Le patrimoine parisien à la dérive

Didier Rykner
Place de la République
Photo : Didier Rykner
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Pas moins de trois articles simultanés consacrés à des problèmes patrimoniaux ayant pour responsable la municipalité parisienne ? Incontestablement, la mandature de Bertrand Delanoë menace de devenir l’une de celles qui auront le plus contribué à enlaidir Paris. Cette indifférence aux musées et aux monuments historiques, à tout ce qui fait l’intérêt et la beauté de la capitale, aboutit à des catastrophes qui rappellent les pires heures de son histoire. Comme au temps du pompidolisme triomphant, les grands projets urbanistiques fleurissent régulièrement, faisant fi du tissu urbain et des règles d’urbanisme qui s’appliquaient jusqu’à présent, alors que le patrimoine historique, notamment les églises (voir notre article [1]), est laissé dans un état d’abandon extrêmement préoccupant. Quant aux musées, la gratuité fait office de politique. De nombreuses expositions sont annulées [2], alors que les publi-expositions deviennent toujours plus nombreuses (voir cet article) et que les crédits d’acquisition sont en chute libre.

Si le site Delanopolis est trop systématique dans son opposition à la Mairie de Paris, il faut avouer qu’il a bien souvent raison. Chaque semaine ou presque, de nouveaux scandales sont révélés. La concertation est inexistante puisqu’elle n’a lieu qu’après que les décisions sont prises, souvent dans le plus grand secret ou en affirmant le contraire de ce qui est prévu. Ainsi, la vente des terrains et maisons devant servir à l’agrandissement de la Maison de Balzac, que nous révélons dans cet article, n’était-elle connue de personne ; il a fallu qu’un lecteur tombe par hasard sur l’annonce (publiée sur un site d’immobilier professionnel) pour que nous puissions en parler. Quant à l’aménagement de la place de la République (voir l’article), tous les documents officiels proclament que le patrimoine historique sera revalorisé, alors qu’une partie de celui-ci sera tout simplement supprimé. On observe la même tactique aux Serres d’Auteuil (voir notamment cet article) où l’on prétend contre toute évidence que le jardin sera mieux mis en valeur, qu’aucune plante ne sera sacrifiée, que les dizaines de milliers de personnes qui afflueront pour voir les matches de tennis ne détérioreront pas ce jardin fragile… Peut-on gouverner par le mensonge ?

La mairie bénéficie curieusement d’une sorte d’union sacrée autour de ses projets, réunissant souvent gauche et droite unies dans les mauvais coups, à l’exception des écologistes (et encore, ceux-ci font toujours partie de la majorité municipale). Mais est-ce si étonnant ? Cela fait bien longtemps que l’on sait qu’en matière de culture, il n’y a pas de spécificité de droite ou de gauche. Les catastrophes peuvent venir d’un côté ou de l’autre, mais il est rare, comme à Paris, qu’elle soit le fait des deux. Symbole d’une classe politique hélas largement acculturée [3] qui laisse aux associations le soin de mener les bons combats. On comprend qu’il faille les faire taire, ce à quoi s’emploient aujourd’hui le gouvernement et les parlementaires (voir notre article). Il est temps que les citoyens reprennent la parole.

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