Fin de la première phase de travaux du quadrilatère Richelieu de la BnF


Ouvert depuis le 15 décembre (en réalité le 16 car une grève était venue perturber cet événement), le quadrilatère Richelieu de la Bibliothèque nationale faisait l’objet aujourd’hui, pour sa partie rénovée, d’une large visite de presse.


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1. La galerie de verre vue de la cour d’honneur
Photo : Didier Rykner
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2. La galerie de verre vue de la rotonde des arts du spectacle
Photo : Didier Rykner
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Nous avons déjà écrit le bien que nous pensions de la restauration et des travaux menés sur la salle Labrouste et sur les magasins (voir la brève du 19/12/16). C’est l’occasion maintenant de parler du reste. Qui est pour une partie très satisfaisant, mais qui l’est moins pour tous les aménagements contemporains visibles. On peut déjà s’interroger sur la cour d’honneur : la passerelle en verre créée par Bruno Gaudin pour relier la rotonde des Arts du Spectacle à la salle des manuscrits, en passant sur le toit de l’aile d’entrée (ill. 1 et 2), est d’une médiocrité inimaginable en un tel lieu. Et la seule façade qui a été ravalée (les autres resteront sales car le budget était insuffisant !) est celle qui est en partie cachée par cet appendice en verre. Quant à la salle des manuscrits, sa porte en bois, formant sas, qui était parfaitement en phase avec le décor, a été supprimée, la Bibliothèque nationale s’en est débarrassée pour la remplacer par un sas en verre là encore d’une nullité rare. On s’en convaincra en regardant deux photographies avant travaux (ill. 3 et 4 - malheureusement l’une est trop petite et l’autre n’est que partielle, nous n’en avons pas trouvé d’autres), et après travaux (ill. 5).


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3. La salle des manuscrits avant travaux
On voit au fond la porte qui a disparu
Photo : J. C. Ballot/BnF
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Lorsque l’on voit comment Bruno Gaudin inscrit ses créations dans un contexte historique, on a évidemment tout à craindre de ce qu’il fera à la place du bel escalier de Pascal. Car cet escalier, pourtant inscrit monument historique et dont nous avons souvent parlé (voir nos articles), vit désormais ses derniers instants : la Bibliothèque nationale de France, c’est-a-à-dire le ministère de la Culture, s’apprêtant à détruire un monument qui avait été protégé par le ministère de la Culture il y a quelques années car il présentait « un intérêt d’art ou d’histoire suffisant pour en rendre désirable la préservation ». Une chose est certaine en tout cas : les constructions de Bruno Gaudin à la Bibliothèque nationale ne présenteront jamais aucun intérêt du point de vue de l’histoire ou de l’art.


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4. Vue de l’entrée de la salle des manuscrits
avant travaux ; on distingue à gauche
la porte qui a disparu
Photo : BnF
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5. Vue de l’entrée de la salle des manuscrits
après travaux ; on distingue à gauche
le nouveau sas...
Photo : Didier Rykner
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Ce que la BnF détruit un jour, le lendemain elle le restitue. C’est ainsi que le décor de marbre qui ornait le vestibule de la salle Labrouste, en partie supprimé il y a quelques années, a été refait (ill. 6). Mais l’aménagement pour l’accès handicapé est là encore assez inélégant, en coupant en partie la vue sur ces marbres.


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6. Le vestibule d’entrée, avec le décor de marbre en partie restitué
Photo : Didier Rykner
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7. Rotonde dite des donateurs après restauration
Photo : Didier Rykner
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Ces critiques ne doivent pas effacer les points satisfaisants, dont on ne sait d’ailleurs s’ils reviennent à l’architecte en chef des monuments historiques, Jean-François Lagneau ou à Bruno Gaudin qui semble également avoir travaillé sur les parties historiques. Ainsi, nous l’avons dit, les magasins Labrouste nous paraissent bien aménagés. De même, les autres magasins sont aussi restaurés de manière satisfaisante (il est vrai que nous ne connaissions pas leur état avant), tout comme la rotonde dite des donateurs (ill. 7) qui est occupée par la bibliothèque de l’école des Chartes. Celle-ci a retrouvé le décor peint de la création par Labrouste (le peintre serait Pierre-Victor Galland) qui était caché sous des ajouts postérieurs. En revanche, l’énorme table genre chevalier de la table ronde est d’une lourdeur fort peu gracieuse. Nous n’avons malheureusement pas pu voir les autres pièces, où beaucoup de meubles anciens ont été remplacés (où sont-ils passés ?) par un mobilier contemporain fort coûteux.

Ces travaux - qui se termineront en 2020 - étaient bien sûr indispensables pour remettre l’édifice aux normes, notamment sur le plan électrique. Il faut espérer que la seconde partie du chantier sera mieux contrôlée que la première qui, rappelons-le, a paradoxalement failli incendier tout le bâtiment (voir la brève du 7/8/13). Souhaitons surtout que la Bibliothèque nationale qui reste, faut-il le rappeler, un lieu consacré à la recherche et à l’étude, ne se transforme pas en ce grand lieu festif, convivial et populaire, tel que nous l’a décrit l’architecte en fin de conférence de presse dans un grand moment de lyrisme. C’est, hélas, bien dans l’air du temps.


Didier Rykner, jeudi 5 janvier 2017





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