Un nouveau tableau de Frère Luc dans une église française

Didier Rykner
Claude François, dit Frère Luc (1614-1685)
Ecce Homo
Huile sur toile - 174 x 170 cm
Avernes, église
Photo : A. Maugin/CG du Val d’Oise/CAOA
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De nouveaux tableaux de Claude François, dit Frère Luc, ne cessent d’être d’être redécouverts, et La Tribune de l’Art a déjà publié plusieurs de ces récentes attributions. En lisant les actes du colloque Regard sur la peinture religieuse dont nous donnions une courte recension ici, notre regard a été attiré par une toile représentant Le Christ présenté à Ponce Pilate, ou plus exactement un Ecce Homo, conservé dans l’église Saint-Lucien, à Avernes dans le Val d’Oise. Cette œuvre y est publiée par Gaëlle Pottier, conservatrice déléguée des antiquités et objets d’art du Val-d’Oise, comme d’un artiste anonyme du XVIIe siècle s’inspirant de Rubens pour ses figures.

Christian Olivereau, Conservateur des Antiquités et Objets d’Art du Val-d’Oise, nous a indiqué que l’œuvre avait été restaurée en 2001 et qu’elle l’avait déjà été à une date inconnue. Il ajoute qu’en bas du tableau se trouve une annotation peinte : « copié d’après P. P. Rubens. Avernis 1890 ». Cette mention, probablement due au zèle d’un restaurateur, explique sans doute que la piste d’un rapport avec Rubens ait été suivie, bien que cette œuvre n’ait à notre avis aucun rapport avec l’école flamande. Tout, dans son style, renvoie en revanche à Claude François, dit Frère Luc, auquel on peut l’attribuer sans aucun doute [1]. Les types de certains personnages, notamment le Christ, la Vierge et la Madeleine sont tout à fait comparables à ce que l’on retrouve dans les tableaux de l’artiste. Le Christ, ainsi, ressemble beaucoup à celui en croix publié ici même par Jérôme Montcouquiol - il s’agit, malgré la différence d’attitude, presque exactement du même personnage, peint de la même façon - ou encore du tableau récemment acquis par le Musée de Montréal (La Vierge embrassant le Christ au roseau). La Vierge est similaire à toutes celles peintes par le peintre récollet même si nous n’en avons retrouvé aucune qui présente une attitude identique à celle-ci. Quant à la Madeleine, sa position et la manière très particulière dont est représenté la courbe de son dos, dans un quart de cercle presque parfait et assez peu naturel, se retrouve dans plusieurs de ses personnages se prosternant, par exemple dans la Mise au tombeau de Montereau-Fault-Yonne.
Si la figure de Pilate, à gauche, et celle de saint Jean à droite sont également cohérentes avec l’art de Frère Luc, elles montrent néanmoins une forte influence de Charles Le Brun (de cinq ans son cadet) fréquemment visible dans l’œuvre du frère récollet.

Espérons que la réapparition fréquente d’œuvres importantes de Frère Luc, dont des dessins, qui révèlent un artiste d’un réel intérêt, incitera un musée français (pourquoi pas en collaboration avec un musée canadien, car il voyagea lui même au Québec où de nombreux tableaux de sa main sont conservés) à organiser une rétrospective.

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