Toulouse Renaissance

Toulouse, Musée des Augustins, du 17 mars au 24 septembre 2018 et bibliothèque d’Étude et du Patrimoine, du 17 mars au 19 juin 2018.

1. Peintre néerlandais
Descente de croix, vers 1510
Huile sur panneau - 105 x 223 cm
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Didier Rykner
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La Renaissance française donne lieu, depuis quelques années, à une floraison de publications et d’expositions qui révolutionnent réellement ce que l’on savait de cette période. L’apogée fut sans doute François Ier et l’Art des Pays-Bas au Musée du Louvre l’année dernière, mais 2018 poursuit cette tendance de fonds avec au moins deux expositions consacrées à des foyers provinciaux : Toulouse et Langres. Comme l’explique Pascal Julien, l’un des deux commissaires de la partie de l’exposition abritée au Musée des Augustins, Toulouse, au XVIe siècle, ignore à peu près complètement Paris. Les œuvres présentées dans l’église des Augustins, dans une muséographie élégante et efficace, démontrent qu’elle n’a rien à lui envier

Tous les aspects de la création entre 1480 et 1620 environ sont abordés. C’est donc un grand XVIe siècle qui est considéré ici, tandis que la bibliothèque de Toulouse - un édifice Art déco splendide - abrite une plus petite présentation dédiée aux enluminures qui, par la force des choses, traite essentiellement du XVe siècle, l’imprimerie condamnant cet art à disparaître.
Avant de parcourir cette exposition absolument remarquable et de parler du livre excellent qui l’accompagne, il nous faut néanmoins regretter, comme cela arrive hélas souvent, une insuffisante attention au lien entre les deux. Que le catalogue ne propose des notices que pour certaines œuvres n’est pas trop gênant car toutes celles exposées ont droit à des développement conséquents dans les nombreux et passionnants essais. Mais l’absence de numérotation et d’une liste des œuvres exposées rend presque impossible de trouver facilement les éléments se rapportant à tel ou tel objet, et empêche de savoir lesquels étaient ou non présentés dans l’exposition. Les auteurs devraient davantage penser aux lecteurs…
Cela ne retire rien, cela dit, à l’admirable travail réalisé par de nombreux chercheurs, dont plusieurs doctorants étudiants de Pascal Julien qui apportent beaucoup de nouveautés sur un sujet finalement peu exploré. On découvrira dans cette exposition de nombreuses œuvres méconnues parfois même des spécialistes, et beaucoup d’objets sortis des réserves du Musée des Augustins et restaurés à cette occasion.


2. Arnaut de Moles (vers 1470-vers 1520)
Prophète Daniel et sybille Cimmérienne, vers 1509-1513
Vitrail
Auch, cathédrale Sainte-Marie
Photo : Didier Rykner
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Si la peinture, comme l’explique l’un des premiers essais du catalogue, n’a guère survécu aux vicissitudes de l’histoire, sinon grâce aux enluminures, l’exposition en présente tout de même quelques exemples de qualité, comme cette Descente de croix du Musée des Augustins (ill. 1) due à un peintre néerlandais actif à Toulouse et encore anonyme, peintre pour la chapelle de la Grande Chambre du Parlement de Toulouse. Les vitraux (souvent l’œuvre de peintres qui étaient aussi verriers), sont également fort peu nombreux à être parvenus jusqu’à nous. Cela rend l’ensemble des dix-huit verrières du chœur de la cathédrale Notre-Dame d’Auch d’autant plus précieux. Grâce à une restauration en cours, l’exposition peut en montrer deux éléments (ill. 2), splendides, qui ne donnent qu’une envie : se précipiter à Auch pour les admirer tous. Comme le signale l’essai que leur consacre Aurelia Cohendy dans le catalogue, il s’agit d’un jalon essentiel dans la peinture de la première Renaissance française. On y voit (dans les vitraux complets) des saints dans des niches constituées d’éléments de style Renaissance (grotesques et coquilles notamment) et d’autres où persiste l’art gothique.


3. Liénard de Lachieze
(documenté de 1490 à 1501)
Missel de Jean de Foix ouvert à la page du Martyre de Saint-Saturnin, 1492
Enluminure sur parchemin - 42 x 29
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : Didier Rykner
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4. Laurent Robini
(documenté de 1478 à 1513) et
le Maître à la devise Tout ce change
Livre d’heures à l’usage de Rome ouvert
à la page de l’Annonciation, vers 1495-1500
Toulouse, Bibliothèque municipale
Photo : Didier Rykner
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Les enluminures, qui bénéficient d’une présentation spécifique à la bibliothèque de Toulouse, sont aussi montrées au Musée des Augustins (mais là encore le catalogue ne permet pas de savoir où se trouvent les œuvres reproduites, ni même si elles sont exposées). Nous ne nous essaierons pas à résumer les découvertes, semble-t-il nombreuses, que le projet a permis de faire dans ce domaine. Aurelia Cohendy, qui consacre sa thèse à ce sujet, a ainsi pu identifier plusieurs peintres. On citera tout de même ici Liénard de Lachieze reconnu désormais comme étant l’auteur d’un corpus rassemblé naguère par François Avril et parmi lequel se trouve un des plus importants ouvrage enluminé de la Renaissance languedocienne (aux côtés d’un second maître encore anonyme), le Missel de Jean de Foix (ill. 3), ainsi que Laurent Robini, peintre bien documenté dans les archives et qu’on peut mettre désormais en relation avec plusieurs œuvres conservées (ill. 4). Pour le plaisir, on reproduira ici aussi une Adoration des Mages par Antoine Olivier (ill. 5) qui réalisa aussi les peintures de la voûte de la basilique Saint-Sernin (très dégradées).


5. Antoine Olivier (connu de 1510 à 1537)
Adoration des Mages, 1533-1535
Extrait de L’Antiphonaire de Philippe de Lévis
Parchemin
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Didier Rykner
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6. Albi, début du XVIe siècle
Ecce Homo
Bois peint - 123 x 53 x 30 cm
Albi, cathédrale Sainte-Cécile
Photo : Didier Rykner
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Les sculptures sont parmi les objets les plus impressionnants de l’exposition. On ne compte pas les chefs-d’œuvre dont certains sont soit quasiment inconnus et publiés ici pour la première fois, soit depuis longtemps en réserve malgré leur importance. Parmi les premiers, on remarquera d’abord un Ecce Homo en bois peint (ill. 6), dont la polychromie originale, dégagée par la seule grâce d’un nettoyage, est tellement bien conservée qu’on distingue les veines des mains du Christ. Cette œuvre se trouve pourtant dans une chapelle de la cathédrale d’Albi, accessible donc mais demeurée oubliée malgré un classement monument historique en 1909. Ne serait-ce que pour la redécouverte de cette sculpture, l’exposition aurait sa raison d’être.


7. Nicolas Bachelier (1487-1556)
Apôtre tenant un livre, 1532
Pierre calcaire
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Didier Rykner
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8. Nicolas Bachelier (1487-1556)
Tête d’apôtre, 1532
Pierre calcaire
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Didier Rykner
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Parmi les œuvres sorties des réserves, on remarquera un ensemble de figures et têtes provenant d’un retable détruit de la cathédrale Saint-Étienne (ill. 7 et 8). Elles sont dues à Nicolas Bachelier, le plus connu (mais pas le seul) sculpteur toulousain de la Renaissance. Si d’autres œuvres de cet artiste, notamment les reliefs provenant de l’autel de Notre-Dame de la Dalbade (toujours exposés au musée) font dire à Sarah Munoz et Pascal Julien, auteurs d’un des essais sur la sculpture, que l’artiste eut aussi des limites (dans l’anatomie ou la perspective), leur qualité reste très haute. Aussi beau sans doute, mais anonyme, on remarquera le buste d’un empereur, lui aussi exposé pour la première fois depuis très longtemps (ill. 9).


9. Toulouse, XVIe siècle
Buste d’un empereur à l’antique
Calcaire polychrome - 91 x 70 x 32
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Didier Rykner
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10. Raymond I Pieus (vers 1560-après 1649)
Croix processionnelle, 1594
Argent repoussé
Villeneuve-d’Aveyron, église Saint-Pierre et Saint-Paul
Photo : Didier Rykner
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On verra dans l’exposition quelques pièces d’orfèvrerie (ill. 10) et du mobilier profane ou liturgique (comme le lutrin de la cathédrale d’Auch - ill. 11) mais il faudra sortir du musée et se promener dans la ville pour admirer l’architecture, un aspect important de l’art de la Renaissance à Toulouse qui n’est pas oublié par le catalogue. Cela ne sera plus sous le regard de Dame Tholose (ill. 12), étonnante sculpture de Jean Rancy, autre sculpteur toulousain important de cette époque, en bronze et d’une audace extrême pour l’époque qui fait penser au Mercure volant de Giambologna, mais qui lui est d’une quinzaine d’années antérieure. Rentrée il y a quelques années pour la protéger de la pollution, elle domine désormais les collections du Musée des Augustins et, jusqu’en septembre, cette exposition à voir absolument.


11. Auch, vers 1530
Lutrin
Bois de chêne
Auch, cathédrale Sainte-Marie
Photo : Didier Rykner
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12. Jean Rancy (actif de 1529 à 1568)
Dame Tholose, 1550
Bronze - H. 143 cm
Toulouse, Musée des Augustins
Photo : Didier Rykner
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Commissaires : Axel Hémery (commissariat général), Pascal Julien (commissariat scientifique), Magali Vène (commissariat pour la bibliothèque), Aurélia Cohendy (commissariat scientifique pour la bibliothèque).


Sous la direction d’Axel Hémery et de Pascal Julien, Toulouse Renaissance, Éditions Somogy, 2018, 360 p., 35 €, ISBN : 9782757213605.


Informations pratiques : Musée des Augustins, 21 rue de Metz, 31000 Toulouse. Tél : +33 (0)5 61 22 21 82. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h, jusqu’à 21h le mercredi. Tarif : 6 € (réduit : 4 €).
Site internet.

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