Et in Arcadia Ego : Fragments de collection - dans la réserve des sculptures

Didier Rykner

Orléans, Musée des Beaux-Arts, du 2 au 31 mars 2019.

On ne jette plus, pour reprendre les mots de Jacques de Caso en 1986 [1]. On ne jette plus les sculptures du XIXe siècle, car dans beaucoup de musées, on les avait jetées ! Ce ne fut pas le cas, heureusement, à Orléans, mais les dégâts de la guerre et une longue indifférence à cet art ont néanmoins causé beaucoup de dégâts. Rien d’étonnant à ce que désormais ce musée, si actif dans tous les domaines, se penche sur ces grands blessés, prévoit une importante campagne de restauration.


1. Exposition des sculptures d’Orléans
avant leur restauration
Photo : Didier Rykner
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2. Exposition des sculptures d’Orléans
avant leur restauration
Photo : Didier Rykner
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Plutôt que d’œuvrer discrètement, et de sortir un jour toutes les œuvres restaurées, la directrice des musées, Olivia Voisin, a choisi la transparence. C’est ainsi qu’une exposition (un peu trop courte à notre avis, il faut se précipiter à Orléans) montre comme s’il s’agissait de réserves les sculptures dans l’état où elle sont aujourd’hui. Les salles d’exposition se trouvant en sous-sol, l’effet est assez réussi, et si l’on excepte la surface qui permet de circuler entre les œuvres (la vraie réserve où elles étaient conservées est beaucoup plus petite), le visiteur se retrouve dans des quasi-réserves, avec des sculptures en devenir, certaines en assez bon état (voire déjà restaurées), beaucoup très sales et en morceaux (ill. 1 et 2). Les plus heureuses pourront être restituées intégralement, d’autres resteront mutilées, mais présentables.


3. L’entrée actuelle du musée, future galerie des sculptures
Photo : Didier Rykner
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Il nous est impossible ici d’être exhaustif. L’ensemble de la collection sera non seulement restaurée, mais étudiée et une partie pourra être exposée grâce à de futures travaux. Le musée va en effet récupérer les locaux actuellement occupés au rez-de-chaussée, au coin du bâtiment, par l’Office du tourisme. L’entrée sera déplacée à ce niveau, et l’actuelle entrée (ill. 3) pourra en partie être réaménagée en galerie de sculptures (avec de grands tableaux aux murs, ce qui est déjà le cas pour quelques œuvres dont le Jeanne d’Arc de Boutet de Monvel récemment acquis - voir la brève du 6/4/16).


4. Louis Bérard (1865-1920)
Fauconnier tenant un faucon
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Nous parcourrons donc ces « réserves » temporaires et visitables pour en retenir quelques œuvres, au gré de nos envies, en nous arrêtant déjà dès l’entrée devant un beau Fauconnier tenant un faucon (ill. 4)… qui malheureusement s’est envolé (à moins qu’il ne soit encore conservé quelque part). À cette exception près, ce plâtre est plutôt bien conservé, et un nettoyage devrait lui rendre sa prestance. Son auteur, l’orléanais Louis Bérard, n’est guère célèbre. Nous n’avons retrouvé de lui qu’une médaille le représentant au Musée d’Orsay.


5. Alfred-Désiré Lanson (1851-1898)
Diane
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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6. Léo Elchinger (1871-1942)
Les otaries ; élément central d’une fontaine
Terre cuite
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Un autre artiste orléanais, Alfred-Désiré Lanson, dont on retrouvera ici un certain nombre d’œuvres, a réalisé une Diane qui a perdu ses bras (ill. 5), ce qui la fait ainsi un peu ressembler à une Vénus de Milo, ce qui est un peu gênant pour tirer à l’arc. Là encore néanmoins, la sculpture est belle et pourra, après nettoyage, retrouver les salles du musée, même sans ses bras. Un peu plus loin, on s’amuse devant une fontaine formée de trois otaries en grès (ill. 6), monument rapatrié par l’ancien conservateur du musée, Éric Moinet, qui l’a ainsi sauvé, et qui pourra aussi être présenté au public.


7. Antoine Romagnési (1782-1852)
Buste de Pothier jurisconsulte
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Les réserves conservent de nombreux bustes, de qualité diverse et dont l’un au moins est acéphale. On remarquera notamment un portrait du jurisconsulte Pothier, par Antoine Romagnési (ill. 7), provenant de la bibliothèque, dont une grande partie de la patine a disparu sous l’effet d’un écoulement. Soulignons que dans bien des cas, les couleurs des patines telles qu’elle étaient on pu être retrouvées, ce qui permettra de restaurer les plâtres au plus près de leur état initial, qui était rarement d’un blanc immaculé.


8. Jean-Baptiste Salesses (1817-1873)
La Vierge
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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9. Jean-Baptiste Salesses (1817-1873)
Le Christ
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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10. Alfred Désiré Lanson (1851-1898)
Le Rapt (fragment)
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Si les sculptures à thème religieux sont rares, remarquons néanmoins le Christ et la Vierge (ill. 8 et 9) en grand médaillons par Jean-Baptiste Salesses, sculpteur toulousain mort à Orléans. Ces œuvres sont dans un état plutôt satisfaisant et devront seulement être nettoyées. On ne peut hélas en dire autant d’une autre sculpture de Lanson (ill. 10 à 12), qui dut pourtant être très belle mais qui est aujourd’hui éparpillée façon puzzle. Il s’agissait d’un groupe intitulé Le Rapt dont heureusement une partie pourra tout de même être restaurée. Le cheval sera largement reconstitué, la tête et les pattes étant encore conservées. En revanche, le cavalier et celle qu’il était probablement en train d’enlever semblent définitivement perdus (ce qui évitera toute polémique sur le sujet…).


11. Alfred Désiré Lanson (1851-1898)
Le Rapt (fragment)
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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12. Alfred Désiré Lanson (1851-1898)
Le Rapt (fragments)
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Beaucoup de sculptures se retrouvent ainsi en pièces : Le Chevrier de Vincent Émile Feugère des Forts (ill. 13), heureusement connu par une version en marbre au Musée des Beaux-Arts de Lille, et par un bronze en collection particulière, est aujourd’hui à Orléans en quatre morceaux et douze fragments qui permettront néanmoins de le restaurer. Moins chanceux fut Francisque Duret, l’un des grands sculpteurs romantiques, auteur notamment de l’archange de la Fontaine Saint-Michel. Son Mercure inventeur de la lyre (ill. 14), qui connut un grand succès au Salon de 1831, fut victime du sort : le marbre a brûlé dans l’incendie du Palais-Royal en 1848, le bronze disparut dans celui de l’Opéra, et seuls deux plâtres sont encore localisés, très fragmentaires, dont celui d’Orléans.


13. Vincent Émile Feugère des Forts (1825-1889)
Un chevrier
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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14. Francisque Duret (1804-1865)
Mercure inventeur de la lyre, 1831
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Parfois, à la fragmentation s’ajoute la déformation. C’est le sort réservé à la Jeanne d’Arc d’Adolphe-Louis-Victor Geoffroy (presque homonyme d’Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume, mais qui ne semble pas être de sa famille). Cette figure se trouvait au sommet de l’église Saint-Marceau, construite entre 1888 et 1891, qui fut la cible des bombardements américains le 17 août 1944. La statue tomba sur le parvis, et on ne put en récupérer que des bouts, dont la tête extrêmement déformée, transformant Jeanne d’Arc en gueule cassée (ill. 14). Ces fragments seront présentés à l’Hôtel Cabu.


15. Adolphe-Louis-Victor Geoffroy (1844-1915)
Statue de Jeanne d’Arc, fragments
Bronze
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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16. Fragments de sculptures rescapées de
l’incendie de l’hôtel Cabu
Photo : Didier Rykner
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Celui-ci avait été détruit par les bombardements avant d’être reconstruit après la guerre. Les réserves contenaient encore des caisses de fragments (ill. 15) en provenant, qui devront être étudiés avant des restaurations hypothétiques (certaines œuvres sont bien sûr irrécupérables).
Parmi les découvertes, signalons des esquisses pour le chemin de croix de la cathédrale (ill. 16), dû au sculpteur orléanais Clovis Monceau (on peut voir ce chemin de Croix dans notre base Stella).


17. Clovis Monceau (1827-1892)
Esquisses pour le chemin de croix
de la cathédrale d’Orléans

Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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18. Alfred Désiré Lanson (1851-1898)
Portrait de Louis Roguet
Bronze
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Il faut faire une place spéciale à Louis Roguet, jeune sculpteur orléanais élève de Pradier qui remporta le prix de Rome en 1849 mais qui mourut en Italie l’année suivante, à l’âge de vingt-six ans, terrassé par la phtisie. Sa mère offrit son fonds de sculpture à la ville d’Orléans, et ce n’est que justice que celui-ci soit enfin remis à l’honneur. Rien que pour cela, cette vaste campagne de restaurations (les mécènes seront les bienvenus) trouve sa justification.


19. Louis Roguet (1824-1850)
Philoctète partant pour le siège de Troie
Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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20. Louis Roguet (1824-1850)
Buste de M. Boursy, directeur général
des contributions indirectes

Plâtre
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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Commissaire : Olivia Voisin.


Informations pratiques : Orléans, Musée des Beaux-Arts, Place Sainte-Croix, 45000 Orléans. Tél : + 33 (0)2 38 79 21 55. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h à 18 h, le dimanche de 13 h à 18 h et le vendredi de 10 h à 20 h. Tarif : 6 € (réduit : 3 €).
Site internet du musée.

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