Rembrandt and the inspiration of India

Los Angeles, The J. Paul Getty Museum, du 13 mars au 24 juin 2018.

1. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Noble moghol sur son cheval (Shah Jahan), vers 1656-1661
Plume, encre brune et lavis brun - 20,5 x 17,7 cm
Londres, The British Museum
Photo : The British Museum
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L’existence de dessins par Rembrandt exécutés d’après des peintures indiennes (mogholes pour être précis, donc musulmanes) était, si l’on en croit l’excellent catalogue qui accompagne cette exposition organisée par le Getty Museum, bien connue des spécialistes. Avouons que ce n’était pas notre cas (et pour avoir interrogé plusieurs amis historiens de l’art, notre ignorance semble largement partagée). Cette rétrospective est donc particulièrement bien venue.

Ces feuilles proviennent pour l’essentiel d’un album qui appartenait à Jonathan Richardson le père, portraitiste anglais mieux connu aujourd’hui comme collectionneur. L’album fut dispersé, mais vingt-et-un des vingt-trois dessins aujourd’hui conservés portent la marque de la collection Richardson (L. 2184). Beaucoup de questions restent en suspens néanmoins. Si la paternité de Rembrandt pour ces œuvres semble désormais presque unanimement acceptée (certains avaient pensé plutôt à un de ses élèves), on ne sait si les deux dessins supplémentaires ont la même provenance malgré l’absence de marque, et surtout s’il existe encore d’autres feuilles à retrouver, provenant ou non de Richardson (le carnet pouvant en avoir contenu davantage, et d’autres carnets ou dessins de ce type peuvent avoir survécu).


2. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Shah Jahan sur son cheval avec un faucon, vers 1656-1661
(dessin non prêté à l’exposition)
Plume, encre brune et lavis brun - 21,9 x 19,2 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP
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3. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
L’empereur Timor sur son trône, vers 1656-1661
(dessin non prêté à l’exposition)
Plume, encre brune et lavis brun - 18,6 x 18,7 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP
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L’exposition du Getty est d’autant plus remarquable qu’elle s’est efforcée de réunir l’ensemble de ces feuilles, en confrontant chacune d’entre elles à son modèle, ou à un des ses modèles présumés (les petites peintures mogholes - en réalité plutôt des aquarelles - étant parfois connues à plusieurs exemplaires). Le défi est presque réussi : sur les vingt-trois, vingt dessins ont pu être réunis. Une feuille du British Museum (par ailleurs prêteur généreux) n’a pu venir car elle était promise de longue date pour une autre exposition. Seules deux œuvres manquent (ill. 2 et 3), malgré tous les efforts faits par le musée américain pour les présenter. Et, cela n’étonnera personne, les deux dessins absents sont ceux du Louvre, que Xavier Salmon, directeur du département des Arts Graphiques, s’est obstinément refusé à prêter, prétextant leur état (mais ni lui ni le Louvre n’ont souhaité répondre à nos questions à ce sujet). C’est bien connu, les œuvres du Louvre sont plus fragiles que celles des autres musées ! C’est sans doute cela le Louvre plus généreux que vante Jean-Luc Martinez…


4. Bichitr (actif entre 1615 et 1650)
Jujar Singh Bundela s’agenouillant devant Shah Jahan
en signe de soumission
, vers 1630-1640
Aquarelle et or - 39 x 27 cm
Dublin, Chester Beatty Library
Photo ; Chester Beatty Library
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5. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Shah Jahan, vers 1656-1661
Plume, encre brune et lavis brun - 22,5 x 17,1 cm
Cleveland, The Cleveland Museum of Art
Photo : The Cleveland Museum of Art
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Les échanges entre l’Inde et les Pays-Bas étaient intenses et Rembrandt ne fut pas le seul artiste néerlandais à s’inspirer des œuvres indiennes. Ces influences qui furent d’ailleurs croisées, les peintres mogholes s’inspirant aussi parfois de leurs confrères européens, étaient largement dues aux échanges commerciaux. En 1602 en effet fut établie la Compagnie néerlandaises des Indes orientales, introduisant en Hollande de nombreuses marchandises exotiques, y compris des œuvres d’art. On ne sait pas, néanmoins, si Rembrandt possédait celles qu’il copia, aucune d’entre elle ne pouvant être identifiée dans ses inventaires, notamment celui de 1656 qu’il réalisa lui même pour éviter la banqueroute. Cela ne l’empêcha pas d’avoir accès à ces peintures des ateliers de l’empire moghol.


6. Govardhan (actif de 1596 à vers 1645)
Shah Jahan sur le trône avec son fils
Dara Shikoh
, vers 1630-1640
Aquarelle et or - 47,8 x 34,2 cm
San Diego, The San Diego Museum of Art
Photo : The San Diego Museum of Art
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7. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Shah Jahan et Darah Shikoh, vers 1656-1661
Plume, encre brune et lavis brun - 21,3 x 17,8 cm
Los Angeles, The J. Paul Getty Museum
Photo : The J. Paul Getty Museum
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La confrontation des dessins de Rembrandt avec leurs modèles est passionnante. S’il reprend presque littéralement les figures qu’il copie, il les transforme néanmoins profondément, passant de la couleur au noir et blanc par l’usage de la plume et de l’encre, technique utilisée pour tous ces dessins. Sur beaucoup d’entre eux, il se sert de lavis pour orner le fond, faisant ainsi mieux ressortir les figures (ill. 4 et 5). Si les figures sont proches, il change parfois l’attitude (un dignitaire assis se retrouve debout - ill. 6 et 7), il modifie certains détails des vêtements, il s’approprie les compositions en conservant leurs principales caractéristiques, notamment pour beaucoup les vues en profil parfait des personnages.


8. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Quatre mollahs assis sous un arbre, vers 1656-1661
Plume, encre brune et lavis brun - 19,4 x 12,4 cm
Londres, The British Museum
Photo : The British Museum
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9. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Abraham et les trois anges, 1656
Eau forte et pointe sèche - 16,2 x 13,4 cm
Cambridge, Harvard Art Museum
Photo : Harvard Art Museum
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Parfois, le modèle est copié, puis réinterprété pour donner lieu à une composition qu’on pourrait penser originale. C’est le cas, notamment, pour la représentation de quatre mollahs, d’abord copiés avec beaucoup de différences (mais le sujet reste le même) puis transformé dans une estampe en Abraham et les trois anges (ill. 8 et 9). Cependant, les raisons pour lesquelles Rembrandt fit ces copies ne sont pas forcément très claires. Voulait-il se documenter ainsi sur des costumes orientaux qu’il pouvait ensuite inclure dans ses compositions bibliques ? Quelle que soit ses motivations, il reste un ensemble cohérent que la visite de l’exposition du Getty permet d’admirer presque intégralement, une occasion qui ne se reproduira sans doute jamais. Il restera le catalogue qui reproduit, lui, l’intégralité des vingt-trois dessins. Même ceux du Louvre.

Commissaire : Stéphanie Schrader.


Sous la direction de Stéphanie Schrader, Rembrandt and the inspiration of India, Getty Publications, 2018, 148 p., 39,95 $, ISBN : 9781606065525.


Informations pratiques : The J. Paul Getty Museum, 1200 Getty Center Drive Los Angeles, CA 90049. Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 17 h 30, le dimanche de 10 h à 21 h. Entrée gratuite.
Site internet.

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