Le pont Colbert menacé de destruction à Dieppe

1. Pont Colbert, 1889
Dieppe
Photo : Paul Bonmartel
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27/2/11 - Patrimoine - Dieppe, pont Colbert - Il y a trois ans, la passerelle Eiffel à Bordeaux avait pu être sauvée in extremis par une instance de classement (voir la brève du 2/6/08), finalement transformée en classement effectif il y a un an exactement, le 22 février 2010.
Aujourd’hui, c’est un autre ouvrage d’art métallique, le pont Colbert de Dieppe (ill. 1), qui est menacé de destruction par un projet du Syndicat Mixte du Port de Dieppe. Celui-ci vise au « remplacement » de cette architecture jugée en piteux état et obsolète. Ce diagnostic est contredit par les défenseurs du pont, d’autant plus inquiets qu’à la suite de l’appel d’offre lancé durant l’été 2010, aucun projet n’est à ce jour retenu, ni aucune échéance précisée. Seule certitude, le remplacement de l’ouvrage actuel a été annoncé officiellement. La défense du pont Colbert répond donc à une situation d’urgence.

Conçu par l’ingénieur Paul Alexandre et mise en service en 1889, le pont Colbert est le dernier pont tournant hydraulique d’Europe en fonction, et le plus long de ce type avec un tablier de 70 mètres de long. Unique également, son mécanisme original et rare (ill. 2). Des hommes y perpétuent un savoir faire centenaire en maniant avec précision et légèreté la masse de plus de 800 tonnes. À sa manière, ce pont illustre un fonctionnement durable avec l’utilisation d’eau, sans oublier l’indispensable fumier de l’hiver - seul moyen pour maintenir les vérins hors gel ! Complétant élégamment la silhouette si caractéristique du pont, la cabine de manœuvres, signée Jean Prouvé, présente aussi un intérêt historique et esthétique (ill. 3).


2. Mécanisme hydraulique du pont Colbert
sur le Quai de la Somme
Dieppe
Photo : Sébastien Abot
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3. Pont Colbert et Cabine de manœuvre de Jean Prouvé
Photo : Sébastien Abot
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Le pont Colbert est également un élément essentiel de l’histoire sociale dieppoise. C’est un lieu de passage, un trait d’union, au-dessus du chenal, entre le centre ville et le quartier populaire des pécheurs du Pollet, maintenant protégé. Il a construit l’identité collective des citoyens de ce territoire. A ce titre, il occupe une place importante dans les guides et les brochures touristiques aux côtés du Château musée. Peint par Harold Gilman, photographié par Olivier Mériel, lieu incontournable dans le roman de Georges Simenon L’Homme de Londres (porté à l’écran par Bela Tarr), le pont Colbert inspire toujours les artistes. Aussi, pour toutes ces raisons, France-Culture lui a récemment consacré une émission dans les Jeudis de l’architecture de François Chaslin.

La situation est donc extrêmement grave : le pont risque de disparaître dans des délais peut-être très brefs, emportant avec lui un patrimoine technique et portuaire mais aussi une part de la mémoire des Dieppois. Le restaurer et le maintenir en état de marche est donc une nécessité. Or, il ne bénéficie d’aucune protection. Outre la Passerelle Eiffel, la liste des ponts du XIXe siècle classés ou inscrits Monuments Historiques comprend pourtant quelques exemplaires métalliques restaurés. Le pont Colbert y a toute sa place. Une demande de classement a été déposée par le Comité de Sauvegarde du Pont Colbert, qui a besoin de nombreux soutiens pour aboutir rapidement. Pour cela, une pétition est en ligne sur le site de l’association, où sont consultables tous les éléments du dossier.

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