Un tableau de Guillon-Lethière acquis par le Clark Art Institute

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1. Guillaume Lethière (1760-1832)
Brutus condamnant ses fils à mort, 1788
Huile sur toile - 59,4 x 99,1 cm
Williamstown, Clark Art Institute
Photo : Christie’s
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28/5/18 - Acquisition - Williamstown, Clark Art Institute (Massachusetts) - En sacrifiant ses fils à la jeune République romaine, Brutus fut un exemple de vertu qui inspira bien plus tard les philosophes des Lumières et les fondateurs de la République française. Lui qui mena la révolte de 509 avant J-C pour renverser le dernier roi de Rome fut en effet contraint de condamner à mort ses propres enfants qui se trouvaient parmi les conspirateurs désireux de restaurer la monarchie.

Le Clark Art Institute a récemment acquis un tableau de Guillaume Guillon-Lethière illustrant cet épisode, adjugé 852 500 dollars lors de la vente de Christie’s le 19 avril à New York (ill. 1). Le lot comportait en outre un dessin préparatoire (ill. 2) et une gravure de Pierre Charles Coqueret réalisée en 1794 d’après Guillon-Lethière (ill. 3).
Né en Guadeloupe, le peintre est le fils de Pierre Guillon, fonctionnaire français et de Marie-François Pepaye esclave africaine émancipée. Son nom est dérivé de « Le Tiers », troisième enfant de la fratrie. Il se forma à Rouen auprès de Jean-Baptiste Descamps puis entra dans l’atelier de Doyen à l’Académie. Second prix de Rome, il partit pour l’Italie en 1786 où il resta jusqu’en 1791.
C’est en 1788, durant son séjour à l’Académie de France à Rome, que le peintre acheva cette toile ; elle fut exposée à Paris au Salon de 1795, puis à celui de 1801. Plusieurs esquisses sont en outre connues, l’une d’elle conservée au Harvard College, une autre passée en vente chez Sotheby’s.


2. Guillaume Lethière (1760-1832)
Brutus condamnant ses fils à mort
Craie noire, pinceau,
lavis brun et gris - 35,9 x 62 cm
Williamstown, Clark Art Institute
Photo : Christie’s
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3. Pierre Charles Coqueret (1761-1832) d’après Guillaume Lethière
Brutus condamnant ses fils à mort, 1800
Gravure - 27 x 42
Williamstown, Clark Art Institute
Photo : Christie’s
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Alors que le sujet est «  l’un des plus terribles et des plus pathétiques que l’histoire puisse fournir à la peinture [1] », David en 1789 évite de représenter l’exécution sanguinolente des jeunes gens et préfére mettre en scène l’instant d’après ; Guillon-Lethière en revanche, n’hésite pas à montrer une tête coupée brandie par le bourreau tandis que le second fils attend son tour entouré d’amis bouleversés. Autre différence : David choisit l’intimité d’un intérieur et concentre l’attention sur la douleur muette d’un père à qui l’on apporte les corps sans vie de ses enfant ; Lethière, au contraire, multiplie les personnages et les sentiments, suscitant plus tard l’admiration de Balzac [2].
Il réalisa en 1811 une version monumentale de cette composition, qui se trouve aujourd’hui au Louvre, et dans laquelle il a remplacé la décapitation par l’image plus sobre d’un corps mort porté par des licteurs.

Bénédicte Bonnet Saint-Georges

Notes

[1Le Journal de Paris, 5 novembre 1812.

[2« Vous avez vu le Brutus de Lethière, et vous avez compris que la pensée de ce grand peintre n’a pas été seulement de mettre en œuvre une des scènes les plus dramatiques connues, mais qu’il a voulu reproduire la vieille Rome tout entière et qu’enfin Brutus, condamnant ses fils à mort, n’a été pour lui qu’un moyen, le plus approprié, de grouper les fondateurs de la ville éternelle, à l’époque qu’il avait choisie. Ne revoyez-vous pas, en effet, dans cette place publique où devaient se décider les destinées du monde, cette page sublime, cette Rome des premiers consuls, si simple, si grande, si austère et si magnifique, avec ses sénateurs vêtus de lin, et les pompeuses colonnades de ses temples, sa foule turbulente et pauvre, mais fière et majestueuse  ? […] Quand vous vous éloignez de ce tableau, tout votre être, vivement impressionné par le drame qui vient de se mouvoir sous vos yeux, conserve non seulement le souvenir de cet inflexible Brutus, de son collègue qui pleure, de ces deux jeunes hommes, dont l’un est déjà cadavre, et l’autre qui souffre, parce que c’est son père qui le condamne, mais encore de la grande cité, de ses sénateurs, de ses palais et de son temple ; et le but du peintre est rempli, il vous a fait connaître Rome. » Balzac cité par Michel, « Balzac, David, Lethière », L’Année balzacienne 2004/1 (n° 5).

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