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Les affiches agaçantes

Alors que l’Opéra est, comme le Musée d’Orsay, recouvert d’une immense affiche publicitaire (ill. 1 et 2), alors qu’un placard équivalent s’impose à la vue de tous sur un immeuble en ravalement au croisement de la rue Saint-Honoré et de la rue de Richelieu, à l’autre bout de l’Avenue de l’Opéra (ill. 3), dans le périmètre protégé d’au moins deux monuments historiques (le Louvre et le Palais-Royal), il est amusant de lire, 140 ans plus tard, un texte de l’architecte de l’Opéra publié dans la Gazette des Beaux-Arts de décembre 1871, p. 490-494. Nous le reprenons presque intégralement, en n’ôtant que quelques passages sans rapport direct avec notre sujet, et en nous contentant de remplacer quelques termes démodés par d’autres équivalent (entre crochets). Le texte intégral peut être consulté sur Gallica.

1. Façade de l’Opéra
sur l’Avenue de l’Opéra
Publicité Ralph Lauren
A gauche, la rue Auber
Paris, 15 janvier 2011
Photo : Didier Rykner

N’êtes-vous pas comme moi ; ne vous sentez-vous pas offusqués par ces grandes pancartes industrielles qui s’étalent au milieu de nos rues, s’imposent à nos regards et nous gâtent tant de belles vues de notre cité ? Peut-être serez-vous étonnés de cette question, tant pis alors : car déjà vous êtes contaminés par le milieu dans lequel vous vivez et le sentiment du goût s’est émoussé dans votre esprit. Quant à moi, ces énormes affiches peintes me causent toujours une impression fort désagréable, pénible même, et je me sens bien souvent saisi d’un violent dépit contre les administrateurs qui laissent ou ont laissé si négligemment notre ville compromettre sa beauté par de telles enseignes.

Comment, je ne pourrais pas, en parcourant certains quartiers de Paris, admirer à mon aise les édifices qui y sont construits, sans être entravé dans mon admiration par d’énormes annonces qui attirent et blessent ma vue ! Comment, je ne pourrai pas chercher à étudier un monument sans être distrait de mon étude par les monstrueux placards d’[Yves Saint-Laurent], de [Ralph Lauren], ou de [Chanel] ! Mais il y a là un véritable abus, presque une action déloyale ! Je paye mes impôts pour avoir une ville gaie, agréable, propre et bien tenue ; je paye mes taxes, surtaxes, centimes et décimes pour que vous, maire de Paris, préfet de la Seine ou préfet de police, me donniez un peu de bien-être par-ci, un peu d’art par-là ; et si vous laissez s’étaler ces écriteaux insolents le long des murs des maisons, n’ai-je pas le droit de trouver que mon argent est en partie mal employé ? Ce n’est pas assez de me balayer les rues afin que mes pieds ne se crottent pas ; balayez-moi donc aussi ces adresses envahissantes qui se plaquent sur mon passage et m’éclaboussent les yeux. Car je tiens à mes yeux tout autant…

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