Menaces sur le château de La Barben (1/13) : histoire et description du château

3 3 commentaires

Surplombant le vallon de la Touloubre, entre Aix-en-Provence et Salon-de-Provence, le château de La Barben est une grande forteresse (ill. 1), entièrement classée monument historique, située à l’écart du village du même nom, mais non loin de l’église qui lui est indissociable (et qui est également classée). Resté dans la même famille, les Forbin, pendant cinq siècles, jusqu’en 1963, le château fut vendu à cette époque à André Pons dont les enfants l’ont conservé jusqu’en 2019. Ceux-ci l’ont cédé, avec les terres qui l’entourent, à la société Rocher Mistral, dirigée par Vianney d’Alançon, qui s’est présenté - et se présente toujours - comme un grand défenseur du patrimoine et de l’environnement. Après un descriptif rapide du château et de ses annexes, nous parlerons dans les douze articles à suivre (à raison d’une parution tous les deux jours) du projet de parc d’attraction qui a commencé à s’y installer et de ses conséquences sur le patrimoine et l’environnement.


1. Le château de La Barben
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Comme l’écrit Alexandre Mahue [1] dans un petit ouvrage publié en 2018 [2] - dont nous tirons une grande partie des informations de cet article - « Peu de châteaux provençaux possèdent la profondeur historiographique et patrimoniale de La Barben ». La première mention de celui-ci date de 1064 et se trouve dans le Cartulaire de l’abbaye Saint-Victor de Marseille. S’il fut la propriété du roi René, celui-ci n’y logea probablement jamais.

C’est le 6 juin 1474 que Jean Forbin (parfois appelé Jean II Forbin pour le distinguer de son grand-père qui portait le même prénom) acheta la seigneurie et le château de La Barben. Il faut souligner que la famille Forbin, à laquelle appartenait au XIXe siècle Auguste de Forbin, peintre et directeur du Louvre, frère de Palamède de Forbin, fut une des plus importantes de Provence.
Il ne reste aujourd’hui que de rares vestiges du bâtiment datant du XVe siècle. S’il n’y a que peu de documents se rattachant aux travaux de construction du château et si une étude fine du monument reste sans doute à faire, il semble qu’aucune partie d’élévation n’est attribuable avec certitude au XVIe siècle.


2. Cour du château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018/2019)
Voir l´image dans sa page

L’un des épisodes de l’histoire du monument a trait à la révolte des Cascavèus, en 1630, qui s’opposaient à un édit du cardinal de Richelieu prévoyant de transférer la collecte des impôts des États de Provence au royaume. Les événements les plus violents eurent lieu à Aix-en-Provence et on ne connaît en réalité pas bien les dégâts causés au château. Si la famille de Forbin reçut une forte somme en dédommagement pour redresser le château, d’autres témoignages affirment que les déprédations furent très légères et qu’ils furent beaucoup trop indemnisés. Il est notamment impossible d’affirmer que le château ait été incendié. Il est certain en revanche que d’importants travaux furent menés au XVIIe siècle, qui vit notamment la création du très bel escalier en fer à cheval (ill. 2). Il est probable d’ailleurs que l’essentiel de ce que nous voyons aujourd’hui date de cette époque en reprenant la trame parcellaire du château primitif. Il s’agit d’un passionnant exemple d’architecture néomédiévale au XVIIe siècle, un néo-gothique très précoce.

Au deuxième étage se succèdent plusieurs pièces historiques de première importance mais que nous n’avons pas pu visiter car elles sont aujourd’hui fermées au public. On y trouve les traces des occupants célèbres des lieux, notamment Pauline Borghese et Auguste de Forbin, le directeur du Louvre, qui fut l’amant de la sœur de Napoléon. Nous ne savons pas quel est leur état actuel, guère différent, du moins nous l’espérons, de celui que nous reproduisons ici. Ces photographies datent de 2018, peu de temps avant la vente du château fin 2019.

Les principales pièces de cet étage, dont la plupart conservent un mobilier d’époque créé pour les lieux, sont les suivantes :


3. Boudoir de Pauline
Château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page
4. Boudoir de Pauline
Château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page

- Le boudoir de Pauline (ill. 3 et 4) : celui-ci est percé de quatre alcôves, couronné d’une coupole et décoré par un papier peint de la manufacture parisienne Jacquemart et Bénard, intitulé « Charmille » et daté de 1799. S’il n’est pas directement en péril, ce papier peint mériterait une restauration.


5. Chambre de Pauline
Château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page
6. Chambre de Pauline
Château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page

- La chambre de Pauline (ill. 5 et 6), contiguë au boudoir, qui commande l’accès à celui-ci. Cette chambre possède son mobilier d’époque (Empire ou Directoire), notamment le lit dans l’alcôve.


7. Chambre à alcôve
Château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page
8. Chambre à alcôve
Château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page

- Une autre chambre à alcôve (ill. 7 et 8), avec des dessus-de-porte décorés par Granet. Celle-ci est adjacente à la précédente, chacune ayant une entrée indépendante.


9. Cabinet de lecture du marquis de La Barben (Palamède de Forbin) décoré
par François-Marius Granet
Photo tirée du livre d’Alexandre Mahue, p. 54
Voir l´image dans sa page

- Le cabinet de lecture du marquis de La Barben (ill. 9 à 11), Palamède de Forbin, dont le décor est entièrement dû à François-Marius Granet. Si certains éléments de décor mériteraient une restauration, celui-ci n’est pas du tout en péril comme certains voudraient le faire croire.


10. Cabinet de lecture du marquis de La Barben (Palamède de Forbin) décoré
par François-Marius Granet
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page
11. Cabinet de lecture du marquis de La Barben (Palamède de Forbin) décoré
par François-Marius Granet
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page

- Une pièce est recouverte de cuirs provençaux (ill. 12) provenant du château de Vauvenargues et acheté par André Pons pour être installé à La Barben.


12. Salle des cuirs provenant du château de Vauvenargues
Château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page

Une pièce du premier étage, qui n’est pas ouverte au public, appelée « salon des perspectives » ou « salon des peintures murales » possède son mobilier d’origine et un décor peint découvert en 1965 sous un tissu (ill. 13 à 15). Celui-ci représente des châteaux (notamment Versailles) et est probablement datable autour de 1800. Ces peintures sont inspirées de gravures d’Israël Silvestre et de Gabriel Pérelle.


13. Salon des perspectives
Photo tirée du livre d’Alexandre Mahue, p. 59
Voir l´image dans sa page

14. Décor du salon des perspectives
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page
15. Décor du salon des perspectives
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page

Les autres salles du même niveau présentent de beaux volumes, avec un mobilier intéressant, des portraits notables de membres de la famille Forbin, dont l’un d’entre eux est attribué avec beaucoup de vraisemblance à Nicolas de Largillière. Les éléments de décor les plus importants sont les plafonds à la française, avec leurs poutres peintes d’une très grande qualité que l’on trouve presque partout à ce niveau. Il s’agit de l’ensemble le plus important qui soit en Provence.
Nous ne les montrerons pas dans cet article, mais dans un prochain qui fera le point sur les travaux et les aménagements qu’elles ont subis.


16. Chapelle du château de La Barben
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page
17. Jean Daret (1613/1615-1688)
Nativité
Huile sur toile
La Barben, chapelle du château
Photo : La Tribune de l’Art (2018)
Voir l´image dans sa page

À droite de la terrasse d’où part l’escalier en fer-à-cheval se trouve la chapelle (ill. 16), également fermée (elle était encore récemment ouverte aux visiteurs). Celle-ci conserve encore son mobilier d’origine et notamment un important retable de Jean Daret (ill. 17).
Parmi les annexes du château, il faut noter l’écurie, qui possédait naguère, notamment, ses stalles anciennes, et le jardin à la française qui n’est pas de Le Nôtre comme nous le verrons, bien que ce nom soit largement prononcé, y compris dans l’arrêté de classement. Il reste que ce jardin est fort beau (ill. 18), ou plutôt était fort beau comme nous le verrons dans un prochain article.


18. Jardin à la française du château de La Barben
datant du premier quart du XVIIe siècle, état en 2019
Photo : La Tribune de l’Art
Voir l´image dans sa page

Le château de La Barben, d’après les photos que nous publions ici, et dans les articles qui suivront, et si l’on en croit les nombreux témoignages de personnes l’ayant visité ou fréquenté antérieurement à sa vente n’était certes pas dans un état de conservation parfait, mais il ne menaçait pas ruine.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.