Hidalgo a des réserves saines pour le patrimoine mondial, pas pour celui de Paris

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Il faut se pincer pour y croire. Décidément, Anne Hidalgo ose tout, et finalement elle aurait tort de se gêner car qui, à part nous, va faire remarquer combien sa dernière prise de position sur le patrimoine se situe au delà de l’indécence. Malheureusement pas, au moins jusqu’à maintenant, les journaux qui se sont contentés de reprendre une dépêche AFP annonçant la grande nouvelle : la maire de Paris a indiqué hier devant le Conseil de Paris qu’elle souhaitait que la capitale française « devienne une ville-refuge pour les œuvres menacées dans le monde entier ». On apprend donc que le « Crédit Municipal de Paris va consacrer "plusieurs centaines de m2" de réserves dans des espaces sécurisés et non-inondables. »


1. Le dépôt des œuvres d’art de la Ville de Paris
Juin 2016
Photo : Didier Rykner
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2. Le dépôt des œuvres d’art de la Ville de Paris
Juin 2016
Photo : Didier Rykner
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Il faut donc espérer que les œuvres en danger dans le monde (pour les pays qui auraient par mégarde l’idée saugrenue de confier à Anne Hidalgo la sauvegarde de leur patrimoine) ne seront pas abritées dans le propre dépôt des œuvres d’art de la Ville de Paris, en proche banlieue (ill. 1 et 2). Ce bâtiment ouvert aux quatre vents est situé en zone inondable. Quant aux sculptures et aux peintures provenant de divers édifices parisiens, elles ne sont pas « conservées » mais stockées, pour beaucoup en mauvais état et dans des conditions indignes malgré le dévouement des équipes de la COARC qui font ce qu’elles peuvent, comme nous l’avons décrit ici il y a déjà près de deux ans (voir notre article). Depuis cette date, rien ou presque n’a été fait, si ce n’est que, grâce au directeur du Petit Palais Christophe Leribault, quelques sculptures du dépôt pourront être bientôt exposées dans la galerie de gauche à l’entrée de ce musée.


3. William Bouguereau
Décor de la chapelle Saint-Louis
(état 2017)
Paris, église Sainte-Clotilde
Photo : Didier Rykner
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4. Alexandre-Denis Abel de Pujol
Décor du chœur
Paris, église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle
(état 2017)
Photo : Didier Rykner
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On est donc ravi d’apprendre qu’Anne Hidalgo dispose de « plusieurs centaines de m2 de réserves dans des espaces sécurisés et non-inondables  ». On se demande simplement pourquoi elle n’y fait pas mettre en urgence ces œuvres en péril grave, même pas à cause d’une guerre mais en raison de sa politique désastreuse pour le patrimoine. Nous avons interrogé la mairie, mais évidemment personne ne nous a répondu.
Il n’y a pas, on le sait, que les œuvres de ce dépôt qui soient mises en danger par l’impéritie ahurissante de la Mairie de Paris. Nous ne pouvons que renvoyer ici à tous les articles que nous avons consacrés aux églises parisiennes et aux peintures murales notamment (ill. 3 et 4) qui, à de nombreux endroits, sont en cours de détérioration irréversible. Rappelons également l’état des fontaines parisiennes (voir l’article), celui du petit patrimoine historique qui se désagrège sous nos yeux quand il n’est pas remplacé par un mobilier particulièrement hideux.

La maire de Paris voulant protéger le patrimoine mondial, c’est un peu comme si Joe Dalton devenait directeur d’une agence bancaire. On n’a pas confiance, fatalement.

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