Polémiques musclées entre La Tribune de l’Art et la Mairie de Paris sur Twitter

Didier Rykner

Twitter est un outil parfois insupportable, compte tenu des trolls anonymes qui y sévissent et qui se permettent, cachés sous leurs pseudonymes souvent ridicule, d’agresser ceux qui s’expriment sous leur véritable identité, et parfois formidable lorsqu’il nous permet de discuter directement - et publiquement - avec des personnes en charge de ce que nous dénonçons.

C’est ainsi que deux « tweets clash [1] » m’ont récemment opposé d’une part à Ismail Mansouri, responsable adjoint du service de presse à la Mairie de Paris, et d’autre part à Ariel Weil, maire du 4ème arrondissement. Leurs tweets et ces échanges méritent d’être analysés car ils sont révélateurs de la politique de la Mairie de Paris.

Ismail Mansouri, responsable adjoint du service de presse à la Mairie de Paris

Le premier répondait à un tweet d’Eugénie Bastié, la journaliste du Figaro qui m’avait interrogé pour une longue interview (voir ici). Celle-ci en citait un extrait :

Ce message ayant été retweeté près de 500 fois, le responsable adjoint, pourtant en congés et tweetant d’après un compte « personnel » vit immédiatement sa conscience professionnelle remonter à la surface et répondit :

en intégrant donc à son tweet des copies écran de mon propre compte personnel (que je n’utilise plus) dont un appelant clairement les Parisiens à se débarrasser d’Anne Hidalgo aux prochaines municipales. Tout cela pour contester le fait que La Tribune de l’Art serait un « média » neutre (on appréciera les guillemets qui sont d’origine).

Discréditer La Tribune de l’Art en lui supposant une affiliation politique, qu’elle soit à gauche quand elle s’attaque à la politique de Nicolas Sarkozy ou à celles d’innombrables maires de droite (Perpignan, Chartres, Saint-Tropez, Tours…) ou à droite quand elle conteste celle de François Hollande, ou d’innombrables maires de gauche (Abbeville, Lyon [2]), est un grand classique. Quand un maire, quelle que soit sa couleur politique, dont nous dénoncions un projet, change d’avis, nous le saluons (par exemple à Nancy ou à Versailles). De même, nous saluons la politique patrimoine de personnalités de gauche (Jack Lang et François Mitterrand qui restent nos références dans ce domaine, Philippe Saurel, maire de Montpellier, etc.) comme de droite (Giscard d’Estaing, qui a sauvé Paris des destructions pompidoliennes, Olivier Carré, le maire actuel d’Orléans).
Bref, La Tribune de l’Art est neutre politiquement et celui qui prétendrait le contraire serait bien incapable de le démontrer. En revanche, et sur ce point Ismail Mansouri a raison, nous ne sommes pas neutre dès qu’il s’agit du patrimoine et des musées, et nous faisons un journalisme engagé pour cette cause.

Reste le cas d’Anne Hidalgo à Paris. Celle-ci se proclame de gauche, bien qu’elle soit aux petits soins avec tous les milliardaires qui veulent y investir, mais elle pourrait aussi bien être de droite. Car pour nous, Anne Hidalgo est ailleurs.
Comprenons d’abord un point : directeur de la rédaction de La Tribune de l’Art, je suis Parisien, né à Paris, j’y habite et j’aime cette ville qui possède un patrimoine inégalé. Voir quotidiennement les conséquences désastreuses de la politique de la mairie est un crève-cœur. Cela explique que malgré nos nombreux articles consacrés au reste de la France, nous parlons davantage de la capitale.
Par ailleurs, il est exceptionnel de voir une politique aussi systématiquement anti-patrimoniale et anti-musées que celle d’Anne Hidalgo qui met tous les moyens à sa disposition pour détruire ce que nous aimons dans Paris, sur à peu près tous les plans (monuments, mobilier urbain, propreté, etc.).
Il est vrai que nous nous acharnons sur Anne Hidalgo parce que nous ne souhaitons qu’une chose : qu’elle arrête de s’acharner sur Paris (voir l’article). Et pour cela, la seule solution possible est qu’elle soit battue aux prochaines élections. Nous ne pouvons donc pas être neutre sur le sujet d’Anne Hidalgo, car elle représente pour l’art et le patrimoine tout ce que nous combattons.

Discréditer son adversaire est une tactique classique qu’a essayé d’utiliser Ismail Mansouri dans ce tweet. On ne peut lui en vouloir. Comme nous ne lui en voulons pas non plus de la seconde partie qui consiste à ressasser des éléments de langage : la mairie de Paris s’occuperait des églises de Paris en y consacrant 80 millions sur cette mandature.
Nous avons déjà répondu à plusieurs reprises à cet argument (voir par exemple ici). Nous étions cependant heureux d’obtenir une réaction d’un communicant de la mairie de Paris car malgré nos efforts, celle-ci a été incapable de répondre à une question précise : ces 80 millions, où sont-ils passés ? Nous souhaitons en effet avoir connaissance, église par église, et année par année, du budget effectivement dépensé en restauration. Car nous doutons fortement que le compte y soit et que les 80 millions promis (bien insuffisants comme nous l’avons démontré) soient effectivement dépensés.
Nous n’avons JAMAIS eu de réponse de la Ville de Paris, malgré nos multiples relances. Et pour nous clouer le bec, Ismail Mansouri me renvoie à un document de communication de la ville qui, évidemment, ne donne pas le début d’une réponse à nos interrogations.

Qu’un communicant pense qu’un journaliste puisse se contenter d’un tel tract, c’est faire peu de cas de cette profession. Nous attendons donc d’Ismail Mansouri qu’il réponde à cette question assez simple : où sont passés les 80 millions ?

Ariel Weil, maire du 4ème arrondissement

Ma première balade dans le Paris merveilleux d’Anne Hidalgo (voir l’article) a suscité beaucoup de réactions, et la deuxième (voir l’article) a même attiré l’attention d’Ariel Weil, le maire du IVème arrondissement, sur Twitter. Il a en effet répondu à Laurence Parisot qui tweetait mon article :

Celui-ci était donc, selon l’élu, « truffé d’erreurs ». Un de nos abonnés sur Twitter demandant alors à Ariel Weil « qu’est-ce qui est faux ? Qu’est-ce que cela changerait sur le fond », l’élu répondait :

Précisions qu’effectivement, je n’ai pas contacté la Mairie de Paris pour l’interroger point par point sur chacune des photos que nous avons prises dans la rue. Car il faut savoir que dans le meilleur des cas, la mairie répond avec plusieurs semaines de décalage, et le plus souvent elle ne répond pas. La Tribune de l’Art ne peut arrêter d’écrire sur Paris faute d’obtenir des réponses précises à nos questions. De plus, ce que j’ai constaté dans cette promenade ne semblait pas devoir mériter de précisions, surtout lorsque l’on entend les réponses du maire : les barrières qui traînent dans la rue seraient là pour « protéger les interventions » des « concessionnaires » qui interviennent « pour l’électricité, l’eau et toutes ces choses » ! Comme si ces quelques barrières traînant dans Paris, souvent dégradées, étaient là en planification de travaux à venir… Comme si ces travaux ne pouvaient être prévus à l’avance et les barrières nécessaires stockées dans un bâtiment municipal. Si c’est pour avoir des réponses comme celle-ci, quel est l’intérêt d’interroger la mairie ?
Quant à un article « uniquement à charge » : oui, je le confesse. Il s’agissait de dénoncer la manière dont la Ville de Paris traite la rue parisienne, et je n’ai pas vu beaucoup de choses « à décharge ».

Ariel Weil complétait alors sa réponse par un nouveau tweet :

#FautBosserPlus, un slogan qu’on aimerait voir appliquer par la Mairie de Paris pour nettoyer les rues. Comme l’élu ne semble pas l’avoir compris, mon papier n’était pas une enquête (des enquêtes, nous en faisons beaucoup, il peut les lire un peu partout sur ce site, par exemple celle-ci l’année dernière sur l’état des fontaines parisiennes). Il s’agissait simplement d’un instantané faisant le constat de l’état de la rue parisienne, à un moment précis.
Je ne proclamais d’ailleurs pas que l’urinoir avait été déplacé à cause de l’article (il aurait fallu à la ville la prescience de sa publication) mais j’envisageais que la parution de celui du blog Paris Bise Art avait été un déclencheur. Si j’avais interrogé la mairie, quelle que soit la réalité, elle ne m’aurait certainement pas confirmé ce point. C’était, paraît-il, à la demande du curé de Saint-Paul-Saint-Louis. Mais quelle que soit la raison (que j’envisageais d’ailleurs sous une forme hypothétique), comment le maire du IVème arrondissement ne comprend-il pas que ce point n’a aucune importance ? Ce que je dénonçais, c’est l’installation de cet urinoir en pleine rue. Qu’il ait été placé à un moment devant la façade de Saint-Paul-Saint-Louis, ce qu’Ariel Weil confirme, ne contribue qu’à aggraver ce constat.

Je poursuis donc notre série d’été par une troisième promenade (voir l’article), cette fois dans le XIème arrondissement. Et là encore, il s’agit d’une balade, pas d’une enquête. D’une photographie à un moment t (le samedi 18 août pour être précis), pour lequel nous n’avons pas interrogé la Ville de Paris.
Remercions tout de même Ariel Weil de m’avoir interpellé sur Twitter et de m’avoir invité à visiter avec lui son arrondissement, ce que je ferai très bientôt. Je pourrai ainsi continuer cette passionnante discussion sur l’état des rues parisiennes en compagnie d’un de ses responsables.

Didier Rykner

Notes

[1Nous prions les amateurs de beau français de nous excuser de ce néologisme anglo-saxon qui signifie « discussion polémique et musclée via Twitter »

[2Rappelons qu’à l’époque où nous attaquions le maire de Lyon, celui-ci était socialiste…

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