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Deux publications sur Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833)

Auteurs : Antoinette Le Normand-Romain, François Fossier, Mehdi Korchane

Rien de plus vivant qu’un inventaire après décès quand on sait le faire parler. La liste des biens et papiers laissés par Pierre-Narcisse Guérin en 1833 constitue, il est vrai, un document de première importance pour comprendre ce que furent la carrière et la vie sociale, la fortune et l’intimité, la culture et les intérêts, les idées et les plaisirs, le mobilier soigné et le dandysme, et jusqu’à la pratique musicale assez soutenue, d’un des artistes les plus séduisants et influents de la France post-révolutionnaire. On a longtemps tenu Guérin pour un maître « dogmatique » et son action sur la jeunesse romantique pour « incompréhensible ». Avant Charles Blanc et Léon Rosenthal, qui fixèrent l’idée du maître renié, les premiers biographes de Géricault fournirent les éléments essentiels d’une légende qui allait s’amplifier et se noircir de considérations politiques à l’emporte-pièce. De La Garenne s’étonnait ainsi, en 1838, que ce maître « dont le pinceau fut toujours si réservé et de si bonne compagnie » ait vu sortir de son atelier « tous les ardents réformateurs de la peinture en France ». Entre ces mondes, l’ancien et le nouveau, nul lien n’était déjà plus envisageable. Rupture qui, en raison du prétendu royalisme de Guérin, se doublait d’un clivage idéologique. A cet égard, le texte de Baudelaire en 1846 bousculait discrètement une tradition exégétique déjà bien établie.

En 1994, la thèse de Paul Lambertson (The Genesis of French Romanticism) s’y opposait de manière plus complète, trois ans après la rétrospective Géricault et son hostilité déclarée au maître « autoritaire ». Dans le même temps, les recherches sur Guérin, notamment le livre que Philippe Bordes publiait en 1996 à l’occasion de l’achat de la Mort de Brutus par le musée de Vizille, faisaient apparaître d’autres éléments d’analyse pour cerner l’artiste, son milieu d’origine, sa stratégie de carrière jusqu’au succès de la Phèdre de 1802 (Louvre) et, par voie de conséquence, le rôle de l’atelier…

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