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Émile Verhaeren. Poète et Passeur d’art (1855-1916)
Saint-Cloud, Musée des Avelines, du 15 octobre 2015 au 6 mars 2016.
Il est assis au seuil de sa porte, vêtu aux couleurs de l’automne, le regard absorbé. Verhaeren, sur ce portrait de Constant Montald, semble accueillir le visiteur et l’inviter à entrer chez lui. On pénètre en effet dans cette exposition ambitieuse du Musée des Avelines comme on pénètrerait dans l’appartement du poète qui s’installa à Saint-Cloud en 1900. La première salle surtout s’attache à présenter un Verhaeren intime, à exposer quelques objets du cabinet de travail de l’écrivain que son épouse Marthe a soigneusement fait reconstituer à la Bibliothèque royale de Belgique (Bruxelles). La scénographie suggère une atmosphère, un parfum d’époque, la présence presque spectrale du poète qu’un enregistrement nous fait entendre scander ses vers. Voici pour ainsi dire le poète en ses murs, installé à sa table d’écriture, entouré de ses objets et de ses tableaux familiers. Cette mise en scène de l’écrivain à son bureau fait l’objet de bien des portraits qui jalonnent l’exposition. De l’Émile Verhaeren écrivant, de face de Théo Van Rysselberghe, l’ami fidèle, à l’Émile Verhaeren en redingote rouge de Georges Tribout (ill. 1) (le fils des logeurs des Verhaeren à Saint-Cloud) en passant par le portrait réalisé par l’épouse du poète, des récurrences et des topoi visuels (les binocles, les moustaches tombantes, l’encrier et la plume, les livres ouverts ou rangés) constituent une iconographie de Verhaeren au travail dont Sébastien Mullier a raison d’écrire, dans le catalogue, qu’elle pourrait être considérée comme « un nouveau genre pictural [1] ». Deux autres portraits, plus étonnants, présentent un Verhaeren absorbé et tourmenté. C’est le cas de la pointe sèche de Léon Spilliaert (ill. 2) où le visage poète se défigure comme dans une vision hallucinée. Le buste de Boleslas Biegas semble faire émerger le corps de l’écrivain du bloc de matière chaotique, désignant l’acte créateur comme un processus organique.
Émile Verhaeren en…