l’honneur de Franz Dominic Grassi, un homme d’affaires de Leipzig d’origine italienne grâce à la fortune duquel léguée à la Ville fut construit, entre autres, ce nouveau bâtiment. Ce dernier abrite aujourd’hui la bibliothèque municipale de Leipzig, le premier musée Grassi, ou Altes Grassimuseum, laissant place au Neues Grassimuseum lorsqu’il fut transféré dans le vaste complexe muséal de la Johannisplatz inauguré en 1929, aux côtés du musée d’ethnologie (Museum für Völkerkunde) mais aussi d’un musée des Études Régionales (Museum für Länderkunde) et d’un musée des Instruments de Musique (Museum für Musikinstrumente). En 1943, un bombardement détruisit une grande partie du complexe muséal et un cinquième de sa collection. Si la reconstruction et la restauration des bâtiments initiées dès la fin de la guerre permit la réouverture d’un parcours de visite réduit en 1952, plusieurs fois réaménagé les décennies suivantes, la rénovation complète de l’ensemble muséal ne fut achevée qu’en 2005. Le musée des arts appliqués rouvrit en 2007, complété par la suite de nouvelles sections en 2010 et 2012. Alors qu’un projet d’extension est à l’étude, différents chantiers se poursuivent, le dernier en date concernant les deux tours d’escaliers restaurées en 2021 et 2022.


2. Limoges, 3e quart du XVIe siècle
« Maître IC »
Aiguière, détail de l’épaule avec le
Triomphe d’Amphitrite et de Neptune
Email peint - 27 x 11 cm
Leipzig, Grassi Museum für Angewandte Kunst
Photo : Grassi Museum für Angewandte Kunst/Felix Bielmeier

De forme classique, l’aiguière acquise par Leipzig présente un décor en émail peint particulièrement abouti. La panse et l’épaule sont ornées de scènes historiées peintes en grisaille sur fond sombre rehaussée de tons rosés pour les carnations et d’or. La panse représente le triomphe de Bacchus tandis que l’épaule figure le triomphe d’Amphitrite accompagnée de Neptune, deux compositions bien connues qui relèvent de la suite des dix planches gravées des Fonds et couvercles de coupes de Jacques Androuet du Cerceau, l’un des plus importants architectes et graveurs français du XVIe siècle, dont la Bibliothèque de l’Institut National de l’Histoire de l’Art à Paris conserve un ensemble complet. Le col et le pied sont décorés de feuilles d’acanthe en grisaille tandis que l’anse est ornée de motifs géométriques sur fond noir d’un côté et d’un cordon noir sur fond blanc de l’autre. Au départ de cette anse, à l’intérieur du col est inscrit en noir le monogramme « IC », monogramme du « Maître IC » auquel un important ensemble d’œuvres est attaché. Comme le précise la notice du Grassi Museum für Angewandte Kunst, les recherches récentes au sujet de ce monogramme supposent qu’il désignerait moins une signature d’artiste qu’un atelier, particulièrement actif dans la seconde moitié du XVIe siècle, tant les œuvres qui lui sont attachées diffèrent sur le plan stylistique, iconographique et technique. Citons toutefois parmi elles une pièce particulièrement proche de l’aiguière de Leipzig, celle du Musée du Louvre, monogrammée au même emplacement et reproduisant une autre composition des Fonds et couvercles de coupes, le triomphe de Diane.

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