Un tableau du peintre autrichien Carl Moll pour Ottawa

Julie Demarle

31/10/18 - Acquisitions - Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada - Le Musée des beaux-arts du Canada a enrichi sa collection d’art européen d’une huile sur toile du peintre autrichien Carl Julius Rudolf Moll. A la table du petit-déjeuner, considérée jusqu’alors comme perdue, a été retrouvée en collection privée chez les descendants de l’ami canadien auquel Siegmund Isaias Zollschan, qui acquit l’œuvre à la fin des années 1930, confia nombre de ses biens à l’aube de la seconde guerre mondiale, avant d’être déporté et de mourir durant la Shoah. Elle est la première peinture de l’artiste à rejoindre les collections du musée mais aussi plus largement les collections publiques canadiennes.


Carl Moll (1861-1945)
A la table du petit-déjeuner, 1901
Huile sur toile -107 x 136 cm
Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada
Photo : MBAC, Ottawa
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Si Carl Moll est une figure majeure de la Sécession viennoise - qu’il fonda avec Klimt en 1897 avant de la quitter en 1905 pour la Wiener Werkstätte - et un galeriste clé de la diffusion de l’avant-garde autrichienne et plus amplement européenne en Autriche et en Allemagne, son travail de peintre fut, lui, redécouvert tardivement. Élève des paysagistes autrichiens Carl Haunold (1813-1876) et Emil Jakob Schindler (1842-1892) puis du peintre impressionniste allemand Gotthardt Kuehl (1850-1915), spécialisé dans les scènes d’intérieurs, Carl Moll se consacra naturellement à ces deux genres ainsi qu’aux natures mortes. Il fut également graveur sur bois et lithographe, en grande partie pour la revue Ver Sacrum.

A la Table du petit-déjeuner représente très certainement la famille de l’artiste, Anna, sa femme, veuve de Schindler qu’il épousa en 1895, Alma, sa belle-fille âgée d’une vingtaine d’années qui épousera le compositeur Gustave Malher, et sa fille Maria alors à peine âgée de deux ans. Autour d’une table élégamment dressée, Anna s’affaire à servir ses enfants, tandis qu’une domestique dessert en arrière-plan. Les fenêtres ouvrent sur un paysage que l’on imagine encore hivernal tandis que les vases garnis de jonquilles annoncent le début du printemps. Une grande attention est portée aux détails. Quotidien esthétisé, la corbeille de pommes, l’argenterie, les assiettes, les serviettes roulées et les plis de la nappe, deviennent le principal sujet, les personnages bien secondaires. Les touches fines et juxtaposées, quasi néo-impressionnistes, déploient une gamme colorée chaude, proche du pastel, constituée principalement d’orangé, de jaune, de rose et d’ombres bleutées. Le rendu de la lumière est virtuose. Elle attise la couleur des pétales qu’elle traverse, embrase l’alliance et les clous tapissiers, révèle la vapeur de la soupière fumante et réchauffe les visages de reflets dorés.

L’œuvre datant de 1901, il ne s’agit pas encore de la salle à manger de la House Carl Moll I, villa sécessionniste que Joseph Hoffman construit pour Carl Moll entre 1902 et 1903 et qui deviendra, avec la House Carl Moll II construite dans le même quartier d’Hohe Warte entre 1909 et 1911, le décor privilégié des œuvres du peintre. Le jardin est observé en hiver, Leopold Museum ou musée des beaux-arts de Budapest (Cour d’hiver, 1905), comme en été, la terrasse ensoleillée du Wien Museum. Les pièces défilent, de l’atelier du peintre, dans l’autoportrait de la Gemaldegalerie, au bureau d’Anna, du Vienne Historisches Museum, au salon et à la salle à manger aux tables toujours aussi cruciales. Véritable leitmotiv, elles accueillent Anna et Maria, Du Salon de la maison d’Hohe Starte Au petit déjeuner du Wien museum, ou sont, à l’image des deux œuvres conservées en collections privées, datées vers 1914, Intérieur I (ma salle à manger) et Salle à manger I, à la composition presque identique, détaillées pour elles-mêmes. Les personnages déjà très anecdotiques de la première ne résistent pas à la composition de la deuxième. Les dahlias multicolores, le couvert étincelant et les grappes de raisins se suffisent définitivement à eux-mêmes.

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