Il se passe toujours quelque chose à la cathédrale d’Orléans


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1. Paris, 1512
Fragment de tapisserie de la
tenture de la cathédrale d’Orléans

Laine et soie - 171 x 92 cm
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Sotheby’s
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Après Chartres (voir l’article) et avant Bourges, nous poursuivons ici une série autour des cathédrales de la région Centre-Val-de-Loire afin de mettre en avant le gros travail de restauration et de remeublement que ces édifices, gérés par l’État, mènent depuis déjà de nombreuses années. Nous avions également parlé naguère de la cathédrale de Rennes (voir l’article), restaurée de manière exemplaire, et nous essaierons de faire progressivement le tour des cathédrales de France qui ne sont hélas pas toute aussi bien prises en charge. Le bilan peut d’ailleurs, sur un même édifice, être ambivalent : Chartres est très bien restauré, mais le soutien de la DRAC au projet d’aménagement du parvis est une honte (voir l’article).

La politique de la DRAC d’Orléans consiste à restaurer les édifices et les œuvres qu’ils contiennent, mais aussi d’ajouter encore des tableaux, des sculptures et des œuvres d’art. C’est ainsi que lors de la vente Sotheby’s de la collection Bacri, l’État a préempté un fragment de tapisserie (ill. 1) pour 18 750 € (frais compris). Une superbe acquisition : si l’œuvre était identifiée seulement comme « Pays-Bas méridionaux, premier quart du XVIe siècle », il s’agissait en réalité de la production d’un atelier parisien, mais surtout d’un rare morceau de la tenture qui ornait régulièrement, jusqu’au XVIIIe siècle, le chœur de la cathédrale d’Orléans.
Cette tenture, vendue à la Révolution puis sans doute dépecée et découpée pour être vendue, n’est plus connue que par deux fragments : l’un, d’assez grande taille, représentant La Nativité, est conservé au château de Kronborg au Danemark. Il porte les armes du commanditaire, Barthélémy de Clugny, chanoine de la cathédrale, qui l’avait commandée en 1512. Un deuxième, figurant Les Trois Marie, se trouve au Caramoor center for music and the arts à Katonah, dans l’état de New York.

À l’origine, la tenture comprenait sept ou huit tapisseries représentant L’accomplissement des figures de l’Ancien Testament. Le personnage figurant sur la pièce acquise pour la cathédrale d’Orléans est sans doute un prophète. Outre par le style, l’identification avec la tenture commandée par Clugny peut être faite grâce à sa devise qui se trouve dans un phylactère EN VOUS EN EST. La même se retrouve sous un personnage du fragment de Kronborg.
Le fragment passé en vente chez Sotheby’s a été identifié par Elisabeth Antoine-Kônig, conservatrice au département des Objets d’Art du Louvre qui l’a signalé immédiatement à Gilles Blieck, conservateur des monuments historiques à la DRAC. Audrey Nassieu Maupas, maître de conférence à l’École pratique des Hautes Etudes et spécialiste de tapisserie, a confirmé la provenance ainsi que Jean-Bernard de Vaivre qui a publié les deux fragments déjà connus.


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2. Laurent de La Hyre (1606-1656)
Présentation au temple, 1648, avant restauration
Huile sur toile
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Isaline Trubert
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3. Laurent de La Hyre (1606-1656)
Présentation au temple, 1648, après restauration
Huile sur toile
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : François Lauginie
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Cet enrichissement tout récent par achat en vente publique survient peu de temps après qu’un nouveau tableau a pu être accroché dans la cathédrale : La Présentation au Temple de Laurent de la Hyre, signée et datée 1648. Il s’agit ici, davantage que d’un enrichissement (l’œuvre appartenait déjà aux collections publiques), d’un véritable sauvetage. En effet, ce tableau était conservé (si l’on peut dire) dans l’église de Châteaurenard (Loiret) et avait été publié pour la première fois en 1988 par Pierre Rosenberg et Jacques Thuillier dans le catalogue de la rétrospective La Hyre. Retrouvé quelques années auparavant, il était déjà ruiné (ill. 2). Et depuis cette date, malgré tous les efforts de la DRAC pour la convaincre, la mairie ne voulait absolument rien faire pour le restaurer. Devant le blocage de la situation qui mettait à terme en péril jusqu’à la survie de l’œuvre, qui était entreposée et pas exposée, celle-ci a été prise en charge complètement par la DRAC qui a financé sa restauration en 2016- 2017 par Isaline Trubert et Valerio Fasciani (ill. 3). Ce dernier a dû procéder notamment, compte tenu de l’état de la couche picturale qui présentait de nombreuses lacunes, à une réintégration illusionniste. Les manques se trouvaient dans des endroits qui ne pouvaient donner lieu à aucune interprétation, sauf le visage de la Vierge, l’agneau mort de droite, au premier plan, et la partie du sol à droite également. La réintégration a été facilitée grâce à un dessin (ill. 4) qui se trouve au département des Arts Graphiques du Louvre. La toile de La Hyre est accrochée depuis début février dans la chapelle Saint-Aignan de la cathédrale (ill. 5).


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4. Laurent de La Hyre (1606-1656)
Présentation au temple, 1648
Crayon - 50 x 31,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/T. Ollivier
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5. Le tableau de La Hyre accroché
dans la cathédrale d’Orléans
Photo : G. Blieck/DRAC-CRMH
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Rappelons aussi l’achat, plus ancien, d’un lutrin du XVIIIe siècle (voir la brève du 11/3/11), installé dans la chapelle Saint-Michel. Mais les enrichissements sont effectués aussi grâce à des dépôts intelligemment demandés au FNAC (Fonds National d’Art Contemporain). Les œuvres de cette collection, constituée depuis 1791 d’achats d’œuvres d’art par l’État aux artistes vivants (« contemporain » s’entend donc au moment de leur acquisition), ont pour vocation d’être déposées ou prêtées. Plusieurs tableaux ont ainsi rejoint la cathédrale d’Orléans ces dernières années, leur permettant d’être exposés au public. Plusieurs belles copies ont été accrochées : La Prédication de saint Paul à Éphèse d’après Le Sueur, Job d’après Léon Bonnat, La Pêche miraculeuse d’après Rubens et Sainte Barbe d’après Palma le Vieux (ill. 6), un Ecce Homo, œuvre originale d’Henri de Rudder (ill. 7).


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6. Xavier-Alphonse Monchablon (1835-1907)
Sainte Barbe, d’après Palma le Vieux
Huile sur toile - 258 x 150,5 cm
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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7. Louis-Henri de Rudder (1807-1881)
Ecce Homo, 1865
Huile sur toile - 177,5 x 138 cm
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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Si ces dépôts ont souvent fait l’objet de restaurations, toutes les œuvres mobilières de la cathédrale ont bénéficié d’une remise en état. Outre les dépôts récents, elle comptait en 2009 quinze tableaux dont neuf avaient été déposés au musée. Tous ont fait l’objet d’une restauration plus ou moins importante et ont été remis en place. Nous avons déjà reproduit dans la brève déjà citée les quatre peintures de Jacques de Lestin, accrochées dans des chapelles du déambulatoire et la belle Pietà anonyme de la sacristie. Cette dernière conserve plusieurs œuvres majeures1 dont nous avions déjà parlé mais que nous n’avions pas encore reproduites. On y voit donc un Christ au jardin des Oliviers par Jean Jouvenet (ill. 8), un Christ portant sa croix par Zurbarán (ill. 9) et Saint Mamert au pied de la Croix de Claude Vignon (ill. 10).


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8. Jean Jouvenet (1644-1717)
Le Christ au jardin des Oliviers
Huile sur toile - 390 x 250 cm
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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9. Francisco de Zurbarán (1598–1664)
Le Christ portant sa croix, 1653
Huile sur toile - 195 x 108 cm
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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Nous ne reviendrons pas ici sur la découverte d’une fresque de la fin du XVe siècle, déjà traitée dans la brève, mais nous reproduirons un autre tableau, accroché au-dessus de la porte d’entrée de la sacristie, le Portrait du cardinal Pierre de Cambout du Coislin d’après2 Hyacinthe Rigaud (ill. 11).


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10. Claude Vignon (1593-1670)
Saint Mamert au pied de la Croix
Huile sur toile - 185 x 112 cm
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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11. D’après Hyacinthe Rigaud (1659-1743)
Portrait du cardinal Pierre de Cambout du Coislin
Huile sur toile
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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Parmi les objets restaurés, on notera bien entendu l’étonnante maquette en bois de la façade de la cathédrale à laquelle nous avions déjà consacré un article (voir la brève du 14/6/11), un dais de procession du XVIIIe siècle ou encore l’imposant tapis de chœur armorié datant du XIXe siècle qui, nettoyé et restauré de manière légère, est désormais roulé en attendant, on l’espère, comme à Notre-Dame, d’être parfois installé temporairement à son emplacement d’origine.
Les sculptures ont également fait l’objet de restaurations et de mises en sécurité. Ainsi, une Vierge à l’enfant en pierre polychrome du XIVe siècle (ill. 12) a été solidement fixée sur un socle placé sur un pilier du déambulatoire. Deux sculptures en pierre du XVIIIe siècle, une Sainte Colombe et un Saint Jean-Baptiste (ill. 13), qui avaient été déplacées, on ne sait pourquoi, au dos des boiseries du chœur, dans le déambulatoire, ont été remises en place après restauration dans la chapelle des Fonts-Baptismaux où elles sont parfaitement visibles tout en restant mises à distance (le Saint Jean-Baptiste, avait été plusieurs fois légèrement vandalisé). Protéger les œuvres, comme nous l’écrivions dans un article précédent, est souvent une simple question de bon sens.


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12. France, XIVe siècle
Vierge à l’enfant
Pierre polychrome
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
PHoto : Didier Rykner
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13. France, XVIIIe siècle
Saint Jean-Baptiste
Pierre
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
PHoto : Didier Rykner
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Dans les deux bras du transept, la cathédrale possède de grands autels néo-gothiques en bois sculptés, entourés de confessionnaux, produits en Belgique, à Louvain, dans l’atelier des frères Goyers. L’ensemble du côté sud, dédié au Sacré-Cœur, a été entièrement restauré et le côté nord le sera prochainement. Parmi les projets qui seront menés au cours des prochaines années viendra la restauration du grand chemin de croix en hauts reliefs dû au sculpteur orléanais Clovis Monceau.


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14. Atelier des frères Goyers, Louvain
Autel du Sacré-Cœur
Bois sculpté
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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15. Clovis Monceau (1827-1892)
Le Christ meurt sur la croix
Pierre
Orléans, cathédrale Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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Tous ces aménagements, découvertes et restaurations que nous avons passés rapidement en revue (de manière d’ailleurs non exhaustive) se retrouvent développés3 dans un très intéressant ouvrage qui vient de paraître aux éditions des Presses Universitaires François Rabelais. Les textes, réunis par Irène Jourd’heuil, Sylvie Marchant et Marie-Hélène Priet, sont en partie issus d’un colloque organisé en 2011, complétés par d’autres études qui en font une véritable monographie de la cathédrale d’Orléans. Une première partie concerne l’histoire de l’édifice, un rare exemple de cathédrale gothique commencée au XIe siècle (le chevet) dont la plus grande partie a été reconstruite aux XVIIe et XVIIIe siècles dans le même style suite aux démolitions pendant les guerres de Religion (on y voit ainsi des roses d’époque Louis XIV et les sculptures de la façade sont dues aux meilleurs sculpteurs du XVIIIe siècle). Le décor et les objets mobiliers font l’objet de deux autres parties.

Nous aurons certainement l’occasion de reparler prochainement de la cathédrale d’Orléans, à l’occasion d’autres restaurations, ou lors de l’inauguration de la présentation du trésor. Une chapelle du déambulatoire sera ainsi consacrée à l’installation de vitrines sécurisées (et dont le style s’adaptera au monument, comme cela a toujours été le cas) pour y présenter, notamment, l’orfèvrerie qui pour l’instant est conservée en lieu sûr et n’est pas visible par le public.

Collectif, Cathédrale d’Orléans, Presses Universitaires François Rabelais, 2017, 234 p., 25 €. ISBN : 9782869064256.


Didier Rykner, dimanche 2 avril 2017


Notes

1Pour visiter la sacristie, souvent fermée, il est préférable d’appeler la paroisse.

2Correction du 3/4/17 : le livre sur la cathédrale d’Orléans le donne à Hyacinthe Rigaud en plein, mais Ariane James-Sarazin le catalogue comme copie et Stéphan Perreau le donne à Leprieur, élève de Rigaud.

3À l’exception, bien sûr, de la préemption trop récente du fragment de tapisserie.





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