Jamais une pétition concernant un sujet patrimonial n’avait connu un tel succès, et de loin, quel que soit le pays. Celle que nous avons lancée, il y a maintenant deux ans, pour nous opposer au projet de remplacement des vitraux de Viollet-le-Duc, a dépassé dans la nuit les 300 000 signatures (à l’heure où nous publions, nous en sommes à 302 935).
Bien sûr, le principal responsable, Emmanuel Macron, se moque comme d’une guigne de l’opposition quasi générale à sa volonté, comme il se moque des menaces sur la tapisserie de Bayeux (voir les articles) ou de la folie de son projet pour le Louvre (voir les articles). Le président de la République est, depuis longtemps, dans un monde parallèle, où le patrimoine n’est qu’un instrument entre ses mains, la plupart du temps dans un sens néfaste à sa conservation.
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- 1. Un des cartons de Claire Tabouret
pour remplacer les vitraux
de Viollet-le-Duc
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
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- 2. Un des cartons de Claire Tabouret
pour remplacer les vitraux
de Viollet-le-Duc
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Mais le combat est loin d’être terminé. Si une première bataille a été perdue (voir l’article), la guerre contre le vandalisme présidentiel n’est pas perdue. L’association Sites & Monuments a fait appel du jugement en première instance, et, compte tenu des attendus du tribunal, a de fortes chances de gagner. Surtout, le principal recours, qui consistera dans un premier temps en un référé contre l’autorisation de travaux, puis en une action sur le fond, reste à venir. Et si le référé était perdu, l’installation des vitraux ne signerait pas la fin du combat, puisque l’opération sera réversible, et que le fond a, là encore, toutes les chances de prospérer. Enfin, s’il le faut, si toutes ces actions étaient vaines, nous continuerions à nous battre pour que ce remplacement de vitraux puisse être, un jour, annulé et que le retour à l’état de Viollet-le-Duc soit décidé.
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- 3. Pastiche de Viollet-le-Duc dans la partie supérieure d’un carton de Claire Tabouret
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
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- 4. Le vitrail original de Viollet-le-Duc
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Si la pétition redémarre, c’est sans doute parce que les cartons des vitraux de Claire Tabouret sont exposés au Grand Palais pour plusieurs mois. Nous avions refusé de nous attaquer au projet lauréat, car ce que nous contestons, c’est bien le remplacement de vitraux classés, non touchés par l’incendie, et qui ont même été nettoyés. Nous ne sommes pas, par principe, contre les vitraux contemporains dans les édifices anciens, s’il n’en existe pas déjà. Ce n’est pas le cas ici. Et même si les nouveaux vitraux avaient été beaux, nous serions opposés à leur installation.
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- 5. Un détail qui montre la subtilité de l’exécution (c’est du second degré)
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
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- 6. Un détail qui montre la subtilité de l’exécution (c’est encore du second degré)
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Mais - et c’est un euphémisme - il se trouve que l’œuvre de Claire Tabouret est d’une médiocrité insigne, qui nous a même étonné. Sur un arrière-plan pastichant les vitraux qu’elle remplace (c’est très visible dans la partie supérieure - ill. 3 et 4), elle a plaqué des scènes d’une laideur frappante, aux couleurs criardes, d’une exécution incroyablement faible (ill. 5 et 6) et d’une grande pauvreté d’inspiration. Surtout, l’artiste démontre qu’elle ne comprend rien à ce qu’est un vitrail, et à la manière dont il se conçoit. Les remplages, ce réseau de pierre qui le soutient, ont de tout temps été intégrés, en laissant le spectateur imaginer qu’ils se trouvent au-dessus du dessin. Or Claire Tabouret semble avoir fait ses cartons, puis les avoir découpés pour les installer de chaque côté des remplages. Le résultat est désolant : les figures apparaissent coupées, la continuité des personnages n’existe pas. Les têtes sont ouvertes en deux (ill. 7), les bras sont trop grands (ill. 8), rien ne tient. Il ne s’agit évidemment pas d’un choix artistique (qui serait d’ailleurs contestable) mais du résultat d’une méconnaissance complète de l’exercice auquel elle se confronte, qui manifestement la dépasse.
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- 7. Inutile de se casser la tête...
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- 8. La Vierge a le bras long
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Sur six vitraux, deux représentant des paysages (ill. 9 et 10). Contrairement aux autres, ils sont plutôt réussis et ne dépareraient pas forcément dans un autre édifice, pour combler des baies qui en sont privées. Mais ils n’ont aucune légitimité à Notre-Dame.
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- 9. Un des deux vitraux représentant des paysages de Claire Tabouret
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
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- 10. Un des deux vitraux représentant des paysages de Claire Tabouret
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
On va donc substituer à des œuvres imaginées par Viollet-le-Duc, qui formaient un tout avec les décors et les autres vitraux, des corps étranges et étrangers. Dans un des monuments les plus insignes du patrimoine français. Si nous ne nous plaçons pas sur ce plan, qui sort de notre champ, comment ne pas voir, en outre, que tout esprit religieux est absent de cette prétendue représentation de la Pentecôte. Il n’y a décidément rien à sauver dans ce naufrage, qui va coûter quatre millions d’euros, et probablement d’ailleurs beaucoup plus comme on commence à l’entendre.
Voilà pourquoi il est plus que jamais nécessaire de poursuivre notre opposition. En continuant à signer la pétition, et en aidant l’association Sites & Monuments à financer ses actions en justice. Vous pouvez les aider à partir de cette page. Plus que jamais, nous ne lâcherons rien.