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Sarah Bernhardt. Et la femme créa la star
Paris, Petit Palais, du 14 avril au 27 août 2023
« Je ne suis pas sûr que Madame Sarah Bernhardt, au point où elle en est, soit encore capable de trouver l’intonation juste pour dire "Bonjour Monsieur, comment vous portez-vous ?" Il lui faut l’extraordinaire pour être elle-même. [1] » Le critique Jules Lemaître eut beau ironiser, il succomba lui aussi aux charmes de l’actrice et reconnut son triomphe : « Plus que toute autre, elle aura connu la gloire énorme, concrète, enivrante, affolante, la gloire des conquérants et des césars. On lui a fait, dans tous les pays du monde, des réceptions qu’on ne fait point aux rois » [2].
Sarah Bernhardt en Doña Maria de Neubourg,
dans Ruy Blas de Victor Hugo, 1872
Photographie
Paris, Musée Carnavalet
Photo : Paris Musées/Musée Carnavalet
Et plus qu’une reine, c’est une étoile que célèbre le Petit Palais (ill. 1). L’exposition, organisée à l’occasion du centième anniversaire de sa mort, montre que Sarah Bernhardt ne fut pas seulement une grande actrice - Réjane et Julia Bartet l’étaient tout autant -, elle fut une véritable « star », qui ne se contenta pas d’incarner des rôles sur scène, mais fit de sa vie un spectacle, ponctué de frasques et de scandales savamment orchestrés. Au théâtre comme à la ville, Sarah sut jouer avec son image pour créer un mythe.
Autoportrait en chimère, vers 1880
Bronze - 8 x 10 x 9,5 cm
Étampes, Musée Intercommunal
Photo : Étampes
Elle était « la Divine », le « monstre sacré » qui fascina Cocteau, elle était une créature fantastique, apparaissant sous les traits d’une chimère dans un autoportrait en bronze comme dans une caricature d’André Gill (ill. 2 et 3). Elle était aussi un phénix qui renaissait sans cesse de ses cendres : qu’elle incarnât Phèdre, Doña Sol - maîtresse d’Hernani - ou bien la Dame aux camélias, elle savait si bien agoniser sur scène, avec ses yeux révulsés…