Nouvelle ministre de la Culture : Audrey Azoulay. L’espoir fait vivre...


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Audrey Azoulay, nouvelle ministre de la Culture
(copie écran du site du ministère)

Notre éditorial consacré au départ d’Aurélie Filippetti en avait choqué quelques-uns. Nous l’avions en effet titré « Bon débarras ! ». Sans le regretter, nous reconnaissons que ce n’était guère aimable, même si cela traduisait parfaitement notre sentiment profond. Aurélie Filippetti s’est révélée une très mauvaise ministre de la Culture. Mais que dire alors de Fleur Pellerin, et comment titrer notre article ? Nous avions pu écrire deux autres éditoriaux à son propos intitulés « Rien… » et « Moins que rien… ». Son absence totale d’intérêt pour le patrimoine et les musées aura fait beaucoup de mal à un domaine déjà fragile.

« Aurons-nous, enfin, un ministre de la Culture digne de ce nom ? » C’était ainsi que nous commencions notre texte d’adieu à Aurélie Filippetti. Et c’est hélas la question qu’on se pose à chaque changement de ministre, pour être à chaque fois déçu. Nous ne connaissons pas du tout Audrey Azoulay. Nous n’avons à son sujet aucune opinion, ni bonne, ni mauvaise. Nous constatons seulement qu’elle n’a jamais eu, dans son parcours professionnel, de liens avec les musées et le patrimoine (elle est une spécialiste du cinéma et est depuis 2014 conseillère de François Hollande). Nous la jugerons, comme ses prédécesseurs, sur son action. Son travail ne va pas être facile, d’autant que la politique du ministère dépend aussi du cabinet (celui-ci va probablement changer complètement) et des hauts fonctionnaires, au premier rang desquels, dans le domaine qui nous concerne, le directeur des Patrimoines. Vincent Berjot est le titulaire actuel de ce poste où il fut nommé par Aurélie Filippetti. Son parcours antérieur, fonctionnaire au ministère du budget et directeur des finances de la Ville de Paris nous faisait craindre le pire (voir notre article). S’il faut lui reconnaître une grosse capacité de travail et une excellente connaissance des dossiers, nous n’avions pas tort d’être inquiet. Il est, sinon à l’origine, du moins à la manœuvre pour la désastreuse loi sur le patrimoine (à laquelle Fleur Pellerin ne comprenait rien comme nous l’avons montré - voir l’article).

Selon Florence Évin dans Le Monde, le ministère aurait en partie revu sa copie sous la pression des associations de protection du patrimoine et des associations d’élus. Le Sénat, on l’espère, devrait lui même apporter des améliorations mais beaucoup reste à faire, notamment sur la question de la protection des abords (voir notre brève du 2/2/16). Cette loi, dont Vincent Berjot est toujours en charge, constitue à l’évidence le plus gros dossier auquel devra s’atteler Audrey Azoulay dès son arrivée au ministère. Ce n’est pas le seul. De l’avis de tous, à l’intérieur comme à l’extérieur, au niveau de l’administration centrale comme des DRAC, le ministère de la Culture est aujourd’hui à la dérive. Il est encore temps de prendre la mesure des dangers qui menacent la protection du patrimoine mais il faudra, a minima, que celui-ci ne soit plus considéré comme une variable d’ajustement budgétaire mais comme un héritage irremplaçable qu’il est du devoir de l’État de défendre. Nous souhaitons bonne chance, sans arrière-pensée, à la nouvelle ministre.


Didier Rykner, jeudi 11 février 2016





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